Cela fait partie des « on-dit » qui collent au cancer féminin le plus fréquent : il ferait fuir les conjoints. Une crainte exagérée et infondée, même si cette épreuve nécessite de travailler les liens du couple. 

Mettons les points sur les i d’emblée : non, le cancer, a fortiori le cancer du sein qui touche plus de 50 000 femmes pas an, ne provoque systématiquement l’explosion d’un couple. « Les ruptures conjugales ne sont pas plus fréquentes après un cancer du sein que lorsqu’il n’y pas de maladie.

En général, lorsqu’un divorce est prononcé, c’est que les relations étaient déjà difficiles avant la maladie », écrivent  Marie-Frédérique Bacqué et François Baillet dans  La force du lien face au cancer.  Plusieurs études en France et à l’international se sont penchées sur la longévité comparée de couples « avec » et « sans » cancer du sein. La conclusion est toujours la même : pas davantage de séparations chez ceux qui ont traversé cette épreuve.

Diagnostic du cancer : peurs et mutisme

Alors pourquoi cette peur est-celle citée parmi les premières réactions chez les femmes qui sont diagnostiquées ? Il y a, évidemment la peur de la mort mais aussi celle de la dégradation physique qui accompagne ce cancer-là, avec le spectre de la mastectomie. Le conjoint, lui aussi les prend ces angoisses de plein fouet. Le rôle traditionnel de  l’homme qui « se doit d’être le maillon fort n’est pas facile à assumer, raconte François. Pour ne pas lui montrer ma peur et lui faire peser un double fardeau, je préférais me taire… Je sais maintenant que c’était une erreur ».

Liens renforcés par l’épreuve du cancer

Mutisme, déni, panique : comme face à toute mauvaise nouvelle, ce sont des réactions naturelles dont il ne faut pas culpabiliser. Mais la clé est d’en parler. Sur insistance de sa compagne Véronique, François l’a accompagnée chez une psychothérapeute «  pour parler de nous… C’est d’abord elle qui a évoqué son nouveau corps, qu’elle n’aimait pas, puis on a parlé de notre vie intime… et ça nous a permis de revenir plus librement sur nos émotions et de revivre ensemble cette épreuve. Je me suis autorisé, moi aussi, à dire que j’avais souffert et eu très peur, tout en me sentant obligé de gérer le quotidien ». Au final, le couple a le sentiment que le cancer a renforcé leurs liens. « J'ai l'impression qu'on est plus proche qu'avant parce que maintenant on sait ce que l'on peut perdre », conclue Véronique.

Changement nécessaire dans la vie de couple

Ce qui est certain, c’est que le cancer du sein rebat les cartes du couple et oblige à des ajustements. « La maladie du conjoint crée une rupture dans nombre de projets : partenariat dans l’éducation des enfants, dans la construction d’une lignée, dans une vie rêvée comme paisible Les conjoints sont des proches de premier plan, mais ici aussi, les représentations qu’ils se font de leur rôle vont se traduire par des renoncements, un isolement dangereux. Le changement de leur mode de vie sera nécessaire », détaillent Marie-Frédérique Bacqué et François Baillet. Sinon, le danger guette...

Retrouver sa compagne d’avant

Parfois, cela casse, et gare aux idées reçues : ça n’est pas toujours l’homme qui part. La prise de conscience de sa mortalité, les difficultés du traitement, la réticence à en parler avec l’autre aussi… l’épreuve du cancer change une personne en profondeur. « Je ne sais pas si c’est le cancer qui a causé notre divorce, raconte Natacha, 42 ans, qui a quitté son mari il y a trois ans, alors qu’elle était en rémission. C’est comme si l’épreuve avait creusé un fossé énorme entre nous. Je ne lui parlais pas de mes angoisses, pour ne pas l’inquiéter. Lui aussi préférait répéter « la vie continue » et faire comme si de rien n’était. Sur le moment, on a fonctionné pour le quotidien, mais moi j’ai eu l’impression d’en sortir complètement changée, avec d’autres aspirations, alors que lui… non Il répétait qu’il voulait retrouver sa compagne d’avant, mais moi, je ne l’étais plus… et ça, il n’y avait rien à y faire.  ».

Le secret pour en sortir plus fort reste la communication, comme le souligne la psychologue Véronique Christophe qui a mené l’étude Kalicou sur l’impact du cancer du sein sur la qualité de vie de la femme et de son partenaire. Elle évoque ce couple dont chacun l’appelait tour à tour pour parler, en précisant « Mais je n’ose pas lui dire, car ça va inquiéter ma femme/mon mari ». C’était comme une conversation à deux, mais en passant par un tiers. Les groupes de parole des associations de malades, nombreuses en France,  peuvent également jouer ce rôle précieux.

 

En savoir plus sur le cancer et le couple :

Etude de la Drees "La vie deux ans après le diagnostic de cancer" 

Santé publique

Blog de Catherine Cerisey, ancienne malade du cancer du sein

Vivre comme avant, association de patientes

La force du lien face au cancer