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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 30 octobre 2018 12:00:39
Blog
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30/10/2018 – Le dentiste… 

Depuis qu’il est tout petit, Mike a une peur bleue d’aller chez le dentiste.   Rien d’extraordinaire.  Nous sommes tous traumatisés soit par une expérience personnelle soit par les histoires terribles qui circulent sur cette profession.  De la torture de la roulette à l’aiguille qui s’enfonce dans la gencive et nous laisse avec la mâchoire endolorie d’un boxeur.  Certaines odeurs, certains bruits nous hérissent le poil évoquant des souvenirs, propres ou empruntés, mais qui vivaces nous effraient au-delà du rationnel.  Le cuir du fauteuil.  La lumière blanche éblouissante.  Le gobelet en plastic posé sur la fontaine qui sent le clou de girofle et dans laquelle nous ne parvenons jamais à cracher sans qu’un fil de bave sanguinolent nous y rattache. L’impossibilité de parler la bouche pleine et écartée alors que les questions pleuvent attendant nos réponses.  L’appréhension immense avant d’y aller qui ne dépasse pourtant jamais le mal après s’être fait charcuter.  Les techniques ont évolué.  La prise en compte de la douleur est désormais la norme.  L’esthétisme et le confort des lieux appellent à la détente.  Les interventions sont courtes.  Les anesthésiants variés et adaptés.  Les professionnels modernes sont assistés d’infirmières zélées et joyeuses qui égaillent l’environnement.  L’ambiance conviviale et joviale de l’endroit invite à se confier.  Il est loin le temps de l’austérité, des craquements et grincements de dents, des gémissements qui s’entendent de la salle d’attente et donnent envie de fuir, du sang qui coule, des trous béants.

Loin mais non révolu !  Toujours présent dans l’inconscient de ceux qui sans avoir connu cette époque portent le traumatisme de leurs ainés.  La peur du dentiste sans être génétique serait transmissible.  Dans l’inconscient populaire.  Telle une légende urbaine.  Mike n’a jamais souffert de cette spécialité.  Il connait le corps médical pour le pratiquer largement.  Nous appelons chaque professionnel de santé par son prénom pour familiariser l’approche.  Il y a Vincent, Sophie, Alisson, Samia, Georges, Alexis et tant d’autres...  Ils sont ainsi à égalité avec Hubert et Touffik les chauffeurs de taxi ; Jean-François et Anne-Sophie les référents ; Isabelle et Aurélie les enseignantes ; Sandra et Djenaba les au pairs !  Pour les dentistes cette ruse ne fonctionnait pas.  Pour les dentistes l’angoisse dépassait le jeu.  Pour les dentistes, comme pour les piqures, la simple évocation d’un rendez-vous, même lointain, déclenchait une panique continue de l’énonciation de la date au dénouement du jour J.  Jusqu’à ce mardi 23 Octobre.  Jusqu’à ce que Mike, encore pétri de peurs dans la salle d’attente, s’allonge à peine reçu sur le fauteuil en cuir, détendu, souriant, prêt à être examiné.  Interloqué, nous le regardons étonnés de la facilité avec laquelle il venait de s’exécuter alors que nous nous apprêtions à user de stratagèmes pour le convaincre d’essayer.  Le médecin, que nous avions abordé au préalable avec précaution pour expliquer la spécificité de ce patient, n’en revenait pas lui-même.  Habitué à soigner ce genre de profils atypiques, il n’avait pourtant jamais encore observé une telle désinvolture, marque de la confiance absolue que Mike lui témoignait.

 Avant qu’il ne s’impatiente, il fallait agir.  Sortir de notre stupéfaction pour accompagner son engouement au lieu de le freiner.  Sa petite sœur présente, s’étant motivée à montrer l’exemple, s’asseyait rassurée tandis que nous poursuivions.  La bouche grande ouverte Mike collaborait à la perfection.  Fier de montrer le travail répété matin et soir d’un brossage appliqué qu’il prolonge depuis quelques semaines le temps d’une chanson, il attendait le verdict confiant.  La pince pointure qui parcourait ses dents, raclant un peu de tartre et testant la solidité de l’émail, ne l’effrayait pas.  Pas plus que la main recouverte de plastique du praticien qui parcourait sa mâchoire dans une promiscuité d’ordinaire proscrite.  Docile, presque complice, Mike s’abandonnait aux gestes agiles et surs du dentiste son ami !  Incroyable mais vrai.  L’examen ne dura pas plus de 3 minutes.  Nous n’avons pas eu à intervenir pour le réconforter, l’encourager, le supplier de se prêter à l’exercice.  Une fois terminé, il se hissa hors du fauteuil et dit avec un sourire malicieux « à toi Lola ! » tel un grand frère qui rassure en ayant montré l’exemple.  Le seul signe d’émotion fut son excitation au sortir de l’exploit.  Nous ne pouvions plus contenir ses questions.  L’examen de sa sœur se fit sous une pluie d’interrogations.  Curieux de tout savoir sur tout ou heureux de s’en être sorti, il ne pouvait plus s’arrêter de parler.

Tous ceux qui vivent ou ont vécu l’expérience du dentiste avec un enfant souffrant de troubles du comportement sauront à quel point cette anecdote n’en est pas une.  Tous ceux qui souffrent ou ont souffert d’un traumatisme chez le dentiste aussi.  Etre incapable de maitriser ses émotions, par pathologie ou par suite d’un traumatisme envahissant, est irrémédiable.  Et là, comme par enchantement, une fois de plus, Mike surprend.  Sa maitrise était totale.  Sans doute dictée par son intuition qui l’intimait d’avoir confiance en la personne qui le recevait ?  Peut-être aussi motivé par l’envie de jouer son rôle de grand frère dont, malheureusement, il se sent si souvent dépossédé ?  Difficile à dire.  Difficile à croire.  Mais vrai.  Etonnant.  Surprenant.  Bluffant.  MIKE encore une fois.  A contre-emploi.  Avec lui, la vérité est ailleurs !

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