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« Est-ce que je peux poser une question…. Pourquoi tu te moques. »

Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 10 avril 2018 08:06:47
Blog
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10 Avril 2018 - « Est-ce que je peux poser une question…. Pourquoi tu te moques. »

Etre à la merci du monde dans lequel on vit, ça nous arrive à tous, mais quel est l’inconfort de ceux qui s’y noient ?  N’ayant pas vu mon fils de quatre jours, j’arrive en souriant tendrement pour l’enlacer.  Je sens dans son regard un soulagement mêlé d’une gêne intense.  Il lutte, ne sachant quel sentiment choisir, et puis la gêne prend le dessus et il me gifle !  « Pourquoi tu te moques ? »  Je tente vainement de lui expliquer qu’il ne s’agit en aucun cas de moquerie mais du regard attendri d’une maman émue et heureuse de retrouver son fils.  Il ne veut ou ne peut rien entendre.  Il finit par me serer subrepticement dans ses bras avant de s’enfuir.   

Je ne raconte pas cette histoire pour décrire la tristesse d’une mère rejetée et injustement accusée par son fils !  Peu importe la frustration de ce moment d’incompréhension innocent.  Je décris le quotidien de ceux qui ne sachant lire les codes de notre société et bien conscients de ne pas en être les élus, vivent chaque instant dans le doute d’être jugés, exclus, ridiculisés.  Là encore, ce pourrait être le lot quotidien de beaucoup d’entre nous dans une société sectaire plus prompte à critiquer qu’applaudir les membres qui la composent et qui en cela s’opposent.  Il nous est tous arrivé d’être pris pour cible de blagues ou commentaires désobligeants dans la logique d’un groupe stigmatisant certains pour flatter d’autres.  Nous ressentons alors de la tristesse.  Il nous arrive d’en souffrir longtemps.  Parfois même, ce jeu mesquin conditionne nos existences dès l’enfance du souvenir cuisant que nous en gardons.  Mais la maturité, l’expérience et les années faisant, nous relativisons, nous prenons du recul et ces plaies enfouis deviennent les armes grâce auxquelles nous affutons nos caractères. Nous dépassons ces atteintes à notre intégrité d’observer que telle est la vie en collectivité.  Rien de personnel.  Les hommes se jaugent, se mesurent, se comparent.  Certains appellent cela l’émulation.  D’autres parlent d’instinct animal.  Ceux qui prétendent que l’humain est par nature bienveillant ne sont pas audibles tant les faits les contredisent.

Il s’agit donc de notre lot quotidien, sauf pour ceux dont le statut d’  « handicapé » confond perception collective et interprétations individuelle.  Sous leur étiquette de parias, bien souvent rejetés et catalogués dans des activités, des comportements, des représentations sociales caricaturales et dévalorisantes ; ils souffrent des stigmates du regard qu’on leur porte.  Sous ce poids permanent, ils avancent à découvert dans un monde qui les tolère sans les accepter.  Un peu comme si nous nous retrouvions nus au milieu d’une foule habillée.  Leur handicap leur retire les attributs du lien social.  Dépouillés et honteux, ils n’ont d’autre choix que d’apparaitre tout en ne souhaitant que disparaitre.  Ils sont à la merci du monde dans lequel ils vivent.  Sans cesse épiés.  Sans cesse repris.  Sans cesse contraints de s’adapter au cadre que nous avons fait norme sans inclure leur différence !  Alors ils interprètent.  Avec les clés de lecture et l’expérience que nous leur laissons, ils déchiffrent nos agissements à leur égard et il arrive qu’ils se trompent.  Il arrive qu’un sourire inoffensif passe pour une moquerie… mais au lieu de corriger cette incompréhension, essayons d’en comprendre les raisons ! 

Mike doit apprendre l’autodérision, l’humour et le second degré.  Mike doit comprendre que le niveau de relation influe sur la nature des interactions.  Mike doit maitriser les codes sociaux pour s’intégrer à bon escient, pour exister.  Mais que devons-nous faire nous les sachants, nous les normaux, nous les courtois pour qui la société n’a plus de secrets ?  Et si du haut de notre maitrise et conscients des combats qu’il nous a fallu mener pour gagner nos jalons dans la jungle des relations humaines ; nous profitions de nos acquis sociaux, de nos réseaux, de nos entourages pour dissoudre le poison malveillant et retrouver nos âmes d’enfants.  Nous sommes tous à la mercie de ce monde dans lequel nous vivons mais nous en sommes aussi tous les acteurs.  Notre sort en dépend autant que nous le déterminons.  Pour que de leurs différences ils n’aient plus à rougir et que nos maladresses ne les blessent davantage ; changeons nos perceptions pour qu’ils affinent leurs interprétations.  Pour que mon fils m’étreigne sans me gifler.  Parce que nous souhaitons avant tout être aimés.  Aimons les d’abord.  De bienveillance ils soigneront leurs blessures et sauront exister parmi nous.  Leur inclusion requiert notre admission. 

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