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« Est-ce que je peux poser une question…. Quand vous serez morts avec Papa je pourrais faire ce que je veux ! »

Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 30 janvier 2018 11:53:36
Blog
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30 Janvier 2018 - « Est-ce que je peux poser une question…. Quand vous serez morts avec Papa je pourrais faire ce que je veux ! »

Oui mais non !  Galvanisé par ces récents exploits Mike se prend à rêver aux jours heureux de l’indépendance.  Comme chacun d’entre nous, quand l’enfance nous quitte et que l’adolescence appelle à d’autres joies.  Comme chacun d’entre nous, entre l’appréhension et l’envie de sortir du nid pour goûter à la vie.  Comme chacun d’entre nous, sauf que dire cela signifie aussi se suffire, s’assumer, gérer !  Mike ne semble pas comprendre mon air perplexe.  Il ne voit pas ce qui cloche dans cette projection qui, en dehors de nos morts, met en exergue la suite.

Depuis que je sais pour son handicap, cette interrogation me hante : qu’adviendra-t-il de Mike lorsque nous ne serons plus là ?  Lola le soutiendra, c’est certain.  Pourtant, nous souhaitons qu’elle vive sa vie et fasse ses choix indépendamment de ce frère inscrit depuis toujours dans sa destinée et à ses côtés à jamais.  Pour elle mais surtout pour lui.  Nous devons, en tant que parents, façonner chaque jour un futur dans lequel nous le laisserons de n’être plus là pour l’aider.  Les aspects matériels, mais pas que !  Une vie ne se suffit pas d’un toit, de repas et d’habits.  Il les faut certes et s’assurer que, dans la durée, ce que nous lui laisserons restera sa propriété.  Dans un état de droits, il serait faux de croire que la justice s’applique pour tous et tout le temps.  Etre handicapé mental présente l’inconvénient de dépendre de ceux qui la manipule.  Les crapules, sans vergognes, qui pratiquent la loi du plus fort avant celle des hommes.  Ceux qui prennent aux faibles et ajoutent à la misère des démunis qu’ils pillent.  D’ordinaire, j’essaye de ne pas penser à cela.  L’idée même de ces méfaits m’empêche de dormir.  J’implore une justice divine pour supporter ce que je n’ose imaginer.  Mais là, il s’agit de l’avenir de mon fils et l’ignorer serait criminel !

Du fait de ces périls, même l’apport matériel, qui semble pourtant aisé, devient un casse-tête insoluble dont l’état loin de garantir la jouissance se sert en passant.  La collectivité, ayant supporté le poids du handicap ; récupère, au décès de ceux qu’elle a tolérés, un dû qui ne peut donc bénéficier à ceux qui, au contraire, ont aimé et soutenu l’être cher disparu.  Sans héritage de sang et avec peu d’histoires à raconter, ils quittent une vie qui n’avait pas de place dans un monde étriqué et sectaire.  L’état, alors, leur prend le peu de biens laissés en dédommagement de l’assistance consentie de leur vivant.  Ils payent deux fois sans même avoir joui d’une aide destinée davantage à protéger la société qu’à leur permettre d’exister.

Depuis que je sais pour le handicap de Mike, j’ai compris que l’enjeu de son éducation consiste en la construction de sa personnalité.  Aucun apport matériel ne saura l’enrichir au point de lui suffire.  Tout bien qui pourrait lui être laissé le rendrait vulnérable de devoir le garder.  Nous devons lui donner ce qui lui permettra d’exister.  Une vie si remplie qu’elle ne pourra s’effacer, ni se rembourser.  Une vie de relations.  Une vie d’envies.  Les moyens de choisir ce qui fera de ses jours des successions de joies pour que de ces bonheurs il bâtisse son identité, son existence, son héritage.

Alors oui « quand nous serons morts avec Papa tu pourras faire ce que tu veux… » parce qu’alors nous aurons réussi notre pari.  Faire de toi un homme libre, agile et malicieux.  Développer toutes tes capacités et permettre qu’elles puissent s’exprimer dans un environnement que nous aurons préparé à profiter de tes qualités et à intégrer tes spécificités.  Ce monde est encore en construction.  Il avance de jours en jours, par à-coups.  Fragile, en devenir, il me semble plus proche qu’utopique.  Nous le construisons ensemble et nous n’aurons pas trop d’une vie pour l’exhausser.  Tu nous guides sur son chemin en l’investissant toi-même pour nous montrer son visage lorsque nous venons à douter.

A peine franchi ce pas du Mc Do et du Ciné, je me reposais comblée sur des lauriers qui t’appartenaient… en agitant ma mort tu viens me rappeler que la route est longue et que j’aurais tout le temps alors pour me reposer…

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Que dire ? ... Que le chemin que tu as entamé est celui qui lui donnera la liberté qu' il en visage aujourd hui et à laquelle il aspire . Que cette liberté il la prendra parce que vous en aurez fait un homme libre ... même si avec vous il n est qu' au début du chemin .

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