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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 11 août 2020 13:59:24
Blog
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11/08/2020 – d’humeur fluctuante…

Cet été plus qu’auparavant, Mike change d’humeur régulièrement. Avec l’autonomie, l’indépendance, l’envie d’être grand, se réveille sa conscience individuelle et la volonté de l’affirmer. Alors qu’avant il se contentait de s’écarter pour chasser son cafard à l’écart, il reste maintenant parmi nous et signale son mécontentement au fur et à mesure de ses frustrations. Au-delà du simple mordillement de doigt qu’il pratique sous nos yeux depuis déjà longtemps, je parle ici d’un air renfrogné, de la tête baissée, d’un regard noir signifiant sans méprise son agacement. Parce qu’on fouille dans son sac. Parce que nous n’écoutons pas l’histoire qu’il meurt d’envie de raconter mais qu’il n’arrive à glisser entre nos discussions endiablées. Parce qu’il n’aime pas un repas qu’il n’a pu décider. Parce que nous ne faisons pas exactement ce qui avait été annoncé. Parce qu’il est tout simplement fatigué. Parce qu’il s’impatiente de l’inertie du moment. Des prises de positions légitimes que l’on ne lui connaissait pas. De l’enfant accommodant, d’humeur égale en dehors des manifestations de sa pathologie, il devient l’adolescent normal prêt à brandir n’importe quel prétexte pour s’insurger et rouspéter.

J’observe ce changement de personnalité triste de le savoir contrarié mais heureuse de constater l’expression de son identité. Les contrastes de ses émotions sont plus apparents tout en étant mieux maitrisés. Il semble ne plus subir les sollicitations sensorielles qu’il ne savait pas contrôler. Les manifestations de ses désaccords sont réfléchies et domptées. Il a encore du mal à les verbaliser mais l’illustration de leur irruption est bien moins désordonnée que par le passé. Son corps incarne à la perfection les messages qu’il souhaite transmettre. Les épaules basses. Le torse bombé. La tête baissée ou au contraire figée pour mieux fixer. Ses bras aussi servent l’expression de son désaccord comme de son acquiescement avec une justesse adaptée. Dans le langage comme dans sa gestuelle, il n’utilise d’ailleurs pas de grossièreté. Preuve qu’il contrôle, selon les règles qu’il s’est fixé, les contours de son envergure. Pour exister plus que subir, comme s’il s’était donné cette nouvelle mission de conquérir l’environnement dans lequel il va devoir grandir. Devenir un adulte en s’appropriant un cadre qui sera sien hors de nos propres normes. Sans avoir fait la fameuse crise d’adolescence, il en a les symptômes.

Notamment dans le refus catégorique de gestes affectueux dont il me comblait depuis toujours. Cet été, je n’ai droit à aucun câlin. Même le bisou du matin m’est refusé. Je ne peux plus l’appeler par des diminutifs affectueux qui rappelleraient l’enfance.  Je dois me résigner pour le laisser s’échapper. L’affirmation de sa personnalité nourrit l’envie de se débrouiller seul. Dans cette spirale vertueuse de son autonomie, en dehors de l’expression de ses humeurs, il gère jalousement ses affaires. Confectionnant seul son sac pour découcher le temps d’une soirée. Appliquant à notre insu des routines de rangement dans l’espace loué pour deux semaines qu’il s’est vite approprié. Inventant un art de vivre pour ses vacances qu’il entend mener à sa façon. L’affirmation des ses goûts accompagne cette dynamique. Il est prêt avant que je ne m’y attende. Le tourbillon de son évolution me prend au dépourvu. Au fond, son humeur fluctue sans doute moins que l’hésitation de mes appréciations.

Je ne suis d’ailleurs pas la seule à être surprise par cette révolution. Tous ceux attentifs à son développement, ayant pris des repères d’accompagnement, voient leur périmètre d’action se réduire sans préavis. D’experts de ce qu’il était nous devenons les freins de ce qu’il sera dans l’incompréhension de ce qu’il devient. Alors que d’autres, plus détachés, observent sans broncher ses attitudes comme aptitudes sans comparaison avec les habitudes. Il s’en rapproche alors qu’il nous décroche. Plus présent chez les adultes qu’auparavant, il prétend prendre une place dont nous le privions. Celle de ses dix-sept ans. Celle des grands. Celle de son rang aussi de toute évidence et même en apparence. Sa maturité dépasse son positionnement. Par son assiduité à tenir le rôle qu’il s’est attribué. Magnanime. Méticuleux. Serviable. Galant. Il s’applique à reproduire les conduites qui lui ressemblent. Du bouton du col à la politesse, il s’affirme à l’identique d’un père qu’il a fini de craindre et accepte d’admirer assez pour le copier. De la protection de sa mère, il marche sur les traces de celui dont le charisme l’intrigue au-delà des doutes qu’il lui inspire. Ils sont plus proches. Leur ressemblance physique devient psychique. Leur complicité s’en nourrit. Coiffés des mêmes couvre-chefs, ils arborent l’assurance des chênes. Aussi solides que leur stature. Aussi tendre que leur humanité. Un mélange de certitudes contrastée qui fait varier leurs humeurs en fonction de leurs interactions. De grands hommes enfants.

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Mike est celui de nos petits enfants qui a le plus étonné , ces dernières vacances , notre communauté d adultes tant il est devenu apte à l'échange , sociable , indépendant , responsable , entreprenant ; un autre Michael qui nous étonne et nous ravit ...

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