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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 26 mai 2020 11:43:19
Blog
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26/05/2020 – Faire un jeu de société…

C’est un peu comme si je redécouvrais l’appellation de cette activité que nous pratiquons pourtant régulièrement et qu’il me semble connaitre depuis toujours. Un « Jeu de Société » ! Quel nom barbare. Sérieux. Si formel pour ce qu’il couvre. Des tranches de rire. Une complicité. Des échanges joyeux à n’en plus finir durant des parties endiablées. Des souvenirs mémorables. L’affirmation des personnalités de chacun confrontées aux affres de la compétition. Une tension nerveuse palpable à l’œil nue au fur et à mesure ou les pions avancent sur le plateau coloré. Des pièges. Des coups durs. La vie en vrai mais pour de faux. Le temps d’une pause ludique. Une simulation récréative de tout ce qui peut arriver par ailleurs. Un divertissement. Le dénouement tragique pour certains, magique pour d’autres. Une chance qui tourne. Des stratégies se nouent. Les alliés d’hier deviennent ennemis. Des disputes surgissent. Les réconciliations doivent attendre que l’émotion redescende. Tout le monde est pris dans l’engouement. Les mécanismes basiques des interactions orchestrées dans la logique du jeu agissent à coup sûr. Vieux comme le monde. Essentiel au développement du positionnement de chacun. Des exercices pour répéter ce que c’est que d’exister. Ensemble. En société.

Faire un jeu de société n’est pas que s’amuser. L’apposition des termes de cette appellation n’a rien d’anodin. Pris dans l’excitation de ce que jouer rappelle aux enfants dont nous sommes tous fait, nous avons tendance à oublier la fin d’une expression familière, aseptisée. Et pourtant, la socialisation pourrait être au cœur plus qu’en marge de cette activité. Je me souviens avoir été surprise la première fois que je suis entrée chez l’orthophoniste, la psychomotricienne ou l’ergothérapeute de Mike. Les murs de ces cabinets étaient chargés de boites de jeux colorées. Lorsque les séances s’achevaient, sur le bureau, parterre, dans les coins, ces mêmes boites étaient ouvertes, éparpillées, usées d’avoir autant servies. A lui. A d’autres. Comme si on venait là pour jouer ? Il y avait bien sûre la récompense du favori qui sert tout au long de la stimulation comme promesse pour endurer le reste. Mais pas seulement. De nombreux autres permettent d’appréhender ce qui ne se laisse imaginer. L’interaction. Les réactions que suscitent l’échange. L’adéquation entre le stimulus et son réflexe. Les habilités sociales. Pavlov. La répétition jusqu’à l’assimilation dans le bouillon de culture du bac à sable. Faire semblant pour limiter l’impact de l’interprétation. Autoriser ce qui ne s’entend plus dans notre monde civilisé. Offrir la liberté de sortir d’un cadre rigide. Permettre d’échouer et de recommencer. Avancer ensemble sans risquer le faux pas qui condamnerait la suite. Comprendre par soi-même de conséquences sans répercussion. Un apprentissage d’enfantillage. L’instinct des premiers pas. A tâtons.

Nous avons fait un jeu de société ce weekend. Depuis le confinement ce sont des moments privilégiés. Nos adolescents se laissent moins approcher. Les distractions susceptibles de les intéresser deviennent rares. Mais l’unanimité de cette activité demeure intacte. Après nous être échauffés au Triominos, nous avons attaqué une partie acharnée de Monopoly ! Illustration parfaite du concept éducatif, ce blockbuster du genre allie jouabilité et plaisir à la perfection. Difficile, même aux plus récalcitrants, de ne pas se prendre au jeu. La progression lente des étapes. Le suspens ménagé par la chance des dès, des cartes et des stratégies de chacun. Les retournements imprévisibles chamboulant l’ordre établi. Tout dans cette construction fictive exacerbe les relations de ceux qui s’affrontent sans heurt. Jusqu’à l’enjeu. Ironique plus que cynique. La mise en scène utilise les nerfs de la guerre de notre société. L’argent. Les possessions. La domination. La soumissions. L’obligation. Le règlement. L’injustice. Du haut au bas de l’échelle, les antagonistes expérimentent tous les statuts sans ménagement. Humilité. Résilience. Persévérance. Sagacité. Réflexion. Lâcher prise. Compromis. Patience. La liste des leçons serait trop longue à énumérer…

Nous nous sommes régalés. En dehors du plaisir partagé, nous avons aussi pris conscience des progrès de notre ainé. Mike à participé durant les trois heures de la partie sans jamais abandonner, démériter, capituler. Sa compréhension des enjeux. Sa concentration. Son assiduité et sa détermination à contribuer à la dynamique engagée nous ont surpris. Il lisait les cartes « Chance » sans rechigner. Il rangeait et comptait son argent avec application. Il avançait son pion sur l’échiquier analysant avec anxiété le parcours pour ne pas tomber sur les terrains piégés. Sa lecture de la situation était juste et avisée. Il écoutait les conseils d’investissement et exprimait son avis avec pertinence. Il acceptait les risques sans regretter l’audace qui lui été soufflée. Il réussit à ruiner son père non sans fierté. Quand son tour fut venu de quitter la partie, il accepta sans rouspéter. Fier d’avoir duré. Rassasié de ce moment passé en compagnie. Heureux d’appartenir à une communauté. Satisfait de son interaction. Apte en société !

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Super champion Micky .... j'imagine , avec bonheur , ton plaisir !!

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