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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 19 novembre 2019 20:43:20
Blog
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19/11/2019 – Dépendre !

C’est comme une habitude qui s’installe même si on la bouscule.  De l’enfance à l’adolescence, nous apprenons un rythme qui échappe au temps.  Premier né, sans repère, nous comprenons vite que la maturité ne suivra pas le cours des années.  Curieusement, le pli se prend assez facilement.  Une fois accepté, il suffit de suivre ce qui est.  De déconvenues en découvertes, nous finissons par laisser autrui et sa normalité pour regarder celui qui nous apprend plus que ce que nous lui offrons.  Les rapports sont inversés.  Il nous montre comment.  Il marche devant.  Nous nous adaptons à sa réalité plus que nous façonnons sa destinée.  La parentalité se réinvente sur les mêmes responsabilités qui doivent innover pour s’appliquer.  Poussés par le temps qui file et sa sœur qui le rattrape et nous dépasse, nous réalisons qu’une complexité n’écarte pas le pire.  Aucune immunité ne protège ceux qui déjà affrontent des difficultés.  Au lieu de s’éviter, l’adversité s’attire.  Elle pèse autant qu’il est possible de supporter comme si elle attendait une reddition.  D’y résister renforce jusqu’à chuter.  Le précipice guète ceux qui s’usent à essayer.  Combat de chaque instant, ce manège incessant ne doit cependant pas nous faire oublier son motif.  La dépendance. 

Au cœur du dispositif, elle grippe la chaîne.  Alors que d’ordinaire, il s’agit de pousser ceux qui naissent à sortir du foyer; dans son cas, l’émancipation résiste.  La linéarité tracée de la famille rêvée emprunte alors les chemins de traverses de l’inconnu.  Un voyage initiatique.  Une immersion forcée.  Une bénédiction pour ceux qui auraient pu passer à côté de leur vie s’ils n’y avaient été confrontés.  Sans pilote automatique, cet autoroute force à regarder chaque aspérité du parcours pour ne pas déraper.  Les sens en éveille goûtent aux saveurs oubliées de l’existence.  Au lieu de feindre, nous agissons.  Sans modèle, nous inventons.  Privés de certitude, nous croyons.  D’avancer ainsi nous construit.  De marches en marches, nous franchissons des collines puis des montagnes ; persuadés qu’un sommet en cache un autre et, qu’entre deux, il nous faudra descendre pour remonter.  Ces aventures sur des pistes accidentées nous forgent une personnalité.  Conquérants.  Résilients.  Conscients sans être cyniques. Rompus à l’effort, nous sommes entrainés.  Lui aussi grandit.  Il apprend et gagne une autonomie assistée.  Nous le portons sans le brimer.  Le complétons sans l’empêcher.  Toujours présents, dans l’ombre de ses échecs et ses succès, nous sommes discrets sans être distraits.

Le soutien matériel rassure.  Passé le trouble de l’usure, nous nous accoutumons à ce que dure ce que d’autres abandonnent aisément.  Les couches.  Le babysitting.  L’accompagnement permanent des tâches du quotidien.  Les stimulations.  Les explications.  Les formalités.  L’incivilité.  La répétition dans les apprentissages.  Tout ce qui naturel ailleurs se conquiert ici.  Ce sont nos efforts bien que s’y joue sa vie.  La fatigue de l’aide ne doit pas masquer l’enjeu.  Céder.  Baisser les bras.  L’obliger à dépendre d’autres qui ne sauraient l’entendre !  Se resigner serait le condamner.  Alors nous continuons.  Toujours et encore, sans jamais regretter.  Jusqu’à ce que dépendre devienne une évidence.  Jusqu’à ce que dépendre finisse par ne plus se voir.  Une normalité au creux de notre singularité.  Tout juste une particularité.  Accoutumé.  Aseptisé.  Endoctriné au point de ne plus même le remarquer.  Le notifier.  L’anticiper.  Le soutien matériel s’oublie à devenir la norme.

Mais il n’est pas seul à compter.  Une autre dépendance rôde.  Celle des mots cachés.  Celles de maux profonds.  Celle qui requiert d’agir dans les jardins secrets où nul ne devrait entrer.  L’intimité d’envies.  La ferveur du cœur.  La saveur du bonheur.  La pression des pulsions.  Pour assouvir ces désirs aussi une aide est nécessaire.  Comment faire ?  Sur qui compter pour ce que l’on ose à peine s’avouer ?  Comment prononcer des sensations coupables qui submergent dès qu’elles émergent ?  Evoquer suppose de maîtriser.  Les émotions en ébullition, il prononce sans dire.  De délicatesse, il ébauche des concepts sans dévoiler leur rudesse.  Il couvre de pudeur ses douleurs.  Il parle avec candeur de sexualité qu’il nome nudité.  Ses sens décuplés se rassasient de la courbure d’un rien.  L’imagination de sa prison sublime le vide en profusion.  Il choisit le moment.  Il capture l’instant.  Se cache pour s’enivrer.  De ces brèves visions, il emplit de chimère son univers de grand.  Il m’appelle timoré.  Je l’écoute attentive.  Suivant ses instructions, je glisse ses requêtes dans le moteur de recherche avant de m’effacer.  Sans insister.  Sans questionner.  Le cœur emplit d’espoirs, je sers d’instrument à son déniaisement.  Dans l’entrebâillure d’une porte, démasquée j’admets, servir d’intermédiaire.  Je réfute les sourires que cet aveu suscite.  Le ridicule serait de renoncer à l’apanage de son âge plus que d’y accéder par l’intervention d’autrui.

Dépendre s’apprend.  La confiance s’acquiert.  Compter sur l’autre, de l’éphémère à l’essentiel, est force plus que faiblesse.  De croire qu’il peut l’incite à rechercher ce que d’autres vont simplement laisser tomber !  Pour lui, dépendre sert à réussir.  Nous sommes tous dépendants.  Lui l’est à bon escient !

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Devenir grand et découvrir ... un chemin merveilleux et difficile pour chacun , que tu accompagnes si bien , bien qu'il soit particulier . Mais qui te permet d'être plus proche de lui . Ça , c'est un bonheur !!

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