Aller au contenu principal
Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 02 janvier 2019 09:59:05
Blog
149 visites

01/01/2019 – On va repasser les mois !

Privé de perspective, Mike perçoit l’avenir de cette nouvelle année tel un recommencement.  De mois en mois.  D’années en années.  Là où nous nous projetons de construire le futur, il se résigne à revivre l’épisode écoulé, comme il revoit les Scooby-Doo, comme dans la folle journée de Ferris Bueller.  Sans tristesse.  En toute naïveté.  Comprenant que nous venons de passer de 2018 à 2019, il dit soudain « on va repasser les mois ! ».  Alors que depuis toujours, je pense qu’il s’amuse et se rassure à me demander sans cesse quels vont être les évènements de la semaine, du mois, du trimestre à venir ; je réalise soudain que loin d’un jeu, ce rituel est son univers.  Il vit de suivre.  Il vit d’instants.  Juxtaposés.  Suivants.  Récurrents.  Le nouvel an.  Les rois mages.  Carnaval.  Le tournois des 6 nations.  Les vacances d’hivers.  Pacque.  Le weekend familial.  Les vacances d’été.  La vogue aux marrons.  Halloween.  Noël.  Et ainsi de suite.  Agrémenté des anniversaires des uns et des autres et des invités qui se succèdent à la maison où des visites que nous rendons, il emplit sa vie de ces occurrences.  Tels les cailloux du petit poucet sur son chemin, ces pierres lui servent de repères le long de la route.  Une route circulaire qui revient chaque fois sur ses pas pour recommencer comme elle avait commencée. 

« On va repasser les mois » dit-il presque surpris alors qu’il répète depuis 15 ans cette danse qui le mène au même point.  Je n’avais pas compris ses interrogations incessantes sur l’emploi du temps des semaines en prévision.  Je n’avais pas perçu le sens du vide qui empli ce qui ne se rempli.  Je n’avais pas vu qu’il tournait en rond.  J’apercevais l’issu incertaine d’une existence qu’il me faudrait aider à s’imposer.  Je prévoyais de construire des espaces où demain il saurait s’épanouir parmi d’autres, semblables et différents, pour aspirer à ce dont nous rêvons tous en grandissant.  Un chez soi.  Un travail.  Des amis.  Une famille.  Des projets.  Des voyages.  Des passes temps.  Un peu d’argent pour vivre et des loisirs.  Des rencontres.  Des souvenirs.  Vieillir de murir et construire le sens d’une vie donnée qu’il nous faut exhausser.  J’anticipais sans comprendre que pour lancer il me fallait initier cette réflexion, cette ambition de devenir ce que nul ne l’incite à être aujourd’hui.  J’avais omis l’essentiel.  Je l’avais laissé seul en attendant de bâtir ce qui lui conviendrait.  Je pensais.  Je projetais.  J’inventais son avenir sans l’inclure dans la réflexion, ni dans l’action.  De la renonciation de l’institutionnalisation à l’espoir de l’en sortir, j’avais pris les manettes l’ayant au préalable sagement attaché sur le siège passager.  J’avançais à mon rythme sans me soucier de mon coéquipier alors que nous roulions vers sa destination.

« On va repasser les mois » sonne alors comme une sommation, un gongue dans la nuit blanche que je passe à écrire ces lignes pour soulager l’angoisse qui me ronge.  De l’adolescente qui recule devant les promesses d’un devenir trop riche à l’adolescent qui ignore que demain sera autre que ce que fut la veille ; le point commun est le gâchis de choir sans croire ou sans voir.  Le trait d’union repose dans les mains de ceux qui accompagnent. Les parents. Les aidants. Ceux qui sont passés par là et s’en souviennent encore sans pour autant savoir comment guider.  Ceux qui de l’autre côté du gouffre regrettent l’insouciance d’avant tout en mesurant l’absurde confusion de la transition.  Ceux qui luttent encore pour avancer bien qu’ils aient fait plus de la moitié.  Ceux qui savent que le chemin dure toujours.  Ceux qui ont renoncé à l’utopie de croire être arrivé avant la fin.  Ceux qui ont eu le déclic par lequel nous sortons de l’enfance pour entrer dans l’errance.  Quand nous comprenons enfin la solitude de nos existences.  Un secret bien mieux gardé que l’histoire du père noël.  La vérité de nos individualités.  Portés, choyés, cajolés, entourés ; nous grandissons au creux d’un entourage donnant l’illusion d’un tout.  Puis, n’étant qu’une partie de l’ensemble, en affirmant nos personnalités, nous venons à revendiquer l’espace qui nous était alors laissé.  Nous grapillons par ci.  Nous nous aventurons par là.  Puis nous finissons par refuser l’endroit pour essayer l’envers jusqu’à ce que nous trouvions notre place plutôt qu’un espace.  C’est le trouble de Lola.  Et le manque de Mike.

Pour contester ce que l’on a il faut aspirer à autre chose.  Comment faire lorsque l’horizon éteint reste muet et sourd ?  Comment se projeter en dehors de ce qui nous est proposé ?  Il veut être policier.  Je l’écoute m’en parler, s’enthousiasmer, fantasmer.  Nous lui offrons le costume, les gadgets et l’attention dont il se nourrit dans sa fiction.  Nous l’entourons tendrement par peur de briser un rêve que nous croyons condamné.  Et pourtant, ce souhait est le seul remède à la spirale infernale qui chaque année lui fait repasser les mois !

Veuillez vous connecter pour évaluer la page.

Ajouter un commentaire

Alors , pourquoi ne pas interroger la police sur la place qu'elle peut ouvrir à la différence de Michael et construire , avec elle , un parcours professionnel qu'il préparerait , s'il était aidé , pour réaliser son rêve et s'inscrire dans la vie ? Une première .... mais tu sais enfoncer les portes .... et le projet est si beau ...

Les blogs les plus appréciés par la communauté

par Emilie Weight
1091 visites 11 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 4 / 5 761 visites 7 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 5 / 5 811 visites 2 commentaires
facebook Twitter Youtube
Les derniers articles commentés
Les derniers articles commentés
  • Bien-être, Psycho Le bonheur avec un enfant handicapé selon Christophe André
  • Relations Interview : savoir parler sans tabou de la maladie à ses enfants
  • Relations Être une maman rassurante quand on est malade : récit d’Harmonie
  • Démarches Handicap : contester une décision de la MDPH, ce qui change en 2019

© 2018 Plateforme Hizy