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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 25 septembre 2018 15:04:15
Blog
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25/09/2018  – Mon projet de scolarisation

Bien qu’en Institut Médicoéducatif, c’est-à-dire hors circuit scolaire, la réunion de rentrée de notre fils de quinze ans s’appelle un suivi de scolarisation.  Ni bien.  Ni mal.  Une simple constatation dans un environnement non ordinaire sans être exceptionnel !  Nous n’en sommes pas à notre première.  Pour en avoir fait jusqu’à cinq en une seule année, nous sommes aguerris à ce genre d‘exercice.  Mike aussi.  Il s’y présente sans peur.  Ces quelques appréhensions viennent plus des personnalités conviées dont il sent les intentions sans qu’elles soient exprimées.  Il s’agit, très classiquement, de faire le bilan de l’année écoulée et de se projeter sur celle à venir pour en définir les objectifs.  Mike est sollicité.  On tient à ce qu’il s’exprime.  Pas évident d’analyser le passé dans l’émotion de l’instant.  Il décrit ce qu’il vit.  Il énonce des faits précis, souvent proches, toujours justes.  Plus préoccupé par l’immédiateté ou le moment d’après qui l’angoisse et l’entrave ; il a du mal à dire ce que l’on veut entendre.  Ils insistent.  Le temps passe.  La discussion s’enlise.  Les adultes s’impatientent.  Le participatif cède la place au pragmatisme.  Le collectif exclu l’individu pour lequel il s’était réuni.  Nous avançons.  Nous dissertons sur un cas familier, familiale, mais pas facile.
Entre les nécessités du monde dans lequel nous vivons et le déterminisme de nos intentions, de vouloir aider nous finissons par décider, convaincre, usurper.  Reculée sur ma chaise, j’assiste au spectacle bienveillant d’une concertation orientée au profit de celui qui doit nous ressembler.  Difficile de s’extraire du modèle universel d’une progression linéaire, qu’après avoir subie soi-même, il nous faut perpétrer de peur de s’être trompés.  Lucide, hors du circuit, je perçois la richesse de sa différence et prône le droit à l’unicité.  Seule, j’apprécie les nuances de sa singularité et prétends en bénéficier.  Son rapport au temps.  Sa pleine conscience.  Son empathie.  Je rêve d’un monde à part qui saurait exhausser, ceux aujourd’hui condamnés, en valorisant leurs atouts plus qu’en gommant leurs défauts.  J’en parle.  J’écris.  Et le jour de l’évaluation, je consens au constat qui arbitre sans équité une évidence pourtant condamnée.
Ce vendredi, le suivi de scolarisation était parfait.  Les compliments pleuvaient.  Mike venait de relever tous les défis de son intégration.  Après trois ans d’efforts herculéens, il est prêt à entrer dans la cour des grands et à conquérir un univers dépeint tel le saint graal de toute existence humaine.  L’autonomie suprême.  Celle qui mène au bonheur.  S’affranchir de l’autre.  Ne plus dépendre.  Se suffire.  Quelle utopie.  Est-ce même possible ?  C’est pourtant nécessaire.  L’étape cruciale qui préfigure de ce qui suit.  Un prérequis.   Passage obligé et forcé qui doit cependant être assumé pour avancer.  Nous le pensons prêt.  Nous le disons mûr.  Nous l’encourageons à poursuivre.  Nous ne le brusquons pas.  Il semble que nous l’écoutions.  Nous souhaitons le convaincre.  Il suit bien qu’hésitant.  Freine de temps en temps.  Apprécie les compliments.  Reconnais les progrès.  Mesure le chemin parcouru.  S’inquiète des distances restantes.  Il perçoit la fuite en avant.  Il comprend notre empressement d’observer le monde dans lequel nous évoluons.  Le sien, bien plus simple, le rassure.  Il s’y réfugie pour penser ses blessures.  Sa bulle flotte à l’abri de nos vies.  Son univers de feuilles mortes et de contemplation, proche de la méditation, échappe à nos tourments.
Il voudrait nous en parler.  Il ne sait comment l’aborder.  Sans place pour l’exprimer, il finit par réprimer ce qu’il faudrait développer, encourager, sublimer.  Sa différence.  Celle que nous cherchons tant à minimiser.  Celle décrite comme obstacle.  Celle qui complète à condition de le vouloir.  Celle par laquelle, dans la voiture en partant, alors que je le félicitais il me dit sans insister « je vais vous ressembler ! »  D’une simple phrase, il venait de résumer deux heures de discussion.  Nous venions d’acter que le processus d’assimilation était en route.  La joie qui m’habitait alors s’évapora.  Depuis, j’y pense sans cesse.  Cette injustice m’obsède.  Qu’apprenons-nous de lui ?  Qu’avons-nous identifié, lors de son suivi de scolarisation, comme un atout à développer ?  A part sa mémoire d’éléphant….  Nous aurions pu relever davantage son goût d’enseigner, de partager, de transmettre des notions durement apprises.  Sa fierté d’appartenance.  Sa loyauté envers tous ceux qui l’aident, l’épaulent et l’accompagnent en chemin.  Sa bienveillance.  Son innocence.  Son rythme.  Sa vision décalée.  Son unicité.
Soulagée qu’il s’en sorte, je loue ses efforts et voue l’institution.  Le temps de m’en convaincre.  En m’excusant d’échouer à exhausser ce qu’il me faudra imposer.  Pour que nous lui ressemblions aussi un peu...

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Quelle lucidité Michael et quelle précision dans le choix des mots ... Tu vas arriver à nous ressembler et nous avons fait aussi ce chemin , avec moins de temps et moins de difficultés , peut-être . Mais , finalement , tu resteras différent et chacun de nous est différent parce que chaque être humain est unique , comme toi Micky .

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