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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 12 November 2018 21:04:50
Blog
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12/11/2018 – « La Dame »

Se cache un mélange de révérence et d’envies, dans cette appellation dont Mike use sans abuser d’une manière dont lui seul connait les ressorts.  Il emploiera, la fille, la femme, l’enfant, elle, des prénoms et d’autres façon d’interpeler et de nommer la gente féminine.  Et puis soudain, ce sera « La Dame ».  Avec un « D » majuscule à en juger par l’emphase qu’il met sur le mot.  Elle danse « La Dame ».  Elle parle bien « La Dame ».  Elle est belle « La Dame ».  C’est le chef « La Dame ».  Elle sent bon « La Dame ».  Tu as vu « La Dame » ?  Il semble que dans certaines circonstances, le sexe faible lui paraisse si impressionnant qu’il se mette naturellement en allégeance.  Il parait alors hypnotisé, comme fasciné par une image, une présence, une voix, un parfum.  Subjugué d’émotions, il faillit à feindre ce qu’il ne maitrise et laisse échapper son trouble par l’utilisation obséquieuse d’un terme d’un autre temps.  Cette coutume est d’autant plus bizarre que nous ne prononçons jamais ce mot.  Il s’en est approprié l’usage et s’en sert à dessein sans que nous ne puissions anticiper ni contrôler cette pratique.

Il arrive que cela tombe bien, dans un lieu de recueil en présence de personnes d’un certain âge par exemple.  Il arrive que ce soit plus compliqué, au spectacle de capoeira de sa sœur lorsqu’il regarde avec insistance les danseuses brésiliennes en costume réaliser leurs mouvements lascifs.  Lorsqu’il s’agit d’une simple voix à la radio, nous avons du mal à comprendre comment l’intonation et le timbre de sons suffisent à intimer tant de respect.  Encore plus quand il s’agit du simple effluve d’un parfum dans le couloir d’un immeuble où nous ne faisons que passer.  Surprenant.  Intriguant.  Déroutant.  Inhabituel et pourtant si contextuel.  Les troubles de la gestion émotionnelle offrent à ceux qui en souffrent des capacités sensorielles hors normes.  Nous nous en accommodons en classant ces manifestations symptomatiques dans l’hypersensibilité et oublions que, derrière cette étiquette négligemment apposée, se cache leur réalité au quotidien.  Une perception du monde exacerbée.  Trop de bruits.  Trop d’odeurs.  Trop d’émotions.  Trop de sollicitations.  Trop de tout au milieu de ceux, qui font si peu cas de ce qu’ils vivent, qu’ils finissent par taire leurs moindres ressentis convaincus d’être incompris.

Mike, non.  Mike s’exprime.  Mike exprime.  Ses frustrations, par la mastication crispée de son indexe.  Ses fugues, par sa mise en retrait bruyante lorsqu’il chante où simule des actions à l’écart tout en maintenant un flot sonore continue nous reliant à lui.  Sa personnalité, par l’humour, certes répétitif, mais qui étonne parfois par l’espièglerie et la finesse de ses estocades.  Sa gratitude, par la constance quotidienne de ses bénédictions.  Sa colère, par ses oppositions forcenées et sa mauvaise foi maladive.  Son admiration, par l’usage protocolaire de ce titre pompeux autant que gouteux : « La Dame ».  Il s’en délecte.  Il en rougit.  Il en est fier tout en en étant jaloux.  Complice et captif de ce débordement qu’il dissimule derrière des mots.  « La Dame » est la soupape de sécurité par laquelle il laisse échapper le trop plein d’émotions.  « La Dame » est sa bouée de sauvetage qui permet au moment d’exister même s’il n’est que fantasmé.  « La Dame » est notre repère sonore pour comprendre l’envoutement et le décontenancement dans lequel il plonge sans que nous puissions l’en prémunir ni le retenir.  Ce n’est pas drôle.  Ce n’est ni futile ni dramatique.  C’est un moyen habile et subtil.  Une malice de plus de Mike.  Un clin d’œil de sa fabuleuse capacité à exister parmi nous, différemment sans s’exclure totalement.  Un code.  Une esquive. 

En dehors du trouble de l’émotion, « La Dame » dans sa formulation reflète enfin le regard de l’enfant infiniment reconnaissant les yeux levés vers la mère qui le nourrit et grâce à laquelle il vit.  Il y a dans cette évocation autant de pureté que d’interdits.  Une naïveté rare dont seuls les cœurs innocents sont capables.  Nous leur prêtons la noirceur de nos âmes corrompues et sans doute y viendront-ils par perversion ou mimétisme.  Le procès d’intention dont nous l’affublons dans certains cas litigieux d’utilisation coquine de cette appellation ne doit nous faire oublier l’immaturité d’une existence exempte de relations faciles.  La virginité de cœurs condamnés à aimer sans retour préserve les âmes d’enfants infiniment aimants.  Sans émancipation des bras d’une maman, nous restons ceux que nous étions au sortir de ses entrailles.  Tendres et pures.  A jamais protégés des parjures du dehors.  « La Dame » a cette dévotion à nulle autre pareille.  Cet émerveillement du nouveau-né dont les yeux s’illuminent au son de la voix, au parfum, aux pas, aux battements du cœur de celle qui fut sa maison.  N’est-ce pas cela que Mike entend, sent, voit, reconnaît, apprécie encore et encore sans jamais oublier ?  Je ne me souviens plus même ce que c’est mais lorsque j’entends « La Dame », il m’arrive, en fermant les yeux, d’y croire encore !

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Il goûte ce que nous ne savons plus voir , entendre ou sentir ... C'est un bonheur particulier réservé à sa sensibilité plus diverse et riche que la nôtre . Comme tu le regardes et le perçois bien ...

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