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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 01 avril 2019 20:33:31
Blog
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02/04/2019 – Complices En pleine crise d’adolescence, nos deux jeunes pousses nous livrent un combat sans merci vers leur autonomie. D’enfants dociles et serviables, ils se sont révélés, du jour au lendemain, de féroces adversaires. Fini les sollicitations permanentes pour bénéficier de notre présence. Ils fuient nos soirées et désertent la préparation culinaire qui faisait l’âme de notre maisonnée. Leur chambre devient un sanctuaire sacré où nous ne sommes plus invités et qu’il devient criminel de fouler. Les confidences sont devenues « secrets ». Les câlins fondent et nos étreintes vides n’enlacent plus que la nostalgie tenace de leurs baisers passés. Rares sont les moments de partage en famille. Quelques discussions sur l’actualité subsistent. Il arrive que nous suscitions l’attraction lors d’une sortie au restaurant ou au cinéma. Crispée, je goûte goulument aux vacances et weekends qu’ils nous accordent encore avant de s’envoler. Emue, j’entends du plus profond de ma mémoire d’enfant, mon père fredonner « les vieux mariés » de Michel Sardou ! J’adorais quand il chantait cette chanson car je l’interprétais alors comme une déclaration d’amour à ma mère. Je la vois autrement aujourd’hui où j’y lis un sens caché que seuls ceux qui sont confrontés à cette réalité peuvent percevoir pleinement. Triste et belle à la fois, cette mélodie nous guette et nous guide en silence. En pleine crise d’adolescence, nos deux jeunes pousses se chahutent comme des gamins. Seul vestige de leur innocence passée, leurs bagarres bruyantes et vivantes rappellent encore et toujours l’époque tendre et révolue de leurs joutes d’enfants. A les entendre rire et hurler de se chamailler, les images du temps où ils n’étaient pas plus haut que 3 pommes surgissent du passé. Ce sont les mêmes éclats. Ils roulent sans se blesser. Rouges et tout débraillés, ils finissent épuisés dans les bras l’un de l’autre sans jamais se lasser. Complices espiègles et tendres, ils mesurent leurs forces de s’affronter sans se blesser. Conscients de leurs complémentarités, ils s’entraident de puiser chez l’autre ce qui ne leur est donné. Elle accepte tant de lui. Il l’aime inconditionnellement. Ils se connaissent pleinement. Au-delà du savoir, leur connivence trahit un lien fraternel amplifié. Leur histoire aurait pu mal se passer. Sur deux extrêmes, ils auraient pu s’éviter, s’ignorer, s’opposer. D’un poids, ils ont construit une force. Du mal, ils déduisent le bien. De freins, ils inventent des ponts. Virulentes mais bienveillantes, leurs altercations franches et directes font mouche chaque fois. Ils s’interpellent. Ils s’invectivent. Ils se cherchent et se trouvent sans ménagement. Aucune condescendance. Rien n’est feint. Sans hypocrisie. Sans fausse compassion. De se connaitre sans interprète les aide à prendre sans juger ce que l’autre représente. Ils n’interprètent. Ils savent. Ils sont et dans cet unisson aucun interstice n’égratigne leur diapason. En pleine crise d’obsolescence, leurs deux parents vieillissants souris comblés de leur complicité. Tentés de nous en créditer, nous savons qu’au fond c’est à eux que revient ce mérite. Nous apprécions la qualité de leur relation. Nous appréhendons que la vie se charge de défaire ces liens si solidement noués. Un conjoint. Une autre famille construite de chaque côté. Les difficultés d’une société mal avisée qui ne saurait trouver de place à sa diversité. Le temps qui dilue les traces du passé. Il est trop tôt pour le dire. Il serait faux de prédire. Ne pouvoir maitriser ce qui va arriver apprend à accepter autant qu’a contempler. Demain viendra à n’en pas douter. Avec lui le reste et bien plus encore. Mais à présent, dans ce salon, l’un en face de l’autre complices, deux parents dans l’intensité d’un regard, s’enivrent du bonheur de transmettre l’amour qui les unis. Pour naître, l’enfant, comme les sentiments, puisent ailleurs ce qu’ils deviennent. Qu’ils rejettent nos modèles pour construire leur avenir. Qu’ils s’évadent de nos étreintes pour embrasser d’autres destinées. Qu’ils désertent nos vies pour bâtir les leurs. Qu’ils n’aient plus besoin de nous sans que nous ayons besoin d’eux. Qu’ils grandissent et murissent assez pour exister. Il y a dans la pureté de leurs chamailleries assez d’intégrité pour nourrir leurs destinées de la certitude de vaincre la solitude. En pleine crise d’adolescence, alors que nous n’étions encore que deux jeunes pousses, sans nous connaitre, nous partagions ce rêve. La solitude en compagnie, nous voulions trouver celle ou celui avec qui être seul à deux. Quand je les vois s’aimer si intensément, il me semble que quoi qu’il advienne dans leurs vies, ils ne seront jamais seuls même s’ils ne sont pas deux. Sans doute est ce qu’ensemble nous avons su faire naître un lien qui nous dépasse encore.
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C'est à la fois étrange et émouvant de voir ses enfants découvrir ce que nous avons vécu avant eux !!.. Mais oui , l'amour de l'enfance est , malgré les chemins différents et les incompréhensions , toujours vivace et essentiel ...

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