Notre blogueur Michel Sorine, auteur de « Extropied, Redonner de la patate au légume », devenu tétraplégique en 2014, témoigne sur son blog son sentiment de jeune père lors de la naissance de sa dernière fille.

Jeune papa : ne pas réussir à contenir son émotion

Bon, certains commentateurs avertis de ce blog ayant vendu la mèche, il sera difficile de vous surprendre en vous annonçant la venue au monde de ma fille Agathe.

Quelques heures seulement après avoir publié mon dernier billet, je me suis retrouvé précipitamment téléporté en salle d’accouchement où je n’en menais pas large. 16 ans après la naissance de ma petite dernière, c’est que j’ai perdu l’habitude, moi ! Si j’avais pu contenir mon émotion lors de la naissance de mes trois premiers enfants, je savais que cette fois, j’allais craquer.

Ma nouvelle condition de tétraplégique m’a en effet rendu ultra émotif. Nous en avons déjà parlé ici. Je pleure pour un rien et là précisément, l’événement mérite sa décharge lacrymale. À 14h09, lorsque l’enfant paraît, impossible de retenir mes larmes et impossible de m’arrêter. J’arriverai malgré tout à couper le cordon, en m’y reprenant certes à 2 fois, ma dextérité en la matière ayant légèrement décliné. Je réussirai même à être rentré à l’hôpital avant 18h30, pour le dîner, épuisé mais indéniablement reboosté. La suite confirmera cette embellie, même si lors de ma seconde visite à la maternité, j’affichais une toute petite forme, comparé à la mère et à l’enfant, resplendissants.

Père handicapé mais avec une nouvelle raison de vivre

Je dispose d’une nouvelle raison de vivre (il y en a plein d’autres, je vous rassure, notamment celle d’aller voter à la primaire UMP dans 2 ans. Je vous laisse deviner pour qui.), même si je me sens plus spectateur qu’acteur de ce nouveau bonheur. La frustration de ne pas pouvoir profiter pleinement de cette naissance est bien réelle.  S’il m’est permis de donner le biberon, je dois quasiment oublier tout le reste. Je n’ai même pas vu sa chambre terminée, car située à l’étage (et oui!), sans oublier que je ne suis auprès d’elle(s) que le week-end, et encore. Dur, dur, d’être un paraplégique. Mais je m’y attendais un peu. Mais l’effet « rayon de soleil » est indéniable et tombe plutôt à point, au regard de mon humeur ces derniers temps. Durant la nuit que je passe non loin d’elle(s), ses pleurs nocturnes ne me dérangent pas, bien au contraire. Ces cris dégagent une telle force vitale, qu’ils semblent  m’irradier de leur énergie. C’est Vance qui a raison quand il me clame avec son gros accent ricain que nous autres français voyons tout en noir. Il faut positiver ! Ok, ok.

La naissance d’un enfant, de nouvelles perspectives 

Le lendemain de cet événement marquant symboliquement le retour de la forme et de l’optimisme, j’ai rendez-vous avec les médecins qui ont programmé une réunion famille pour faire le point sur mon cas. Faute de famille disponible, j’assume seul cette entrevue au cours de laquelle j’entrevois enfin une date pour l’opération de ma hanche rebelle (février) et sans doute une sortie fin mars/début avril. P……, un an d’hôpital ! Ça paraît fou. Fort de ces nouvelles perspectives, j’attaque ce mois de décembre regonflé à bloc, malgré une petite tendinite à l’épaule bien gênante. Il faut en effet veiller à prendre soin des muscles qui fonctionnent encore, car ceux-ci sont devenus particulièrement indispensables et sollicités. Et, ça vient de sortir ce week-end, mon escarre semble reprendre du service. Je crains le pire… M’enfin,  positivons !

L’autre jour, j’ai revu avec plaisir « Intouchables » à la TV. Forcément, après mon accident, je porte sur ce film un regard très différent. Quoiqu’un tel degré de dépendance, avec une armée d’assistants à disposition, doit d’une certaine manière « faciliter » le quotidien de Philippe, le héros tétraplégique du film. Lorsque vous en êtes réduit à demander l’aide de votre conjoint lors d’une incontinence nocturne accidentelle, vous explorez peut être les nouveaux confins du raffinement érotique, de l’amour sans aucun doute. Merci d’être là.

De l’émotion toujours pour finir. J’avais promis de faire acte de présence à l’arrivée de la SaintéLyon. L’info ayant été confirmée par le Progrès, je ne pouvais me dérober. Accueilli chaleureusement par toute l’équipe Extra-Sports au Palais des Sports de Lyon, j’ai pris durant 3 heures mon petit bain de foule, recevant d’innombrables témoignages d’amitié. Un moment assez émouvant … et bien fatiguant. Suffisant en tout cas pour créer le buzz, puisque le lendemain, je totalisais 6 600 visites en 24 heures sur ce blog. Merci de votre intérêt.

 

Pour en savoir plus sur ce témoignage parent handicapé

 

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