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Alter Dépendance – J’ai peur qu’il t’arrive un malheur !

Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 13 mars 2019 12:03:22
Blog
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12/03/2019 – J’ai peur qu’il t’arrive un malheur !

« Allo Maman, j’ai peur qu’il t’arrive un malheur ! » depuis quelques semaines Mike m’appelle régulièrement en fin de journée en commençant sa conversation par l’expression de cette angoisse.  Il lui arrive même de m’interpeler, dans la journée, le weekend, avec cette interrogation.  Il ne sait alors ni définir de quel malheur il s’agirait, ni même si quelque chose l’inquiète particulièrement qui expliquerait ce ressenti.  Il exprime simplement une préoccupation grandissante à en juger par la récurrence de cette crainte.  Au début, j’ai cru à un événement isolé.  Une mauvaise journée suscitant un pic d’appréhension qu’il aurait traduit en une menace me concernant.  Constatant que le phénomène se répétait, j’ai compris que sa peur était réelle et qu’il me fallait l’adresser.  Dans l’incapacité d’obtenir de lui plus que cette perception, persistante et immuable, j’échoue à comprendre les raisons tout en acceptant l’évidence.  Il s’inquiète.

Sans que je puisse l’expliquer, cette manifestation n’est sans doute pas irrationnelle.  Je me souviens avoir été soumise à cette phobie plus jeune.  Dans des cauchemars répétitifs, j’accompagnais ma mère enceinte avec mes deux sœurs dans une grande ville pour un rendez-vous médical.  Alors que nous sortions de chez le médecin, de l’autre côté de la rue, dans un camion de pizza, un homme armé se mettait à nous chasser.  Ma mère, prenant mes deux sœurs par la main, courrait en me hurlant de la suivre.  Elle nous entrainait dans le recoin de toilettes publiques pour nous mettre à l’abri.  Malheureusement, l’homme nous suivait et abattait froidement de deux balles ma mère recroquevillée entre mes deux sœurs effrayées.  Je me réveillais alors en sursaut autant ébranlée par la perte de ma maman et son bébé, que terrorisée par la peur de recevoir en héritage la responsabilité de mes cadettes.  Le grotesque de cette histoire plus qu’improbable illustre parfaitement l’irrationalité du péril menaçant l’existence de ma maman.  Mon rêve n’en était pas moins cohérent.  Il incarnait, dans sa fiction, le traumatisme d’opérations successives qu’elle subissait à l’époque.  Chaque nouveau départ au bloc était un déchirement.  Reviendra-t-elle ?  Qu’adviendra-t-il sinon ?  Témoin de la mort tragique d’un autre parent, je me préparais au pire inéluctablement.

Quel évènement de notre quotidien pourrait amener Mike à craindre qu’il m’arrive un malheur ?  Avec lui, ce peut être autant ce qui se voit que ce qu’il perçoit !  Ces derniers temps, de nombreuses difficultés ont surchargées notre quotidien.  La fatigue s’est accumulée.  Nous avons tenu bon grâce au soutien de chacun.  La famille sort un peu sonnée mais renforcée de ces nouvelles épreuves surmontées.  En surface.  Les apparences qui nous rassurent ne l’abusent.  Doté d’un sens inné de l’autre, Mike accède au vrai de nos secrets.  Un soupir.  La courbure de commissures de lèvres lasses.  Un rythme lent chargé d’épuisement.  La subtilité de signes invisibles lui est perceptible.  Il interprète.  Il observe.  Soumis à son environnement, il scrute les variations et fuient leurs répercutions.  Détestant le changement, il anticipe ses aléas et contre ses plans.  Malin, il connait ses alliés et la dureté de l’existence.  Son instinct l’incite à se protéger.  Son rapport aux autres en est imprégné.  Capable de déceler en chacun la sincérité des intentions, il mesure en permanence l’impact de la tectonique des relations.

Que ce soit de moi qu’il s’agisse ou pas, il est possible que son tourment questionne davantage sa capacité à rebondir en cas de malheur ?  Son inquiétude révèlerait alors la conscience de sa dépendance plus que l’éventualité d’une adversité.  « Jai peur qu’il t’arrive un malheur ! » deviendrait « que deviendrais je sans toi ? ».  Question cruciale à laquelle je m’emploie à répondre… sans doute encore pas suffisamment…  Nous partageons cette peur qui nous unie.  Par sa naissance et sa pathologie.  Par nature et par envie.  Mon sort.  Le sien.  Tant d’autres tiennent au fil de malheurs qui peuvent ou ne pas arriver.  J’ai choisi de construire de vivre plutôt que perdre de craindre !  

Dans la voiture un soir, alors qu’il m’interrogeait à nouveau, je dis : « un jour je vais mourir tu sais ! » Au lieu de tenter de le rassurer je venais de verbaliser ce qu’il n’osait envisager.  La conversation s’arrêta là.  J’y reviendrais.  Plus tard.  Encore et encore.  J’ai réalisé que cette vérité doit être partagée pour s’y préparer.  Seule je l’ai bien trop souvent crainte pour le laisser la combattre sans l’aider.

 

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Tu as eu raison de dire cettevérité . Voulait-il l' entendre ? Peut-être faut-il lui dire aussi qu'il ne sera pas tout seul et pourra compter , autrement , sur sa soeur , son cousin , ses cousines , ses amis , une chérie ...

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