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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 26 février 2019 13:51:45
Blog
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26/02/2019 – Je refuse

Après le fameux « J’accuse » vient le sournois « Je refuse ».  L’un, d’un auteur notoire.  L’autre, d’un illustre inconnu.  Une prise de position ferme contre une opposition furtive. Un refus bref et ambiguë.  Posé avec aplomb, il s’efface sans laisser de trace.  Affirmation infirme, incapable de tenir l’intention clamée.  Le signal plonge dans la perplexité ceux qui s’en soucient.  Il signifie moins que ce qu’il entend.  Adepte de l’art oratoire, Mike réfute avec véhémence tandis que sa pathologie prive d’impact son éloquence.  Il dit « non » sans connaître les motivations de ses contradictions.  De constater son objection, il se perd à y croire.  L’angoisse le gagne, puis le submerge.  Il confond l’affirmation et l’émotion.  Prononcé, le trouble prend vie.  Son sens compte moins que son expression et alors il devient le sujet de ce qui n’était, au début, qu’un malaise échappé.  Pris au piège, conscient du contre sens sans maitriser son cours, Mike s’enfonce alors dans l’opposition pour n’avoir à justifier ce qu’il ne peut comprendre.  Dire « rouge » en pensant « bleu » !  Quel absurde alchimie brouille le fonctionnement cognitif de ceux atteints de troubles émotionnels ?  Quel sortilège injuste condamne certains à vivre prisonniers de leur unicité ?  Sans clés de lecture, l’expression atypique d’individus exceptionnels fait d’eux des énigmes ?

Lors d’une escapade en weekend, vivant un rêve éveillé entre stade de France, cinéma, restaurant, zoo et cousinade ; il s’oppose au bonheur comme s’il fuyait de peur.  Au départ en vacances, pour un voyage en Irlande ou une virée dans le sud, il freine la progression de tous.  Lors d’une discussion, sur un sujet donné, il condamne et réfute les évidences sans vraisemblance.  Dans l’autonomie, pour les transports en commun comme l’alimentation, il conteste une maitrise acquise et reconnue.  Son incapacité, au-delà de ce qu’elle pourrait être, revient à ce qu’il refuse de faire plus qu’à ce qu’il ne saurait accomplir.  Ses appréhensions et sa perception prennent le pas sur la réalisation.  Il s’interdit de vivre ce dont il se sent inapte.  Dans le déni de ses acquis ?  Dans l’obsession de ses angoisses ?  Pris au piège d’une expression complexe, de dire il s’empêche de vivre ce dont ses maux le privent.  Un sortilège.  Une punition.  La malédiction de ceux dont la déficience invisible confond autrui par le mauvais usage de codes universels.  Notre société repose sur l’interprétation de signes reconnus.  Pris par le temps, nous ne savons plus sortir de ces schémas tracés pour déchiffrer ce qui n’en serait inspiré.  Tels des automates, nous lisons l’autre au travers de grilles aseptisées où chacun rentre dans une case formatée.  Alors, ceux qui ne se fondent dans ce modèle éprouvé, peinent et faillissent à transmettre le sens de leurs propos.  Alors, la nuance s’efface et le commun l’emporte sur le particulier, le comme sur l’autre, l’identique sur l’authentique. 

Sans blâmer ce non discernement, est-il possible de le mettre en perspective ?  Dans le fond de sa forme.  En séparant le son de son énonciation.  Du « J’accuse » au « Je refuse » une similitude m’intrigue.  Leurs déterminations.  L’intensité dicte la profondeur de l’expression.  Au-delà du message, qu’apprendre de l’être qui émet l’opposition.  Un engagement ?  Une conviction ?  Une réaction ?  Un mal-être ?  Le refus est un positionnement.  Il indique une situation.  Quand Mike dit « non », le temps s’arrête dans sa tête.  Ses abscisses et ordonnées sont figées.  Il nous faut trouver ses coordonnées pour le joindre.  « Je refuse » signifie stop avant toute autre chose.  STOP attends-moi, attendez-moi.  Pas « non ».  Pas l’apposé de ce qui était alors enclenché.  Seulement « je n’y suis plus », « ça va trop vite », « pas sans moi », « autrement ».  Il accuse notre négligence !  Il tente de ralentir nos évidences pour qu’elles aient du sens.  Il veut partager au rythme du plus petit dénominateur commun plutôt qu’à celui de tous sans que personne ne s’y trouve.  Il unit plus qu’il oppose, mais doit pour cela contredire l’ordre établi.  Rien d’absolue.  Un interlude.  Une entrevue.  Entre nos certitudes érigées en règles et sa détresse de n’être dans nos codes, la possibilité d’étendre nos perceptions à condition d’entendre ses attentes.  Un plaidoyer pour une autre approche.  Celle qui interroge plus qu’elle impose, qui inclue, analyse, interprète.

Alors « oui » nous le contraignons à faire ce qu’il refuse.  Mais « non » nous n’ignorons ses oppositions qui sont pour nous les clés de son expression.  Pas pour ce qu’elles disent mais pour ce qu’elles signifient.  Ses refus sont les alertes qui nous poussent à le localiser car elles signalent qu’il s’est égaré.  Perdu, il appelle à l’aide.  « Je refuse » signifie « J’existe ».  Prenez-moi en compte.  Vraiment.

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Tout autre est difficile à comprendre ...et il est tellement plus facile de trouver étrange , plutôt qu'intéressant . Alors , quel chemin pour se mettre à la place et traduire .

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