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Alter Dépendance – Les « habilités sociales » à quoi ça sert ?

Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 15 mai 2019 16:19:24
Blog
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14/05/2019 – Les « habilités sociales » à quoi ça sert ?

Nous trouvions que Mike avait des difficultés à s’exprimer.  Il n’avait plus vu l’orthophoniste qui lui avait permis de sortir de l’écholalie et de verbaliser ses émotions depuis plusieurs années.  Une spécialiste comme nous aimerions tous en croiser plus souvent !  Quelqu’un de compétent et d’humain qui a su, dès le début, l’accompagner avec fermeté et persévérance et à qui nous devons son excellente élocution.  Une femme sévère et juste avec laquelle Mike entretenait une complicité méfiante.  Dans la réserve du sérieux des apprentissages, je suis certaine qu’il appréciait de la retrouver chaque semaine même s’il était impatient de terminer ces séances aussi éprouvantes qu’utiles.  La colère qu’il exprima lorsque nous y sommes retournés pour un bilan trahit son attachement.  Pendant plusieurs mois, il s’était doucement consolé de ne plus la voir et avait fini par s’y résoudre.  Alors, la revoir, ainsi, au détour d’une semaine sans espoir de retour avait été très dur.  Il me le fit sentir en refusant que j’entre avec lui, en me chassant, en me frappant.  Sophie dû intervenir pour le raisonner.  Puis, il finit par entrer et pu suivre le bilan tel qu’il avait été programmé.

Les conclusions de l’analyse de ses progrès et de ses régressions furent sans appel.  Les acquis demeuraient solides car Mike bénéficiait de bases approfondies, à l’épreuve du temps.  Dans un environnement calme et maitrisé, il était même capable de les développer davantage notamment en conquérant la lecture.  Il devenait cependant évident qu’un nouveau défi s’offrait à lui.  Celui de l’âge.  Celui de l’autonomie.  Celui du sortir du cocon confortable du cadre familiale pour investir le vaste horizon troublant du groupe, de la société, de son devenir.  Ce n’était pas la première fois que j’entendais parler des « habilités sociales ».  C’était la première fois que je nous sentais concernés par elles.  Entre leur son et l’implication de devoir s’y résoudre, il me fallu du temps.  Etrange sensation.  Je croyais m’y être préparée en me documentant.  Et pourtant, lorsqu’il fut question d’entamer une nouvelle stimulation pour mon enfant devenu grand, l’engouement des mises en place du passé de l’orthophonie, à l’ergothérapie, en passant par la psychomotricité … ne me fut plus si aisé.  Comme pour m’y accoutumer, j’ai commencé par recommander la spécialiste qui m’avait été indiquée pour une intervention lors du prochain weekend familial de l’association.  Puis, j’ai évoqué l’hypothèse de la nécessité de ce suivi lors du rendez-vous annuel avec le neurologue.  Enfin, j’ai attendu plusieurs mois que le centre me recontacte alors que, rompue au fonctionnement des hôpitaux publiques, je savais pertinemment qu’il me fallait agir si je voulais réussir.

Le moment venu, comme si l’intervalle avait été la durée requise pour aboutir, tout se déclencha subitement.  Une rencontre associative me mit, par hasard, face aux bons interlocuteurs.  Une assistante zélée me prie en sympathie.  Un rendez-vous annulé me permis de nous glisser dans un planning surchargé.  La date tomba même durant mon absence, m’offrant un sursis supplémentaire.  Je laissais à Brendan le soin de conduire Mike.  Inquiète et concernée, avant de m’absenter, je préparais soigneusement l’échéance.  Plan d’accès.  Coordonnées.  Courrier du neurologue recommandant la prise en charge.  Carte vitale.  Liste d’exemples à discuter durant l’entretien.  Puis vient le moment de préparer Mike.  Par petite touches, l’un et l’autre séparément, nous abordions le sujet avec lui d’une anecdote à l’autre.  Les sourires mal compris.  Les insultes trop féroces.  Les blagues mal placées.  La pudeur.  Les angoisses.  L’exclusivité de relations freinant son épanouissement.  La politesse.  La bienséance.  L’aisance relationnelle du bonjour au respect des règles de la collectivité.   L’avant-veille, je fini par me risquer à vérifier ce qu’il en avait retenu.  Partant le lendemain, il me semblait important d’évaluer sa compréhension ou mes appréhensions !  Je finis par lui poser simplement la question : « Sais-tu à quoi servent les « habilités sociales » ? »  Sa réponse fut spontanée : « à m’aider à tomber amoureux ! »

Il ne me semble pas que nous ayons abordé cet aspect lors de nos échanges sur le sujet.  Je crois avoir introduit la nécessité de mieux comprendre les autres car nous ne serions pas toujours là pour l’accompagner et que par conséquent, il devrait apprendre à se débrouiller seul…. Mais tomber amoureux, jamais.  Je suis très prudente sur ce sujet car je souhaite qu’il suive son propre chemin.  J’évite aussi d’en parler pour ne pas l’importuner.  Je sais enfin que ses choix pourraient se trouver limités.  D’être sa mère, m’interdit et m’autorise, à vouloir sans pouvoir, qu’il refuse toute fatalité.  Lors d’une réunion sur la sexualité des personnes en situation de handicap, j’ai un jour assisté au refus de parents d’octroyer à leurs enfants différents l’opportunité de vivre la parentalité !  J’en demeure profondément attristée.  J’entends, de la vivre au quotidien, la difficulté que représente l’accompagnement de leurs différences dans une société « in-inclusive ».  Je comprends l’angoisse de vieillir sans garantir l’avenir de ceux qui ne cesse de dépendre de nous.  Je refuse cependant l’inéluctable conclusion qui prive en guise de solution !

Alors, lorsque d’habilités sociales, Mike déduit l’amour… j’hésite entre louer son romantisme ou craindre sa lucidité.  Dans l’un, il hisse les sentiments au sommet des relations sociales.  Dans l’autre, perspicace et mature, il voit l’union amoureuse comme sa chance de survie en harmonie.  Des bras de ses parents au cœur de son amant.  Avec ou sans sentiment ?  La quintessence de l’existence aux prémices de ses seize ans.  Demain, lors de l’entretien, un bilan va être réalisé de ses habilités sociales.  Je ne pense pas que sa capacité à tomber amoureux va être évaluée.  Cependant, je sais à quel point il est crucial que Mike développe ses facultés d’interactions avec autrui, ne serait ce que pour que d’autres que nous le rencontrent vraiment.  Lui si délicieux.  Lui si pure.  Ne sommes-nous pas ceux à rééduquer pour échouer à comprendre les réactions de ceux qui parmi nous étouffent de ne parvenir à montrer ce que nous gagnerions tant à découvrir ?  Au lieu de condamner leur forme ne devrions nous pas remettre en question notre fond ?

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Quelle merveilleuse réponse , pleine d'intelligence de la vie , de compréhension du monde des autres , de délicatesse et d'empathie ... Michael sait mieux que nous les relations humaines parce que , peut-être , faute d'être assez écouté , il observe et devine ce que sont les hommes pressés et bavards . Magnifique réponse pleine d'espoir comme un bonheur déjà ...

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