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« Est-ce que je peux poser une question…. C’est une torture ! »

Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 07 août 2018 18:52:21
Blog
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7 Juillet 2018 - « Est-ce que je peux poser une question…. C’est une torture ! »

Il arrive de dire des personnes en situation de déficience qu’ils ont un certain humour : sans que l’on sache vraiment si ce qualificatif vient gauchement masquer leurs maladresses ou s’il est sincère.  Concernant Mike, aucune ambiguïté.  Il a un sens de l’humour affirmé, fin et maitrisé.  Il en use, en abuse ; au grès des situations.  De plus en plus, en grandissant.  Marque de fabrique.  Rapport à l’autre.  Trait de personnalité.  Discret à ses débuts, il s’affirme davantage dans cette distinction qui lui sied comme un gant !

Receleur de nombreuses expressions, « ton plan tombe à l’eau ! », « désolé m’sieur !», « t’es un papite / une mamite », « raté mon vieux ! », «t’as pas la clé », « c’est loupé ! », «  appelez-moi un taxi », « je vais changer de maison », « tu m’as pris pour un con ? », « mon pire ennemi », … il manie la dérision avec agilité, à bon escient et consciemment.  Souvent perdu dans l’agitation d’une vie qui l’ignore de ne savoir se mettre à sa portée, il se hisse sur le devant de la scène grâce aux piolets de sa malice.  Sans que nous nous y attendions, il sort de l’ombre par la parole et glisse, tellement à propos, des sons vengeurs témoins de sa présence physique et spirituelle.  Lorsqu’il se hasarde et ose interrompre, par des répliques brèves et incisives, ce qui se joue sans qu’il y joue ; ceux qu’il interrompt comprennent, sans discours, par la justesse de ses intrusions, l’injustice de son exclusion !

Des mots outils.  Des maux audibles.  Des cris permis par la subtilité de leurs déguisements.  L’ironie du clown.  La satire qui, de légèreté, reproche ce qui d’être critiqué viendrait à être contesté.  Toutes ses plaisanteries n’ont certes pas la même portée.  Mais l’esprit s’immisce souvent dans ses interventions.   « Ton plan tombe à l’eau » serait la longue complainte d’un adolescent reprochant les efforts d’un cursus scolaire jugé trop laborieux, arguant le droit au choix d’un avenir plus simple ne nécessitant pas de diplômes vécus comme imposés.  « Raté mon vieux », visant principalement son père, reflète l’expression jouissive du constat d’un échec chez celui qui représente l’autorité, le modèle, le savoir ; et que voir faillir comble d’espérer un jour égaler ou même dépasser pour exister.  Plus récemment, « tu m’as pris pour un con » coïncide avec une confiance ragaillardie, de la mue de la voix à la posture du corps, d’un adolescent dont la force s’affirme tandis que son être s’éveille.  Mike prend conscience de sa place, de son rôle, de ses envies.  Mike grandit et, avec lui, le sentiment de compter, la volonté d’être respecté.

Il dit toujours pardon mais exige qu’en échange des excuses lui soit faites, pas toujours à raison !  Il énonce l’injustice de réprimandes jugées impropres par un simple « MECHANT » dont la théâtralité interroge par l’intensité.  Las d’attitudes infantilisantes à son égard, il ne répond aux sollicitations que si ces dernières font preuve de considération pour son statut naissant d’adolescent.  Il aime sa sœur plus que tout et l’équilibre établi entre leurs deux personnalités demeure dans l’espace-temps de leur intimité.  En dehors, il arrive que l’équation se brouille, par l’interférence d’autrui, et qu’alors, Mike exprime sa frustration.  « C’est une torture ! Lola est un casse-pieds ! quel casse-pied ! » Tirade culte, digne de François Damiens dans l’intonation et l’éloquence.   Sur le répondeur de son père, ce message restera longtemps enregistré tant il illustre la finesse d’un esprit de malice prisonnier d’un chromosome mal affuté. 

A l’aube de son indépendance, observant la subtilité des armes qu’il déploie pour s’affirmer, j’admire la simplicité et la force de l’humour dont il a hérité.  Etrange mélange qui soigne ses dissonances par l’accord majeur du flegme et de la causticité de son homonyme.  Cadeau affectueusement préservé et transmis par son père qui l’entraine depuis tout petit à l’art du second degré dont sa pathologie aurait pu le priver.  Susceptible parce que stigmatisé, Mike s’offusque à la moindre remarque.  Relégué parce qu’handicapé, Mike n’occupe la joute oratoire des biendisants.  Mike le sait.  Mike refuse de s’y soumettre, de se soustraire.  Grâce à l’humour paternel il peut, de répartie, briguer la place qui lui revient.  Celle de sa personnalité.  Celle à ne pas oublier.

Il est drôle avant d’être X Fragile !

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