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« Est-ce que je peux poser une question…. C’est Carnaval ! »

Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 13 février 2018 17:46:31
Blog
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13 Février 2018 - « Est-ce que je peux poser une question…. C’est Carnaval ! »

Nous en parlons depuis deux semaines.  « Le mardi 13 février c’est Carnaval maman ».  A l’IME la préparation bat son plein.  Chacun choisi son personnage.  Les jeunes vont sur internet et impriment des images de leur héros de carnaval.  Pour Mike c’est le Joker de Batman.  Il rentre tout excité à la maison le soir avec des visages tous plus hideux et effrayants les uns que les autres.  Il nous soumet, chacun notre tour, son père, sa sœur et moi ; au rituel de la découverte du « tu sais ce que j’ai fait aujourd’hui à l’IME ? ».  Il faut fermer les yeux et attendre de longues minutes pendant lesquelles Mike s’approche doucement de notre visage, en savourant chaque seconde, l’image du joker imprimé sur papier dans ses mains.  Il s’avance à pas feutrés et s’immobilise juste devant nous en disant : « tu peux ouvrir les yeux ».  Nous les ouvrons pour découvrir à quelques centimètres à peine de notre nez les traits sarcastiques et méchants de ce personnage de fiction repoussant et terrifiant.  Nous crions pour signifier notre peur et partager son engouement.  Lola dit : « qu’il est laid !» et se fait remettre à sa place immédiatement par Mike qui le défend…  Brendan dit : « il fait peur… » et Mike sourit.  Je le regarde intensément comme pour figer cette joie et qu’elle ne le quitte plus…

Un soir il rentre avec un visage découpé et collé sur un support en carton.  Pas d’élastique au dos pour tenir le masque sur sa tête … mais c’est déjà ça… Il est tellement heureux que nous avons droit au cérémonial une seconde fois.  Nous fermons les yeux, chacun notre tour, à nouveau !  Le compte à rebours a commencé.  Nous ne sommes plus qu’à quatre jours du carnaval.  Régulièrement Mike nous surprend, avec le masque sur son visage, qu’il tient d’une main tout en criant pour nous effrayer.  Dans son sac, un mot de l’IME nous attend pour annoncer l’évènement et demander des gâteaux pour la fête.  Nous ne lirons ce mot que trop tard pour prévoir le ravitaillement mais l’information sur la fête nous était parvenue sans encombre.  La veille, un débat nous anime sur la tenue.  Costume violet comme dans les films ou des habits de tous les jours ?  Je culpabilise en songeant que j’aurais dû prévoir un déguisement plus sophistiqué.  Je propose une de mes vestes pour rattraper le coup et donner un peu d’excentricité à l’accoutrement.  Nous envisageons des tenues farfelues sous le regard inquiet de Mike qui se demande d’où nous vient toute cette agitation.  Lui si appliqué sur le masque, se désintéresse totalement de sa tenue.  Désireux de nous associer à son moment en y contribuant, nous ne parvenons qu’à nous ridiculiser en focalisant sur un domaine qui barbe l’intéressé.  Nous arrivons quand même à fixer un système d’attaches pour que le masque tienne sur son visage avant qu’il aille dormir….

Au matin, il enfile un bas de survêtement noir, un pull à capuche noir et un sweat des « Avengers » blanc et noir.  Il est impatient de retrouver ses copains pour ce moment qu’il attend depuis plusieurs semaines.  Cette nuit, angoissé, il a mal dormi et s’est réveillé dans une marre de pipi… signe d’une émotion trop forte pour être contenue.  Ses traits sont tirés, sans doute du fait d’un mauvais sommeil.  Je m’étais imaginé ce matin plein de l’émotion qui l’animait sans cesse depuis des jours…  Il n’en est rien.  Je sens l’envie mais elle est comme prisonnière d’une chape de plomb.  La fatigue ?  L’intensité extrême à l’approche du moment fatidique ?  Il est sonné, désarçonné !  Il me regarde et tente de luter.  D’ordinaire si volubile, il est étonnamment silencieux.  Presque soucieux.  « C’est carnaval maman », finit-il par me dire. Je souris en lui disant « oui mon chéri, tu es content ? ».  Il ne répond pas et se serre contre moi.  Je ressens comme un appel au secours, une main tendue vers une énergie dont il se sent démuni sans comprendre que son envie ne parvienne à rallumer la flamme qui le portait encore hier soir.    Il est grand et se retire vite de ce câlin qu’il juge sans doute trop puéril.  Je m’entends lui dire : « ça va aller ».  Il tourne les talons et sors de la maison.  Je le regarde s’éloigner.  De dos c’est un ado normal, les bras ballants et la démarche chaloupée.  De face, les yeux perdus de son regard triste lui donnent l’apparence d’un vieillard.  Le taxi arrive.  Il monte à l’arrière et attache sa ceinture.  Il parts vivre ce qui l’attend.  Un moment trop espéré pour être parfait… mais dont je n’aurais su le priver de l’excitation de la préparation !

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Quelquefois le meilleur moment est l\'avant , la préparation , et l\'après , le souvenir , pour chacun de nous ...

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