La question des bonnes et mauvaises façons d’aider une personne âgée dépendante est souvent abordée par les aidants proches ou professionnels. Mais qu’en pensent les aidés eux-mêmes ? Qu’est-ce qui aide à mieux vivre le quotidien ? Le bon dialogue aidant-aidé, raconté par Marie-Françoise Fuchs, médecin de 87 ans et fondatrice de l’association OLD’UP.

Qu’est-ce que ceux qui sont eux-mêmes aidés, des personnes âgées fragiles, attendent de la relation d’aide ? Nous avons posé la question à Marie-Françoise Fuchs, médecin. A 87 ans, elle est la fondatrice et co-présidente de l’association OLD'UP qui regroupe des « plus si jeunes, pas encore vieux ». Avec OLD'UP, elle a mené plusieurs immersions en Ehpad afin d’observer et de partager les pratiques qui permettent aux aidés de se sentir bien.

Relation d’aide : qu’est-ce que les personnes âgées attendent ?

Continuer à faire soi-même ce qu’on sait faire

« Les vieux attendent qu’on ne fasse pas à leur place ce qu’ils savent faire. Lorsqu’ils sont aidés, par des auxiliaires de vie notamment, ils ne veulent pas être surprotégés en cas d’aide à domicile. Ils veulent utiliser leur capacité à faire par eux-mêmes ce qu’ils peuvent faire. Ils veulent le plus possible préserver l’autonomie à se servir à table, s’habiller, se laver, se déplacer.

Les aidants doivent discerner et valoriser ce que les personnes qu’ils accompagnent sont capables de faire et leur laisser le temps de l’effectuer. C’est très important, car lorsque cette pratique n’est pas observée par les aidants, les vieux perdent petit à petit leurs aptitudes et ils en sont malheureux. »

Etre accueilli et considéré

« La qualité de la considération qui est portée aux nouveaux arrivants préfigure de la façon dont ils se sentiront par la suite. En effet, si vous êtes reçus par quelqu’un qui a une responsabilité importante dans l’établissement, qui vous parle de la manière dont cela fonctionne, qui prend le temps de vous montrer les lieux et qui s’intéresse à vous et à ce que vous attendez de son établissement, vous pouvez éprouver la façon avec laquelle on vous traitera. C’est un peu comme au restaurant où vous savez avant de commencer à manger si vous allez passer un bon moment ou si vous serez traités exclusivement comme un consommateur.

De la même façon, le premier rendez-vous avec un service à domicile augure de la façon dont l’aide sera apportée par la suite. Par exemple, lorsque ma tante a fait appel aux Amis du 17ème arrondissement de Paris, une association d’aide à domicile, la considération que la directrice lui a portée lors du premier rendez-vous, où nous étions présentes sa fille et moi, n’a jamais été démentie. En effet, celle-ci a pris le temps de parler avec nous, de se mettre bien d’accord avec elle, de lui dire comment cela se passerait. Par la suite, nous avons échangé régulièrement avec la directrice pour adapter l’aide aux besoins de ma tante. »

Choisir selon ses goûts et ses habitudes

« Les vieux ont besoin de se sentir la capacité à faire de petits choix, en dépit de leur perte d’autonomie et des contraintes liées à l’environnement. On peut préférer prendre son café avant de prendre sa douche, ou l’inverse. Certains n’aiment pas prendre une douche tous les jours. Pour d’autres, c’est un besoin, un plaisir quotidien.

Les choix donnés aux résidents dans un Ehpad ne dépendent pas seulement d’une question financière, mais d’un état d’esprit, d’une attention particulière aux goûts des résidents. Par exemple, le menu peut être proposé la veille en demandant si cela convient et en proposant des petits remplacements. S’il y a du yaourt en dessert, il peut y avoir plusieurs parfums. Il est alors possible d’exprimer une préférence. »

Que faire pour faciliter la relation d’aide ?

Se sentir entouré

« Il y a des Ehpad où on se dit qu’on irait bien si on n’était pas en bon état, car il y a une atmosphère, un contact, une proposition d’accueil. C’est très agréable, on est accueilli dans une nichée, entouré de gens bienveillants et en sécurité. Il y a toujours quelqu’un de disponible pour s’occuper de vous. Ce sont des lieux d’accueil où on perçoit la volonté de faciliter les liens entre les gens qui vivent là. Une petite collectivité se créée. »

Pouvoir se trouver en proximité relationnelle

« Ce n’est pas forcément dans les établissements les plus coûteux que l’on se sent le mieux. Dans les très grandes villes, où c’est plus cher par exemple, les résidents sont des citadins et les personnes qui travaillent dans l’établissement pour les aider habitent la banlieue. Elles font tous les jours le trajet et elles arrivent fatiguées. Elles sont le plus souvent d’une culture différente. Ce n’est pas que ce soit un défaut, mais le partage culturel qui s’établit indépendamment des soins et des services qu’on donne et qu’on reçoit, est plus difficile. Il y a une barrière, un frein à l’échange.

Quand vous êtes dans la France profonde, les personnes chargées d’accompagner les personnes âgées fragiles viennent des mêmes contrées, partagent la même culture que les résidents. Vous vous retrouvez dans un collectif qui partage des liens. La proximité humaine et relationnelle est plus forte lorsqu’on a des affaires en commun. Vous et les gens qui s’occupent de vous êtes du même coin, avez étudié dans les mêmes écoles, avez des connaissances en commun. Vous vous reconnaissez. »

 
 

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