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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 20 août 2019 11:17:59
Blog
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20/08/2019 – Les gentils malfaiteurs

De retour à Lyon depuis deux jours, nous venons de reprendre le boulot.  La première soirée est toujours difficile.  Nous passons à table exténués par les centaines d’emails traitées durant la journée.  Moroses et désabusés face à la nouvelle qui vient de tomber : « Irlande du Nord : une bombe explose près de la frontière » … heureusement il n’y a aucune victime !  Nous échangeons avec les enfants sur le sujet.  Mike demande si les policiers ont arrêté les méchants.  Brendan explique que la volonté des personnes qui ont commandité l’attentat était certainement de manifester un mécontentement et non de blesser ou de tuer des gens.  Il y a un an à peine, nous visitions l’Irlande avec des amis.  Lors de notre journée à Belfast, nous avions longuement échangé sur l’histoire de l’IRA et les affrontements des années 70 et 80.  Je suis en train de lire « Mon traître » et « Retour à Killybegs » de Sorj Chalandon qui traite de l’ambiguïté inextricable d’un conflit fratricide.  Nous suivons sur Netflix la série « Derry Girls » qui retrace les aventures de quatre adolescentes irlandaises et du cousin anglais de l'une d'entre elles au début des années 1990, dans une des villes les plus touchées par le conflit nord-irlandais. Cette guerre est si complexe et si proche.  Comment l’expliquer simplement ?  Le silence s’installe.  Tel une respiration.  Chacun reprend son souffle autour de la table.  Lola enrage.  Brendan désespère.  Je pleure à l’intérieur.  Mike dit : « que va-t-il arriver aux gentils malfaiteurs ? »

Etrange synthèse aussi juste qu’antinomique.  En substance, par ses mots, dans la simplicité de sa naïveté, il croque en douceur cette insoluble dissidence.  Habitué aux dilemmes, dont sa vie est jonchée, il se passe de nos explications alambiquées.  Il reconnait dans cette opposition les confrontations quotidiennes qui le harcèlent et nous perdent.  Dire non tout en voulant.  Insulter au lieu d’embrasser.  Fuir ce qui attire.  Blesser à la place d’aimer.  Essayer sans réussir.  Echouer de ne pouvoir.  Vouloir et choir.  Rêver de compagnie et s’isoler.  Grandir sans partir.  Comprendre sans apprendre.  Espérer l’illusoire.   Attendre encore.  Se projeter sans avenir.  Emprunter les histoires d’autrui pour vivre par procuration ce dont il est privé.  S’attacher et quitter.  Recommencer sans avancer.  De sommes de riens, sa vie s’emplie de vide.

Autour de lui, nous nous activons.  Nous agissons.  Nous combattons.  Le problème est connu.  La voix encore sans issue.  Les énergies s’usent à essayer.  La fatigue crie pour résister.  Nous échangeons.  Nous débattons.  Nous alertons.  Nous conseillons.  De beaux projets.  Des pages d’écriture.  Des promesses.  Un processus aussi long et fragile que la paix de l’île.  Les anciens combattants d’hier militaient pour le diagnostic.  Nous bataillons pour la formation et l’information.  Combien d’étapes manquent pour qu’un avenir soit possible ?  Combien de générations devront suivre l’exemple en faisant autrement avant de parvenir à un résultat satisfaisant ?  Combien de Mike espéreront en vain afin de vivre ce qui nous est donné sans luter ?  Les gentils malfaiteurs rivalisent forcés.  Ils sont contraints par le sort à agir de la sorte.  Ils voudraient échapper à ce destin tragique qui les poussent à se battre.  Ils rêvent de l’idéal de satiété de ceux qui les jugent méprisant l’iniquité.  Condamnés à continuer, ils tombent puis se redressent.  D’efforts en efforts, ils profitent du répit entre deux accalmies.   Confiants de ne pouvoir faire autrement, ils espèrent sans croire et attendent de voir.  Leur alter-dépendance nous oblige.

Alors que le Brexit ranime un feu que l’on croyait éteint, je prends conscience de la fragilité des illusions.  Les gentils malfaiteurs croisent de vrais méchants.  Ceux qui font semblant.  Ceux qui laissent faire sans agir.  Ceux qui rassurent jusqu’au pire. Ceux qui s’épargnent.  Ceux qui condamnent.  Sur cette balançoire, lorsque je respire il expire.  Ce billet est le dernier de la seconde année d’édition du blog.  Cent quatrièmes bouteilles à la mer. Une page se tourne. Autonomie synonyme d’indéterminisme.  L’indépendance du normalisme.  Plus qu’affirmer je dois réaliser.  De pierres en pierres.  Un pas après l’autre.  Chaque page sera une étape dans la construction de l’horizon.  Le co-living pour exister doit convaincre ceux qu’il peut aider.   Plus qu’un concept.  Mieux qu’une idée.  Une réalité en devenir.  Un puzzle à assembler.  Le sujet des prochains billets.  Sa vérité.  Ma responsabilité.

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Quelle belle définition... et quelle intelligence du coeur et de la vie . C est celle qui permet d'approcher le bonheur et Michael saura goûter aux bonheurs de sa vie . Tous nos possibles ne sont pas toujours créateurs de bonheurs ...

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