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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 23 avril 2019 19:18:42
Blog
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22/04/2019 – … et c’est lui qui ronronne !

Mike caresse le chat et c’est lui qui ronronne ! Un grand classique en ce qui le concerne même si ce qui nous semble familier est loin de l’être en vérité.  Jagger allongé de tout son long sur la table se laisse manipuler.  Il n’oppose aucune résistance sous l’insistance des gestes gauches et appuyés de celui qui le presse sans l’oppresser.  Une complicité défiant l’entendement s’est tissée entre ces deux compères non assortis.  Le félin agile et méfiant, au lieu de fuir le danger, se glisse à la merci du bruit et de l’agitation.  Aucun signe d’hostilité même si son corps abandonné laisse percevoir ses craintes dans l’insistance des regards et la promptitude de gestes sans griffes ni canines.  Comblée d’une joie qu’il a du mal à contenir, Mike retient sans y parvenir la précipitation dictée par l’émotion.  Assailli de joie, il jubile et déborde du feu de son émoi.  La caresse tendre et affectueuse qu’il souhaite porter tombe comme une fessée sur la bête amadouée, semblant capter l’intensité plus que la maladresse.  Le geste se répète, rythmé de soubresauts, tels les spasmes d’une crise.  A plusieurs reprises la main heurte les flans du chat toujours docile.

La scène étonne.  Elle dure.  Puis monte, de sa candeur, la rumeur de sa saveur.  Un ronronnement profond.  De l’aise à plein poumon.  L’agitation s’éteint.  La tension s’en va.  De l’ampleur des mouvements, ne reste plus que le souvenir.  Une caresse assurée, posée et maîtrisée remplace la gaucherie.  Mike sourit.  Jagger languis.  Le transfert opéré, la bête semble chargée du tourment de l’enfant.  Mike apaisé ronronne.  Il vient de libérer ce qui l’oppressait.  Il vide dans cet échange le trop de ses frustrations.  Incapable d’y échapper, il ne sait que transmettre le joug de son courroux à qui accepte d’en payer le coût.  L’animal le sait.  Nul besoin d’expliquer.  Il sent ce qui échappe à ceux qui savent sans rien voir.  Au lieu de fuir la furie de gestes désordonnés, il comprend le débordement et entend la tristesse.  La détresse l’attire au-delà du risque de la situation.  Volontaire.  Il s’offre à la menace, conscient mais confiant.  Loin de la soumission, sa déférence illustre la compassion et sa compréhension du moment.  Surjouer l’aliénation permet de désarmer l’adversaire prisonnier d’un statut usurpé.  Mike n’est pas un Tiran.  Il le sait.   Son attitude occulte sa véritable intention.  Pris au piège de son état, il agit à l’opposé de ce qu’il souhaite.  Infiniment difficile à déceler, cette situation est pourtant réelle et loin d’être isolée.  Lot commun de bien d’autres détenus, se sort ténu trompe ceux qu’il soulage.  Un comportement inadapté est en effet bien plus facile à condamner qu’à interpréter.  Victimes de leurs assauts, il nous est permis de les juger alors qu’il nous faudrait les comprendre.    

C’est lui qui ronronne parce que c’est lui qui bénéficie des caresses qu’il offre tandis que celui qui reçoit donne de se prêtre au jeu.  Vouloir aider sans y parvenir soulage d’essayer.  Conscient de l’improbable réussite de son geste, Mike persévère de vouloir plaire à son chat.  Il sait que le caresser apporte à l’animal satisfaction et affection.  D’autres le font. Pourquoi pas lui ?  Alors que Jagger pourrait se contenter de l’adresse bienveillante des autres habitants de la maisonnée, il décide de se soumettre à la brutalité du seul qui pourrait le blesser.  Mainte fois malmené d’un trop d’émotions ; fidèle, il pardonne et s’adonne sans freins.  Ce duo improbable se forme quotidiennement.  Souvent, de leur union, un ronronnement s’échappe.  Celui de l’enfant, non de l’animal.  Le signe irréfutable d’une aise retrouvée.  Mike ponctue leur étreinte du chant de son soulagement.  Grâce au chat il se vide du trop-plein qui l’encombre.  Grâce au chat il respire et retrouve l’entrain.  L’appréciation de son bien-être, semblable au grognement de l’animal, lui échappe et nous surprend.  C’est lui qui ronronne parce que c’est lui qui gagne, dans ce rapport, la force qu’il peine à maitriser.  C’est lui qui exprime le plaisir de se défaire des tensions qui l’assaillent et enlaidissent son être.  Lui encore qui s’évade par l’échange consumé dans une paix retrouvé d’avoir pu partager.  Sa condition.  Son émotion.  Son tourment.  Sa dévotion.  L’espace d’un instant se savoir compris et perçu tel qu’il est.  Ni jugé.  Ni fui.  Ni condamné par l’aspect de ce qui le défini sans lui ressembler.  Mike caresse le chat et c’est lui qui ronronne de recevoir ce qu’il était venu chercher.  Un instant de vie volé au cours de son existence.  L’opportunité d’être aimé pour ce qu’il est.  Vivre comme autrui malgré sa différence.  Le chat l’a compris.  Il l’a permis.  Mike sourit et ronronne.

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Superbe texte et belle réalité .... qui nous rend heureux de tant d'intelligences réciproques .... et nous apprend un autre monde de rapports . Merci pour cette découverte .
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Superbe texte et belle réalité .... qui nous rend heureux de tant d'intelligences réciproques .... et nous apprend un autre monde de rapports . Merci pour cette découverte .

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