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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 01 mai 2019 14:58:50
Blog
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30/04/2019 – Que faire ?

3 pommes, 2 poires, 5 tranches de jambon, un demi caprice des dieux, 2 tranches de pain et un œuf de pacques en chocolat… il s’agit du goûter de Mike hier en rentrant de l’IME.  Nous le trouvons en tailleur, sur le bar de la cuisine, devant l’iPad.  Il rouspète parce que nous rentrons et le dérangeons.  Il sait qu’il va devoir arrêter de regarder l’écran.  Sait-il aussi que nous allons l’interroger sur sa collation ?  En ouvrant le frigo nous trouvons le papier du fromage chiffonné, l’emballage du jambon déchiré, le stock de fruits frais refait la veille à moitié décimé, le coffret de l’œuf vide dans la poubelle et il ne reste plus qu’une tranche du pain sans gluten. Mis devant le fait accompli, Mike baisse la tête.  Il tente de m’affronter en montrant le poing et insiste pour que je me taise.  Face à son père, il balbutie.  Les mots se perdent dans sa gorge.  Des sons diffus sortent de sa bouche mais leur volume est si faible que nous n’en percevons rien.  Les bras le long du corps, il semble abattu.  Son ventre, gonflé par l’excès de nourriture, dépasse démesurément et ajoute au chaos de la scène.   Ce n’est pas la première fois que nous nous trouvons confrontés à cette réalité.  J’ai peur que ce ne soit également pas la dernière.  Un sentiment de lassitude plane.  L’atmosphère est lourde.  Tous les antagonistes, face au constat implacable de la situation, s’interrogent dépités et usés.  Que faire ?

Une fois l’énumération achevée, la colère et la trahison formulées, il reste à trouver les solutions.  Tout ce qui a déjà été entrepris a échoué.  Démunis.  Déçus.  Désemparés.  Presque dépassés, nous refusons de nous avouer vaincus.  Il faut que Mike comprenne.  Lui seul peut raisonner cette frénésie compulsive, ce besoin incompressible de manger.  Je suis contrainte d’utiliser sa peur de l’hôpital et des piqures pour tenter de l’aider.  Une phobie contre une autre.  Je ne suis pas fière de la manipulation que j’opère mais je crains de n’avoir aucun autre recours.  Comment l’aider ?  Que faire face à ses yeux humides, son regard perdu, ses bras ballants et son air accablé.  Il est victime de ce besoin.  Il subit plus qu’il aspire.  Ne rien dire reviendrait cependant à le condamner.  Nous connaissons tous des échecs de ce genre.  Pas forcément liés à l’X.  Abandonner son enfant face à un comportement alimentaire irresponsable revient à condamner sa santé.  Au-delà de l’esthétisme, je parle d’obésité, de diabète, de maladies cardio-vasculaires, d’hépatite.  Trop jeune pour s’en rendre compte seul, il perçoit le péril en m’entendant l’énoncer.  Il se renferme un peu plus sur lui-même en comprenant la gravité de la situation.  Peur instantanée qui s’en ira demain face au plaisir immédiat de manger.  Peur tenace néanmoins qu’il me faudra réactiver à chaque rechute afin de le convaincre dans la durée.  Comme la lecture et la propreté.  L’apprentissage est rabâchage.  La patience et l’abnégation doivent dominer les sentiments.  Que faire ?

A deux.  Au diapason.  A l’unisson.  Sans pénaliser Lola.  En épargnant nos forces.  Mettre de côté l’injustice et les frustrations de devoir en fin de journée ainsi sempiternellement recommencer.  Gronder.  Brimer.  Punir.  Priver.  Mike ne mangera pas ce soir.  Assis à table, il nous regarde déguster viande et pommes de terre, fromage et dessert.  Chaque bouchée avalée ce jour là est fade.  Insipide nourriture dont nous devons le spolier, pour son bien, le temps de la leçon.  Coupable plaisir auquel nous aspirons tous sans jamais être égaux.  Certains en sont privés de pauvreté.  D’autres grossissent en regardant ce qu’autrui dévore sans forcir.   Intolérances.  Dépendances.  Médication et addiction.  Être malade ou le devenir prive souvent de cet art majeur de la bonne chair et de sa convivialité.  Injustice coupable dont nous ne saurions être tout à fait complice.  Mike mangera un dessert.  Faible compensation dans sa tristesse.  Compromis habile dont il ne saisira peut-être pas la nuance.  Geste tendre qui rassure sans guérir.

Alors que tous s’extasient sur le poids maitrisé de ses jeunes années, nous savons le prix à payer.  Celui qu’il endure, chaque jour, tiraillé entre l’envie qui l’assaille et la peur de nos représailles.  Celui qui nous coûte de devoir sans cesse l’engueuler et recommencer comme si rien n’avait encore été fait.  Celui qui prive Lola de délices subtilisés par son frère, de soirées gâchées par l’énervement, de provisions rationnées, de verrous instaurés.  Ce prix qu’il nous faut assurer et assumer pour garantir l’avenir, encore bien incertain, d’un être dont le seul péché, dans ce cas, fut de naître différent !

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Un combat , oui ... mais Michael a déjà fait tant de chemin sur la maîtrise du plaisir ou du besoin de manger . Souvenons-nous que l'accident de cette semaine fut une bataille quotidienne pendant des années . Une rechute , oui . Il y en aura d autres , comme pour beaucoup d'entre nous , jeunes ou adultes ou personnes âgées à l'égard de la nourriture , de l'alcool , de la cigarette . Il faut être sage pour avoir appris à maîtriser , y compris la douleur , et la sagesse demande du temps ... Mais , vous avez raison de lui apprendre cette maîtrise qui le rendra libre . Problème d'X Fragile certainement , mais problème pour chacun de nous ...

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