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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 30 juillet 2019 15:11:24
Blog
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30/07/2019 – En sourdine

Pris dans la tourmente physique et verbale de l’adolescence, notre petite famille, enfin réunie pour trois semaines de vacances tant attendues, tangue à vaciller. Notre embarcation a pour seul défaut la tempête qui l’assaille de toute part au risque de la faire chavirer à chaque instant.  Au sortir d’une année particulièrement compliquée, nous espérions, que cette halte bien méritée nous permette de souffler.  Nous misions sur le confort et la tranquillité d’une retraite au berceau paternel pour reconstituer nos stocks d’énergie totalement épuisés.   Amoindris, bien que déterminés à résister, nous ne nous attendions pas à ce nouveau combat.  L’absence d’un amour naissant emplit de tristesse celle que nous souhaitons cajoler.  Au lieu de se livrer, de souffrance elle rejette ceux désespérés qui ne savent plus comment se comporter.  Je fuis.  Brendan craque.  Mike en sourdine se cache et pleure.  Nous dérivons et nos jours précieux s’égrènent dans la peine.

Les réactions de chacun illustrent la place prise dans la tribu.  Il y a ceux qui souffrent en silence et ceux qui hurlent.  Il y a ceux qui espèrent et attendent et ceux qui s’impatientent et trépignent.  Il y a ceux qui compensent et ceux qui exigent.  Il y a ceux qui n’en peuvent plus et ceux qui malgré tout continue.  Il y a ceux qui menacent et ceux qui retiennent.  Il y a ceux qui prennent sur eux et ceux qui accusent les autres.  Chacun fait comme il peut parce que la situation est tellement tendue qu’il est difficile de faire autrement.  Et puis il y a la sourdine.  Déjà observé il y a quelques mois de cela, le Ninja revient.  Il est plus grand.  Plus concerné.  Plus contrasté et plus complexé.  Il reste discret même s’il souffre davantage.  Il comprend les enjeux.  Il appréhende les conséquences.  Il sait le poids de l’équation.  Il voit l’accumulation d’énergie déployée depuis tant d’année.  Il mesure sa part de l’épuisement qui cause les tourments.  Il entend la colère qui gronde sans exploser et tout ce qu’elle pourrait causer si elle venait à déborder.  Il sent les choses.  Sa sensibilité le contraint à abdiquer.  En sourdine, il se cache pour ne pas en rajouter.  Il s’éteint pour ne plus peser.  Il se retient pour mieux résister.  Puis il intervient.

Sans compliquer une partie dont l’équilibre l’inquiète.  Sans aggraver une pression constante et malsaine.  Sans apporter aucune réponse n’ayant les clés d’une complexité échappant à sa sincérité.  Il glisse l’humour dans nos trajets.  D’ordinaire plutôt silencieux, il s’invite sans prévenir.  De blagues en chatouilles, il interpelle ou intercepte la mauvaise humeur par touches d’esprits.  Fin comme jamais, il s’applique à diluer la tension de nos relations dans l’émotions de ses prouesses.  Sans s’en suffire, il passe du collectif à l’individuel.  Auprès de Lola qu’il cajole et console.  Avec son père qu’il appelle et espère sans toujours réussir à cerner l’autorité mêlée aux sentiments.  A mon oreille lorsqu’un matin il s’approche et m’étreint durant une pleine minute.  Sa tête dans mon cou, il me dit tout bas : « ça va aller maman » !  Etrange sensation que celle de découvrir que, celui que je croyais spolié dans ce huit clos oppressant observe plus qu’il subit.  Conscient de l’impuissance des acteurs, il refuse la passivité.  Il choisi d’assister ceux qu’il pense en difficulté.  A l’écart le plus souvent, il sort de sa retraite pas bribes discrètes.  Pour aider, de la porte qu’il ouvre aux services qu’il rend sans rouspéter.  Pour calmer, par la main qu’il pose doucement sur un poing serré ou une joue mouillée.  Pour distraire, de pitreries grotesques dont il joue parmi nous.  Pour libérer la parole sur des sujets qui tus nuisent de n’être entendus. 

En sourdine, envers et contre lui-même jusqu’au moment où il ploie.  Parce que même en famille la loi du plus fort domine.  Elle est moindre et tend à disparaitre lorsque l’alchimie relationnelle fonctionne.  Si cependant, elle défaille, en cascade les frustrations vont atteindre les plus faibles des maillons.  Le courroux passe des uns aux autres s’alimentant jusqu’à joindre l’extrémité incapable de se défendre.  Sans préméditation ni méchanceté, ces dominos chargés d’égaux cherchent à rompre l’engrenage.  Or, l’énergie cinétique de nos disputes ne se tarit que dans la chute.  Irrémédiablement, attiré par celui ou celle qui ne saura relever le défi, l’amalgame de nos discordes terrasse l’extrémité du groupe.  Le bas de l’échelle.  Le plus fragile.  Le moins armé.   Alors, sous le prétexte de n’importe quelle remontrance, une sanction plus lourde tombe et condamne.  Je le retrouve prostré.  Ses sanglots, plus profonds qu’à l’accoutumé, révèlent le poids d’une injustice assumée.  Il me regarde sans sourciller.  « J’ai essayé maman tu sais ! » … Ai-je bien entendu ce qu’il vient d’avouer ?  Je n’arrive à croire ce que je viens d’entendre…  Je le serre dans mes bras ne sachant comment l’interroger.  Son cœur bat très fort.  Il est secoué de spasmes de chagrin.  Il pleure sans bruit mais tout son corps traduit sa détresse.  Je le contiens et le retiens.  Il se redresse doucement en me regardant.  « Merci maman ».  En sourdine, sans insister, il lui fallait juste partager son sort.  Il accepte cette fatalité à condition d’être utile.  Mon assentiment confirmait sa contribution. D’autres journées vont suivre.  Je l’observe en silence. Sans pouvoir le protéger je veux le remercier.

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Chacun son tour est plus fort et peut aider ... C est son tour et il l'assume même si c'est difficile , et c'est si bien de le lui dire . Mais , comme dans n'importe quelle fratrie il est de notre responsabilité de parents de remettre à sa place celui qui joue trop personnel pour protéger l'harmonie et le bonheur de ceux qui l'entourent . Vous n'avez et il n'a que 3 semaines de vacances qui doivent être plaisir et repos , ce qu'elle peut comprendre tout en prenant elle-même d'autres bonheurs ... L'adolescence ne peut être synonyme de tyrannie !!

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