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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 12 décembre 2018 16:38:33
Blog
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11/12/2018 – « ENT » du pluriel

Petit détour dans l’absurde de l’impasse intellectuelle.  Comment expliquer que « ENT » ne fait pas « EN » alors que depuis des années l’on s’escrime à décortiquer « E + N = EN » ? « ENT », forme plurielle à la troisième personne, ne se prononce pas.  Terminaison muette.  Conjugaison discrète.  Accord coupable qui, sans bruit, exprime le nombre sans dire le son qu’il contient.  Traitre.  Lâche.  Il ponctue en silence.  Il finit, un verbe et non un nom, un signe sans son.

Mike parcourt fièrement les pages de sa diction.  Il enchaine les lignes sans hésitation.  Sur sa lancée, d’un paragraphe à l’autre, de sans faute en sans gêne, il m’étonne et s’envole.  Aisance.  Confiance.  Clarté.  Limpidité.  Rapidité.  Facilité.  C’est beau.  C’est fluide.  C’est réussi, jusqu’à la chute.  Parfait, jusqu’à l’erreur.  Au couaque qui claque.  Un « EN » de trop.  Le son qui fâche.  La tache indélébile d’être prononcée et d’avoir tout gâché.   A l’instant, je suis seule à comprendre.  Sur le moment, je pourrais décider de fermer les yeux sur sa maladresse pour récompenser sa prouesse.  Je pourrais cette fois mais alors une autre viendrait, et une autre et encore une autre.  Pour corriger il faut énoncer la faute et sa solution.  Pour encourager il ne faut freiner l’ardeur du lecteur, sa chevauchée endiablée.  Pour rassurer, je minimise.  Pour accompagner, j’explique.   Ce « ENT » n’en est pas un !  C’est autre chose qui se prononce différemment.  Il y a ce qui se lit et ce qui se comprend de porter un message qui ne doit s’exprimer en dehors du respect de sa règle.

Les exceptions, bien connues dans notre langue, sont pour la déficience intellectuelle un obstacle majeur.  Bousculant les repères, elles remettent tout en cause.   Pas seulement la règle et son contournement.  Tout ce qui assimilé d’être répété devient suspect d’y échapper.  Si ce n’est pas toujours alors pourquoi pas jamais ?  Les questions suscitées par l’inadéquation suspendent l’acquisition qu’elles tiennent en échec.  J’énonce sans insister.  J’effleure la problématique sans oser la risquer.  Je nie le son.  Je reformule le mot tel qu’il doit être prononcé.  J’esquive en accélérant la suite pour oublier l’accroche.  J’avance jusqu’au prochain pour tomber d’échouer à transmettre la méthode d’identification de ce qui fait la différenciation.   Nous détenons les codes qui nous montrent le sens.  Complexe gymnastique d’esprit aguerris, cette sagesse échappe à ceux qui déchiffrent plus que réfléchissent.  L’abstraction du genre et du nombre, souvent marquée par des signes muets, confond ceux que la subtilité perd plus qu’elle sert.

Les nuances séparent le faire du vivre, l’utile de l’agréable, le nécessaire de l’essentiel.  Je mesure à cet obstacle les limites de l’aide que je peux lui apporter.  Mon soutien le porte aux bornes de ses capacités.  Mon savoir perçoit la voie que j’ai empruntée sans connaitre celle qu’il lui faudra prendre.  Entre son potentiel et ma position tant d’inconnues séparent ce qui suit.  Quelle importance la prononciation d’un son a dans l’équation ?  A quoi sert de bien dire lorsqu’il s’agit de vivre ?  Quelle différence induite par cette difficulté condamne ceux qui en souffrent ?  Quelle indulgence saurait les disculper ?  Quelle ignorance nous fait les condamner ?  Les nuances sont doubles et jouent à contre sens.  De celles qu’ils ne perçoivent, n’accèdent-ils pas à d’autres qui nous échappent ?  Mike me ménage de tant de bienveillance pour toutes les souffrances que notre modèle unique lui inflige.  Saurais-je m’en montrer digne en guidant sans brimer la maladresse de certaines de ces faiblesses ?

« ENT » du pluriel parce que nous le sommes ?  Différents ?  Nombreux ?  Isolés ?  Séparés ?  « ENT » muet autant que la souffrance de ne pas se ressembler.  « ENT » accord de la troisième personne du pluriel comme « UN + UN font TROIS » d’être plus que la somme de deux.  Je veux me souvenir que l’ineptie futile de cette erreur de prononciation interroge notre capacité à comprendre sans juger.  Je m’habitue à ce bug.  Il me devient naturel.  Au fil des lectures je finis par l’oublier.  Présent d’exister, il n’altère cependant plus la fluidité des mots.  Nous l’avons surmonté.  Sans l’avoir corrigé.  De l’avoir accepté.  Alors qu’hier encore il me faisait bondir.  Aujourd’hui il fait partie de nos lectures, c’est tout !

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Moi aussi , je corrige mais , jusqu'à présent je n ai pas expliqué . Pourtant , cela me gêne , non pour moi , comme toi , mais pour lui .... parce que , je crois , nous devons prendre le temps et l'energie de l' aider à y arriver ... car il le peut . Je ferai ainsi aux prochaines vacances ,

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