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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 13 août 2019 10:57:17
Blog
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13/08/2019 – Fragilité

L’équilibre de l’édifice parait stable, mais sa solidité n’est que façade.  De violentes bourrasques peuvent à chaque instant l’écrouler.  Sa chute entrainerait bien plus que la perte de ses membres.  Un vertige me prend à la seule évocation du risque.  Tout le monde compte sur son maintien.  Certains s’en servent de soutien.  D’extérieur impérieux, fier et valeureux ; il inspire confiance et trompe l’entourage.  Ceux qui le côtoient finissent par oublier les efforts quotidiens qui lui permettent de tenir.  Ils s’habituent.  Ils oublient sa nature, son envergure, ses fêlures.  De victimes nous devenons experts.  Pour d’autres.  En plus.  Toujours.  Sans fin.  Pourtant, l’énergie des fondations est limitée.  Elle prend du temps à se regénérer.  Elle se suffit à peine et, bien qu’elle veuille aider, elle a du mal à contenter tous ceux qui pourraient en bénéficier.  Difficile de refuser.  Il faudrait ne pas être sollicité.  Mais peu s’arrêtent aux portes non closes.  Peu comprennent l’alchimie fébrile d’un radeau à la dérive.  Peu savent voir au-delà de ce qui est montré.  Rares sont ceux qui pensent à autrui avant eux-mêmes.

Quand le besoin se présente, il faut y répondre.  Des obligations.  Des conseils.  Une écoute.  De la disponibilité.  Une charge mentale disproportionnée aux vues de ce qui reste à donner.  L’esprit s’épuise.  Les forces se diluent.  La crispation raidit les relations.  L’être fuit.  En avant.  Plus loin.  Ignorant les signes qui l’alarment sans bruit.  Le besoin de soin prévaut.  La fatigue peut attendre.  Le moment viendra de récupérer.  A moins qu’il soit trop tard.  Cette frontière ténue piège ceux qui l’ignorent.  Ils pensent la dépasser et se retrouvent perdus.  Derrière sa ligne, ils tombent de ne pouvoir revenir.  Son abysse, noir de désespoir, confond ceux qui s’y perdent.  De sauveurs, ils deviennent des proies, de doutes en angoisses, de lassitudes en incertitudes.  Eux les piliers ne savent plus marcher, plus avancer, plus contrôler.  Ils se dressent contre leurs pairs.  Ils hurlent leur impuissance.  Ils pleurent leur épuisement.  Ils cherchent des suppléants auprès de semblables proches de la rupture.  Les dominos de leur renoncement précipitent ceux qui s’y frottent dans le puit de leur dépression.

Au-delà du burnout de celui qui plonge, la détresse de ceux qui tiennent crie.  Ces affres sournois et délétères s’émissent et s’immiscent.  Inutile de prévenir.  Illusoire de guérir.  Cet engrenage ne cesse avant de consumer ceux qui croyaient lui échapper.  Il étreint et éteint.  Il contraint et confond.  Le vide béant dans la carapace ébréchée, aspire et implose sous la pression.  Du déni au replis, vient le moment d’affronter plus que d’esquiver.  Faire face.  Cesser de lutter.  Accepter de choir.  Passer la main.  Abandonner.  Le temps de se soigner.  Pour revenir.  Pour continuer.  Changer de rythme.  Faire le point.  Courber l’échine.  Se protéger.  Pour éviter le pire.  D’épisodes en crises, la fréquence s’accélère, la violence croit.  La peur s’installe.  Le silence règne.  Le malaise gagne.  Les mots se taisent.  Les corps se figent.  Il faut agir mais comment faire? Intervenir.  Identifier.  Convaincre.  Diagnostiquer.  La tension précède l’explosion.  La moindre secousse pourrait tout emporter.  Oser revient à accepter.  Attendre condamne à subir.

Il faut dire ce qui ne s’entend pas. Prévenir sans juger.  Accompagner pour préserver.  Anticiper pour sauvegarder.  De la confiance à la défiance.  Prédire sans médire pour ne ternir l’avenir.  Au pied du mur, dévoiler la fragilité pour aider à la dépasser.  Ensemble.  Encore. Assumer ses faiblesses pour retrouver l’équilibre.  La force tétanisée de trop avoir porté doit se détendre pour reprendre.  La soulager.  La compenser.  La remplacer le temps qu’il lui faudra pour revenir.  La relayer.  La reconnaitre aussi car elle s’épuise souvent d’agir dans l’oubli du temps qui passe et la dépasse.  Se reposer non de choir mais d’avoir pendant tant d’années tenu.  Accepter sans culpabilité le besoin d’une pause salutaire et méritée.  Sans subir.  Sans souffrir.  Justement.  Patiemment.  Pour rebondir.  Pour repartir.  Pour durer sans endurer.  Par amour et nécessité.  Contre la spirale qui nuit.  Avant qu’il ne soit trop tard…

Fuir le vide qui s’installe.

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Nous sommes tous force et fragilité ... le savoir et l'accepter donne l'équilibre qui épanouit . Mais , nous avons aussi des ressources et des forces que nous ne savons imaginer ; elles sont là quand il faut , si nous voulons ...

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