Aller au contenu principal
Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 22 mai 2019 11:28:52
Blog
63 visites

21/05/2019 - Ça me plaît tu sais mon mini-camp.

Rituel insignifiant pour certain mais qui compte tellement chez nous.  Mike sort de son cartable des enveloppes blanches ou brunes qu’il nous tend respectueusement telle des missives d’un autre temps.  Il s’agit de mots qui nous sont destinés et que son référent lui confie avec la consigne pratique de nous les remettre.  Responsabilité futile qui consiste en l’organisation classique d’une communication scolaire entre encadrants et parents.  Sauf pour Mike.  C’est sa mission.  C’est une tâche qui lui est assignée et qu’il entend relever avec application.  Souvent, les messages renfermés dans ces plis consciencieusement remis concernent des réunions, des horaires, le calendrier annuel des vacances, des consignes réglementaires ou médicales.  Ce jour-là, il s’agissait d’un mini camp !

En plus du cérémonial traditionnel de la remise en main propre, Mike arborait un franc sourire.  Incapable de dissimuler sa joie, il la laissait filer par l’agitation de ses membres, les rictus de son visage, la précipitation de ses gestes, l’impatience insistante de son besoin d’acquiescement.  A peine m’avait-il remis l’enveloppe qu’il attendait une réponse, une attitude, un geste à la hauteur de l’excitation qui l’emplissait de toute part.  Un mini-camp !  Le paradoxe entre la jubilation éprouvée et le qualificatif utilisé résonnait dans ma tête au point de m’assourdir.  Une dissonance coupable, maladroite et injuste.  Pourquoi appeler cela un MINI camp ?  Ne pourrait-on pas respecter les bonheurs que nous consentons à leur accorder ?   Faire tant d’efforts pour leur permettre de goûter aux mêmes plaisirs que leurs camarades du scolaire … et gâcher ce qui aurait pu être de l’égalité en affligeant l’exploit d’un diminutif.  J’avais devant moi un adolescent transporté par l’allégresse d’une aventure magique à ses yeux.  J’avais dans la main un bout de papier porteur d’un message d’espoir prisonnier d’une vérité impossible à taire.  Ça aurait pu être l’histoire d’un camp de deux jours entre copains dans un complexe sportif du Jura !  Ça aurait pu être un périple !  Ça aurait pu s’appeler tout autrement car nul n’était besoin de minimiser ce qui selon toute vraisemblance était pour chacun un évènement exceptionnel ! 

Immobile, devant moi, Mike attendait ma réaction.  Je luttais pour dissimuler le dialogue intérieur, la fureur mêlée de tendresse qui m’emplissaient.  Je refusais de rajouter à l’offense déjà proférée d’une appellation inappropriée.  Il me fallait passer outre ma déconvenue et la perplexité dans laquelle cet antagonisme venait de me plonger.  La sensibilité de Mike ne me laissait ni le choix, ni le temps pour réagir.  « Ça me plait tu sais mon mini camp » finit-il par dire….  Comme s’il voulait m’aider.  Il venait à ma rescousse en m’indiquant l’essentiel dans la confusion intellectuelle où je me perdais.  Peu importe la forme.  Il me fallait me concentrer sur le fond.  Il partait en camp.  Comme il avait pu le faire à deux reprises plus jeune.  Comme il pourra le faire plus tard j’espère encore maintes et maintes fois pour profiter du bonheur de partager la camaraderie de moments d’évasion et de détente.  Il fallait désormais que nous nous préparions afin d’éliminer tout risque de plantage lors du séjour.  Mini camp n’équivaut pas à une mini préparation.  A peine ressentit l’enthousiasme de l’annonce que l’angoisse de ses répercussions surgit.  Partir signifie valises, changements, organisation, inconnus, anticipation, certificats, maitrise de soi.  Maxi efforts en perspective sans que ceux-ci n’entravent l’envie que Mike met à se préparer.

Nous achetons, avec la complicité de Lola, un déodorant cool et facile à utiliser, un gel douche et un dentifrice pratiques et masculins, une crème solaire révolutionnaire qui s’applique par simple pulvérisation.  Nous confectionnons avec grande application la valise en prenant soin d’inclure tout ce qu’il faut pour parer aux imprévus éventuels de circonstances inhabituelles.  Plusieurs changes.  Les chaussettes les plus faciles à enfiler pour l’autonomie.  Les calçons ne risquant pas de déclencher les moqueries des camarades dans la chambrée.  Le pyjama le moins entamé au col afin de dissimuler les travers d’une anxiété qui rogne jusqu’aux habits pour contenir ses excès.  Des détails qui n’en sont plus au regard de ce que leurs impacts, loin des repères habituels, pourraient entrainer.  Le matériel sous contrôle, il faut ensuite s’attaquer à l’émotionnel.  La préparation psychologique d’un tel évènement doit s’étaler dans le temps.  Nul besoin d’introduire des questions qui ne se poseraient pas.  Mike doit lui-même exposer ses préoccupations.  Nous écoutons.  Nous interrogeons.  Nous patientons.  La réussite viendra de notre capacité à adresser ce qu’il sera en mesure d’exprimer.  De l’observer se battre entre l’excitation et l’inhibition, je comprends l’abnégation que lui demande ce plaisir.  Souffrir pour jouir d’un attribut commun.  Tant donner pour recevoir ce qui est dispensé comme une faveur et dont nous voudrions qu’ils soient reconnaissants.  Se dépasser pour s’inclure sans que soit créditer la pleine considération d’un challenge que l’on ampute d’un adjectif minimisant !

Le jour du départ arrive.  Sans être totalement prêt nous y allons.  Il pleut des cordes.  Mike m’appelle en arrivant sur place.  Il s’est réfugié dans les toilettes pour me faire part de ses impressions.  La route s’est bien passée même si la pluie n’a pas cessé durant tout le trajet.  Il est content d’être arrivé.  Je lui manque.  Ils vont aller manger.  Il me rappellera.  Ou pas.  Je reste sans nouvelles jusqu’à son retour.  Je résiste à l’envie de l’appeler moi-même.  Il rentre heureux et fatigué.  Le récit de ses aventures vient par bribes.  Il varie les versions en fonction de son auditoire.  Brandissant son téléphone, il prend plaisir à conter ses exploits aux membres éloignés de la famille.  Il adapte sa narration en fonction de la personne qu’il a au bout du fil.  Sensible aux compliments, il répond aux questions à foison.  Il est heureux et fier.  A en juger par la place que prennent ces deux jours dans sa vie, le camp était tout sauf mini.  Il aurait pu s’appeler autrement !

Veuillez vous connecter pour évaluer la page.

Ajouter un commentaire

Quelle aventure .... et quel plaisir ....pour lui qui l a vécue , pour nous qui l écoutons , si heureux ... Le mini était bête et administratif !

Les blogs les plus appréciés par la communauté

par Emilie Weight
1261 visites 11 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 4 / 5 893 visites 8 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 5 / 5 944 visites 2 commentaires
facebook Twitter Youtube Instagram
Les derniers articles commentés
Les derniers articles commentés
  • Santé et Soins Aide à la toilette : convaincre un proche de se faire aider
  • Détente, Loisirs, Vacances Musicothérapie et handicap : idéal pour améliorer sa communication
  • Emploi Le congé pour longue maladie, comment ça marche ?
  • LET'S DRESS DE NICOLAS

© 2018 Plateforme Hizy