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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 23 juillet 2019 18:11:42
Blog
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23/07/2019 – Vive la liberté !

Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, les jeunes des Instituts Médicaux Educatifs, ceux qui ont des difficultés liées à une pathologie ou à une généalogie, ont moitié moins de vacances que leurs semblables. Alors qu’ils auraient sans doute besoin du double, ce qui prime, au-delà de leurs besoins, est une logique arithmétique. Les salariés des IME ayant moins de congés que les professeurs de l’éducation nationale, l’encadrement se cale sur le droit du travail plus que sur la déontologie médicale. Peut importe leur fatigabilité. Passons outre la frustration supplémentaire de voir ceux, déjà plus gâtés, s’octroyer des vacances dont le système les prive. Si élémentaire que plus personne ne questionne cet état de fait. Les initiés abdiquent. Les autres s’étonnent en apprenant cette réalité qui leur semble une absurdité mais qu’ils oublient aussitôt énoncée. Sans que la durée soit garante de qualité. Les jours de plus servent à les occuper plus qu’à les former. Leurs places en intuition sous forme de rançon, les parents n’ont d’autre choix que de les livrer tous les matins aux mains de référents en charge de les divertir. Alors que le temps additionnel pourrait, au lieu de punir, être mis à contribution et servir l’amélioration d’un fonctionnement boiteux d’être ambitieux. Former ceux dont la société ne sait quoi faire. Occuper à défaut d’exhausser. Eduquer l’inculte. Entrainer l’invalide. Former le sot. Autant de paradoxes dont nous les rendons coupables alors qu’ils en sont victimes. Au sortir de cette impasse, le soir de ses vacances, Mike clame « Vive la liberté ! ». Un cri. Un soulagement. Un soupir. Une respiration. Il le dit. Il le vit. Enthousiaste et convaincu, il fixe le programme de la soirée. Lassé de se résigner, alors qu’il voulait faire du vélo depuis plusieurs semaines sans succès, pas plutôt arrivé à la campagne, il enfourche une bicyclette rouillée et parcourt les dénivelés. Tellement fier d’aboutir, il néglige la mécanique et roule pendant toute une journée avec les freins sérés. Usés de se taire, il s’octroie la parole qui lui a tant manquée. Dans la voiture, durant plus de deux heures de trajet, sans discontinuer, il commente et raconte tout ce qu’il voit et croit. Il danse le smurf. Il gratte une guitare d’enfant avec la fougue d’un hard rocker. Alors que les petits se plaignent, Il apprécie et remercie. A table, en famille, du coin où nous l’avions laissé, il apostrophe un à un les convives en dressant des portraits aussi caricaturaux qu’avisés. Entre l’humour gauche et le secret du vrai, il croque plus qu’il moque ceux qu’il aime trop pour l’avouer. Son monologue dure. Il n’oublie personne en chemin. Des bribes se ressemblent mais vient toujours le moment où le singulier l’emporte sur le pluriel dans un monde où, lui plus que nul autre, connait le prix de la différence. De l’offense à l’assurance, plus il se libère et plus il ose ce dont hier encore il étouffait. La liberté. Ce sentiment de pouvoir exister tel que l’on se perçoit plus que comme on nous voit. Il a seize ans. C’est le plus grand. Entre adultes et enfants, il serait le trait d’union s’il n’était différent. Doublé et relégué, au lieu d’exposer ses frustrations, il contourne sa vérité. Refusant d’y renoncer, il exerce ses droits d’ainé par les moyens qu’il connait. Il sort du cadre qui lui est laissé. S’échappe d’une surveillance inadaptée. Refuse de participer. Traine et grogne en adolescent récalcitrant. Jure. Résiste. S’isole. Se plaint. Maladroitement, je tente de le contenir dans le consensus de nos habitudes. Un parmi d’autres, comme par le passé. Le fondre et l’assimiler. N’est ce pas ce dont il rêve ? A moins que ce ne soit ce à quoi nous le destinions ? Alors que lui aspire à exister plus qu’à nous contenter. Pour nous rassurer, nous voudrions lui imposer une nouvelle prison. Celle de l’unisson. Je le regarde et je comprends. La liberté qu’il évoquait se prend plus qu’elle se donne. Je le vois me montrer, par touches successives et assurées, comment il entend l’assumer. Il traverse une partie du lac à la nage. Il ne lâche pas la scelle du vélorail. Il se réfugie du bruit. Il s’exprime sans permission. Il brigue la place de devant. Il s’oppose. Il répond. Affirmé plus que contrarié, il désire mener le mois qui lui est laissé tel que ces seize ans le lui autorisent. Digne. Fort. Réfléchi sans pouvoir l’exprimer. Il maitrise sans décider. Il domine a contre temps. Patient. Prudent. D’avoir si souvent observé, il sait comment s’y prendre sans contrôler ses réactions. Par mimétisme. Empiriquement. Chaque jour un peu plus confiant, il avance pas à pas vers demain. Je l’observe. Je l’admire. J’ai du mal à le laisser grandir. J’ai peur de le voir partir. Je sais pourtant que son émancipation participe à son épanouissement. Mon grand petit. Mon fort fragile. Mon enfant différent. Cet adulte autrement. Parce qu’il est libre de vivre autant qu’il vit d’être libre.

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En ce tout début de vacances , que de libertés prises ...sans refus même s'il y a de notre part des craintes : aller aux champs ou à la ferme , seul , voir les vaches , ou rejoint par sa toute petite cousine ... conduire le quad ... pédaler dans le village ... participer à toutes les activités choisies par les parents pour les 6 cousins : une promenade à cheval , en vélorail ... nager dans le lac , faire du paddle , participer à un spectacle ... En vacances , Michael a la même vie que ses cousins ; il nous faut , simplement, prendre le temps de l'écouter et défendre son espace dans la vie collective .
En ce tout début de vacances , que de libertés prises ...sans refus même s'il y a de notre part des craintes : aller aux champs ou à la ferme , seul , voir les vaches , ou rejoint par sa toute petite cousine ... conduire le quad ... pédaler dans le village ... participer à toutes les activités choisies par les parents pour les 6 cousins : une promenade à cheval , en vélorail ... nager dans le lac , faire du paddle , participer à un spectacle ... En vacances , Michael a la même vie que ses cousins ; il nous faut , simplement, prendre le temps de l'écouter et défendre son espace dans la vie collective .

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