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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 17 juillet 2019 00:24:35
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16/07/2019 – Par les yeux de ceux …

Par les yeux de ceux qui le jugent pour ce qu’ils voient sans le connaitre.  De ceux pour qui il suffit de critiquer sans prendre la peine de déchiffrer ce que la différence dissimule d’essentiel.  Ceux qui de peur de s’en trouver changés, fuient l’apparence et nient le sens.  Ceux lâches et viles, ignorant leur chance et déplorant un sort dont ils se croient indemnes.  Ceux mesquins dont l’ouverture d’esprit n’aspire qu’à la conformité.  Ceux perdus dans les stupres matérialistes d’un monde mercantile et vide.  Ceux plus appliqués à se fondre qu’à fonder.  Ceux qui prennent sans donner.  Ceux qui savent sans comprendre.  Ceux, d’une majorité confortablement installée dans le monopole de la normalité, craignants d’en sortir et prêts à tout pour y rester. 

Par les yeux de ceux qui l’analysent du haut d’un savoir théorique.  Perchés sur les dogmes scientifiques, ils spolient les aidants d’un savoir empirique en prônant des termes savants.  Des soignants.  Des docteurs.  Bardés de diplômes, ils viennent recracher ce que les parents racontent et se targuent de diagnostiquer alors qu’ils ne font qu’interpréter.  Tels les marchands du temple, ils pillent la charité d’inventer des maux dont ils prétendent détenir les remèdes.  Charlatans, usurpant le bon sens de l’existence, ils proposent médiations, interactions et simulations ; sans omettre de préciser que ces méthodes susceptibles d’échouer pourront être complétées d’un coup de pouce chimique dont nous aurions tort de nous méfier. 

Par les yeux de ceux qui l’envient pour tout ce qu’il sait faire et dont ils se sentent privés.  Ceux qui échouent encore là où sa pugnacité et son mérite l’ont hissé.  Ceux qui constatent le résultat sans considérer l’effort.  Ceux peut-être aussi moins gâtés et pour lesquels l’avenir semble encore plus compliqué.  Ceux dont la pathologie n’est pas le seul fardeau et qui doivent supporter d’autres réalités.  Le divorce.  L’exclusion.  La culpabilité.  Le dénuement.  L’ignorance.  L’agacement.  L’épuisement.  Le découragement.  La violence.  L’incompréhension.  Le deuil.  La fuite en avant.  Ceux aussi qui vivant, à ces côtés, souffrent des attentions qui viennent compenser ses manques d’affection.  Ceux pour qui l’indulgence dont il bénéficie semble injuste.  Ceux avec qui il grandit d’être semblable sans pour autant leur ressembler assez pour s’y mélanger.  Ceux qui observent ses nombreux loisirs en déplorant leurs faibles activités sans mesurer l’abnégation qui soutient cet édifice en perpétuel perdition. 

Par les yeux de ceux qui l’admirent partiellement ou totalement.  Ceux qui le voient grandir et murir.  Ceux qui lisent ses réflexions d’adolescent.  Ceux qui savent les trésors d’ingéniosité qui lui a fallu déployer pour parvenir à gagner ce que d’autres reçoivent sans s’en douter.  Ceux qui constatent ses progrès désabusés de n’y avoir cru, fascinés de s’être trompé.  Ceux qui rient aux éclats de son humour acéré.  Ceux qui réfléchissent longtemps sur une parole échangée qui vient les chambouler par sa justesse et sa sagesse.  Ceux qui patients, attendent et finissent par gagner sa confiance.  Ceux qui curieux, cherchent à découvrir sa présence.  Ceux qui ouverts, l’incluent dans leur sphère.  Ceux qui blessés, le laisse les soigner.  Ceux qui fourbus, le prennent pour modèle et se redressent de ne le voir abandonner alors qu’il porte plus qu’ils ne sauraient supporter.  Ceux qui pressés, s’arrêtent un instant au tempo de son existence pour retrouver la sérénité d’une vie équilibrée.  Ceux qui grâce à lui goûtent à la pleine conscience.   Ceux que son empathie gagne.  Ceux qu’il libère de les voir tels qu’ils sont et non tel qu’ils se condamnent.

Par les yeux de ceux qui l’ignorent trop contents de pouvoir écraser plus faible qu’eux.  Les frustrés que d’autres ont piétinés et qui cherchent avant tout à briller.  Les oubliés.  Les mal aimés.  Les laissés pour compte.  Les petits.  Les vilains.  Les malheureux.  Les mal aimés.  Pleins d’eux et de ce qu’on leur doit de ne les avoir laissé exister tel qu’ils auraient voulu être.  Loin de se reprocher leurs échecs, ils profitent et abusent des proies faciles que sont les déficients.  Ils usurpent les places qu’ils ne sauraient gagner satisfaits de n’avoir à les conquérir.  Tel l’animal, dans l’impitoyable jungle de la nature, ils avilissent ceux qui leur sont inférieur.  Préoccupés par l’ascension sociales, ils marchent sur les plus défavorisés pour oublier qu’ils en font partis de souffrir d’incapacités qui n’ont été diagnostiqués.  Stigmatisés d’être délaissés ; ils mésestiment d’indifférence ceux dont la pathologie justifie l’exclusion.  Revanchards.  Aigris.  Tristes.  Blessés sans être malades.  Ils oublient leurs semblables abusant du privilège de pouvoir les dominer.

Par les yeux de ceux qui l’aiment de le connaître au-delà du reste.  Ces proches et sa famille, comblés de l’avoir rencontré.  Ceux qui le croisent assez pour tomber sous ses charmes.  Ceux dont sa grâce, étrange et tendre, hante les souvenirs aidant à revenir.  Les au-pairs.  Les maitresses.  Les EVS.  Les AVS.  Les professionnels.  Les chauffeurs de taxi.  Les éducateurs sportifs.  Les compagnons de jeux.  Les encadrants.  Les référents.  Les professeurs.  Les camarades.  Les parents d’autres enfants.  Les amis dont il a conquis l’affection.  Les collègues.  Les vétérans.  Tout ceux qu’il a séduit de gentillesse et d’attention.  Par son écoute.  Par son envie.  Par sa bienveillance et ses maladresses.  Par son atypie autant que par sa sympathie.  Ceux qu’il a agacé puis émus.  Ceux qu’il a insulté de ne savoir comment les encenser.  Ceux qu’il préfère sans s’en cacher.  Ceux dont il perçoit la détresse et qu’il vient réconforter.  Tout ceux qu’il a touché d’être lui avant d’être handicapé.

Par mes yeux enfin qui le voient sans doute autre et plein à la fois.  Les yeux d’une mère.  Ceux du cœur.  De l’Amour inconditionnel.  Des yeux qui pleurent, de rires et de larmes, ses joies et ses peines comme si elles étaient miennes.  Des yeux qui voient tout sans pour autant regarder ce qu’ils ne pourraient supporter.  Des yeux qui croient que tout est possible de n’accepter que son enfant puisse manquer.  Des yeux aussi lucides qu’optimistes qui refusent de céder et s’épuisent à durer.  Des yeux qui scrutent.  Des yeux qui luttent.  Un regard vieilli d’observer l’injustice et l’inégalité.  Un regard aguerri sans être désabusé.  Un regard aimant et enveloppant.  Une fenêtre sur lui que je garde grande ouverte pour que tous le voient enfin tel qu’il est.  Plus que par mes yeux, je le perçois du dedans.  Dans sa chaire faite de la mienne.  Dans son mal hérité de mes gènes.  Parce que nos faiblesses sont aussi nos forces.  Je sais mon histoire et invente la sienne.

Les yeux de ceux qui nous voient n’engagent qu’eux.  Je dois le lui dire...   

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Mais nos yeux voient ce que chacun nous donne à voir .... Pour Michael , c'est l'amour , le désir de la rencontre , du partage , le lien fort qui lui fait dire "tu me manques" .... et qui nous fait ressentir ce manque et cette envie de se retrouver....

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