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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 08 janvier 2019 12:42:44
Blog
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7/01/2019 – La soutenance

Sentiments mêlés de peine et de joie, je sors certifiée de l’exercice de style consistant à défendre un mémoire sur « La stratégie RSE d’un espace de vie pour personnes en situation de déficience intellectuelle ».  De nombreuses heures de travail, de recherches et de documentation. La rédaction d’une soixantaine de pages, en police 12, comme me le fait remarquer l’examinatrice présidente du jury.  La préparation d’un support de restitution pendant les vacances de Noël parce que je n’avais pas eu le temps avant.  Et puis une bonne poussée d’adrénaline sur la dernière ligne droite, du dimanche soir à la soutenance, notamment durant les 2 heures de train de Lyon à Paris.  Pendant, je suis dans mon élément.  Pas une hésitation.  Je déroule les slides et avance les arguments.  Passionnée et convaincue, je sens l’auditoire captivé.  La curiosité s’aiguise et les questions pleuvent.

Après 20 minutes d’exposé, je réponds à plus de 40 minutes d’interrogations.  Les risques ? La conduite du changement ? Les compétences nouvelles ?  L’acceptation de la différence ? L’ambition de couvrir la santé en plus de tout le reste ? Trop d’optimisme ne nuit il pas au projet ? Quelle population exactement serait en mesure de relever ce challenge ?  Le coût ne sera-t-il pas trop élevé ?  Un mal nécessaire qui nourrit ma réflexion et permettra, sans doute demain, de rendre la démarche viable et mes arguments crédibles.  Ces objections n’entravent pas mon appréciation et je reçois la certification visée.  Je remercie mes détracteurs pour le rôle qu’ils devaient jouer.  L’un d’eux, touché, me raccompagne et m’encourage en m’offrant un contact qui pourrait m’accompagner.   Leur sollicitude et leur gratitude amenuissent l’amertume de leur scepticisme.  Je pars avec mon enthousiasme.  Jugée pour ma naïveté.  Félicitée pour mes convictions.  Plainte pour ma condition.  Sauvée par une cause qui ne saurait être condamnée même si elle semble désespérée.  J’ai le sentiment d’avoir échoué.  La magie n’existe que dans le moment.  En m’écoutant je les savais captifs. « Un pourquoi pas ? » planait dans leurs regards.  Mais l’hypnose inspirante de l’orateur ne dure qu’un temps.  Reprenant leurs esprits, en cartésiens aguerris, lorsque leur tour fut venu de s’exprimer, ils réduisirent à néant l’espoir d’y croire !

Pas méchamment.  Pas consciemment ?  Pas volontairement ?  Par habitude.  Par lassitude.  Par conformisme aussi.  Convaincus par un modèle basé sur la domination, ils ne peuvent entrevoir ce qui n’est pas encore d’actualité.  Voir l’avenir tel qu’on entend le sculpter crée, chez autrui, le mirage de la fiction.  Les espaces de co-living sont pour moi une réalité.  Pour eux une lubie devant être éprouvée.  « Faire de sa vie un rêve et d’un rêve une réalité » disait Antoine Saint Exupéry.  J’avais pourtant pris soin d’en faire ma conclusion !  La route est longue et j’en suis consciente.  Je sais les obstacles qu’il va me falloir surmonter.  Je comprends les enjeux du chemin sur lequel je m’élance.  J’y mets du cœur et de l’ardeur parce que ces combats ne se gagnent qu’à fond.  Ils voient de l’émotion et de l’approximation parce que l’intuition ne vaut la démonstration, le ressenti n’égale les faits, la passion n’est la raison.  Ils me protègent de mises en garde.  Ils m’avertissent, me prémunissent.  Ils me nuisent sans le vouloir.  La flamme qui nourrit mon ambition ne doit faiblir, ni tiédir.  Leurs peurs ne peuvent m’accompagner.  Elles me freineraient...

En partant, comme pour m’excuser, je conclu en avouant qu’en visant la lune je cherche à faire bouger les lignes.  Ils sourient rassurés.  C’est ainsi qu’il me faudra gagner.  Envers et contre tous.  Rêver l’impossible pour le construire.  Une fois réalité, il convaincra ceux pour qui voir est croire.  En attendant, je dois trouver les autres pour avancer.  Il en existe.  J’en ai croisé.  De soutenances en soutiens, viser demain et la promesse d’un avenir heureux pour Mike et tous ceux qui méritent autant que nous de vivre et de s’épanouir.  Une évidence qui parait sacrilège aux yeux de ceux qui jugent la mission impossible.  Une évidence qui me porte.  Juste.  Exigeante.  Digne.  Elle m’oblige au-delà des craintes qu’elle suscite.  Aucun diplôme ne ratifie mon engagement.  Aucun jury n’évalue mes compétences.  Aucun patron ne valide mes objectifs.  C’est quelque chose que je me dois à moi-même.  Un choix que j’assume en pleine conscience.  Ma manière de supporter une réalité qui m’écœure et contre laquelle j’ai décidé de lutter par l’action.  Accepte ce que tu ne peux changer et change ce que tu peux changer.  J’irai aussi loin que je le pourrais et j’essayerais tout ce qui me sera possible d’entreprendre.  Eduquer son enfant c’est l’aider à grandir.  Un plafond de verre empêche le mien de vivre pleinement.  Je dois le libérer.

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