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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 23 juin 2020 11:11:25
Blog
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23/06/2020 – Moi aussi j’ouvre une parenthèse…

Mike emboite le pas de sa sœur qui vient d’interrompre la conversation familiale d’une intrusion personnelle. Il lui pique sa réplique et la chasse de la discussion, à peine a-t-elle achevé sa phrase, en disant « adjugé » ! Nous n’en revenons pas ? Quand il reprend son expression et se l’approprie nous sommes déjà surpris…. Mais à l’utilisation d’un vocabulaire juridique pour ponctuer et enchainer… nous ne pouvons nous empêcher de sourire. Il n’aime pas cela. Toujours inquiet de ce que l’on peut penser de lui, il interprète nos mimiques en moquerie ! Alors que nous admirons sa capacité à réutiliser les tournures qu’il emprunte à son entourage comme à ses visionnages, il craint que nous le raillions. Inextricable inhabilité sociale qui égratigne l’à-propos de ses usages. A peine décontenancé cependant, il poursuit son récit.

Une parenthèse, quelle belle métaphore pour les digressions dans lesquelles il nous embarque. Habitués à son expression, nous l’accompagnons pour que le fond complète la forme. Qu’il dise au-delà de parler. Qu’il sorte du mimétisme visé. Qu’il apporte, à la conversation, plus qu’un bruit de fond témoin de sa contribution. Le chemin qu’il a parcouru depuis l’enfance est fascinant. De l’écholalie des débuts à la verbalisation, il sait maintenant sortir de ses sujets de prédilection pour entrer dans les conversations. L’huile et l’eau, de son discours au notre, ne sont pas encore totalement solubles… mais nous y parvenons par touches infimes un peu plus à chaque tentative. Il ajuste son propos. Sélectionne les informations. Adapte le débit. Raccourci les digressions. Varie les thématiques. Pose même des questions. Il est en train de goûter à l’interaction. Nous aide à revisiter la communication. S’entraine à l’écoute pour le rebond.  Patiente ce qu’il faut avant son tour. Limite le temps de ses interventions. Accepte de converser sur ce que d’autres voulaient. Prend plaisir à participer. Découvre une manière d’exister. Apprend à la maitriser. Se délecte de ce que nous avions oublié. Nous invite à le retrouver. Insiste sur la qualité. Rappelle l’intensité. Ignore l’adversité. Exhausse le nectar de l’amitié.

L’échange ! Cette valeur si précieuse que, de la pratiquer, nous l’avions dépouillée. Sans que nos incapacités soient aussi visibles que les siennes, je réalise combien nous souffrons des mêmes maux. Cette fâcheuse tendance à préparer sa partition tandis que l’autre joue encore la sienne. Les parallèles invisibles de nos fuites existentielles. Les ondes dissonantes de nos allocutions. Dans un repas, lorsque chacun raconte ce qu’il a préparé, ce dont il veut causer, ce qui le préoccupe, ce dont il faut parler. Chacun s’exprime selon l’agenda caché de son identité. La maitrise du langage permet les subtilités qui gomment l’individualité des échanges. Les liens se tissent et s’invente au fur et à mesure tels des mots qui s’accordent occultant les propos. La vitesse fait le reste. Dans l’amalgame du rythme effréné de nos brouhaha sociaux, sans parenthèse, nous digressons trop vite pour s’apercevoir de l’incohérence du tout. Chacun se pose sur une portée trop encombrée pour résister. Les cordes vibrent. Le son monte. L’ondulation permanente porte le tout sans direction. Le temps file. De jour. De nuit. Le continuum de nos relations sèche sur la corde d’un linge à moitié propre ! Nous feignons plus que nous vivons.

Alors, la parenthèse qu’il ouvre recouvre plus que l’histoire qu’il raconte. Elle illustre nos ressemblances. Nous qui lui montrons le chemin. Nous qui l’incitons à changer. Nous qui prétendons apprendre ce qu’il finira par comprendre et que nous aurons perdu. Nous qui cessons de chercher ce qu’il s’acharne à découvrir. Sa candeur ressemble à notre enfance. Son envie rappelle notre énergie. L’absolue quête de découverte abandonnée de ne plus essayer. La faculté d’oser risquer la chute, l’inconnu, le vide, l’autre, les silences. L’inconfort de se livrer plutôt que d’avancer masqués. Derrière des certitudes trop tôt affichées pour se construire une identité qui saurait nous protéger. Derrière la peur d’exister. De sortir de soi même à la rencontre d’autrui. De se jeter du perchoir de nos remparts. D’attendre le reflet d’un regard pour réagir au lieu d’enchainer. De vivre ensemble plutôt qu’à côté.

Moi aussi j’ouvre une parenthèse. Une invitation à l’observer plus que le juger. L’hypothèse que lui aussi puisse nous aider à mieux communiquer. Le souhait de retrouver son ingéniosité. Sa liberté. Sa force. Sa spontanéité. Sa générosité. Son humanité. Je vous laisse adjuger…

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C'est vrai : maintenant , nous conversons , nous l'interrogeons , nous lui posons des questions auxquelles il répond . Alors que , longtemps nous ne savions que lui dire ce qu'il voulait entendre !! C'est vrai , nous aussi nous devons apprendre à écouter et à comprendre avant de parler , et c'est difficile !!...

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