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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 28 avril 2020 17:22:03
Blog
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28/04/2020 – Illustration

Ce qui devient n’est vrai qu’illustré. Les sous-entendus. Les faux semblants. Les impressions diffuses et confuses n’ont leur place dans sa réalité. Celle qu’il nous permet d’expérimenter un peu plus chaque jour et qui, en fonction des étapes de sa vie, prend des tonalités singulières auxquelles, malgré notre expérience confirmée, nous ne nous attendons jamais ! L’avantage du confinement est qu’il nous plonge dans son monde sans discontinuité. Comme l’immersion en langue étrangère, nous progressons intensément dans son univers d’y être en permanence confronté. Si ce n’est en direct, il nous rattrape par les bruits qu’il produit. Son agitation permanente nous accompagne sans cesse. Sa fatigue nous gagne. Sa vie nous poursuit. Tel un sac à dos en randonné, il nous colle à la peau interrogeant chacune des heures que nous passons de l’empreinte de ce que signifie « être lui » !

Les anecdotes rigolotes sont celles que nous racontons. Elles alimentent les conversations lorsqu’il s’agit de donner des nouvelles sur le vécu des reclus dans cette période particulière où les aspérités réclament une attention non ordinaire. Ses cheveux longs. Son appétit pour l’histoire.  Ses expressions. Ses attentions plus singulières encore que sa propre différence. Un souci du détail. Des choses insignifiantes, omises de tous, auxquelles il s’attache et revient sans cesse. Ses obsessions aussi. Par manque de maîtrise ou envie, il focalise à répétition sur les interactions que nous tentons de maintenir avec nos adolescents en devenir. Pour garder des soirées en commun, nous visionnons nos classiques espérant leur contagion. A chaque apéritif virtuel, il faut rescaper nos amis et familles de ses griffes acérées par lesquelles il les tient enfermés dans des récits sans intérêt. Vide de tout autre contenu ou incapable d’en générer, il abuse sans conscience des histoires de films dont il use à foison. Nous le reprenons. Nous insistons. Dans la gêne de ces situations, pris en otages ou consentantes, les mines déconfites à l’autre bout du canal digital, compatissent et languissent sans oser terminer !

La jonction entre la futilité et l’anormalité réside dans l’ambiguïté du dire au dissimulé. Nous admettons ce qui nous rassure pour occulter l’usure. De nos défenses. De la résistance. De l’offense. De la prise de conscience progressive mais constante d’une différence abstraite que l’illustration manifeste. L’écholalie s’en est allée mais il répète sans arrêt des questions, des mots, des idées dont nous ne savons comment nous débarrasser. Le silence n’existe pas à ses côtés. Il parle pendant les films. Il hurle en écoutant la musique. Il mime en criant les épisodes de sa journée. Il ronfle même en dormant ! Et pourtant, je le sens conscient de cette sollicitation permanente qui dérange ses proches et lui nuit par ricochet. En retrait pour tout ce qui n’est pas l’expression de sa pathologie, il tente désespérément d’atténuer ces inconvénients. Il prend ce qu’on lui donne sans réclamer plus que ses pulsions le lui imposent. Soumis aux conséquences de son existences, il renonce à bien des avantages pour n’alourdir le poids de sa dépendance. Sa redevance.

Difficile à cerner, ce manque d’appétence s’observe dans le contraste de sa satisfaction comme dans ses frustrations. Sa sœur, très attentive à son évolution, étant de deux ans sa cadette, s’oblige à l’aguerrir à chaque progrès qu’elle-même franchi. Ainsi, adaptant sa chambre à la lumière de tutos spécialisés, elle décide d’en faire de même pour l’antre de Mike. Semblant totalement désintéressé, il la laisse presque indifférent réorganiser, trier, jeter toute son intimité. Elle lui prête son ordinateur pour l’affranchir de devoir demander la permission d’accès à YouTube. Installé à son bureau, connecté comme un vrai ado, il devient ce qu’il était mais que nous n’avions envisagé de ne l’avoir autorisé. Fier. Totalement à l’aise dans ces dispositions. Prêt. Mature. Apte à la situation. Je réalise en le regardant que seule ma conception de ses capacités retenait ce stade de son développement. Il ne l’aurait pas exprimé. Comme il ne dit pas le manque de son isolement. La frustration de sa privation de sport prolongée. La tristesse d’une solitude accumulée d’heures passé à s’ennuyer. Sans cette illustration, qui me permet de constater ce que je choisissais d’ignorer, je n’aurai vu cette vérité. D’autres illustrations désignent ses difficultés. Les grognements de plus en plus fréquents à l’encontre de ceux qui n’accèdent aux désirs qu’il tait! Comment savoir ce qui n’est exprimé ? Encore plus dure d’interpréter des signes sans pouvoir les relier à ce qui vient les susciter ? Dans la nervosité d’un isolement forcé, las d’espérer, ceux qui résistent finissent par lâcher. Le poids du stress. L’incertitude. Les craintes et l’angoisse mêlées. Le contexte propice à révéler nos vraies natures, exacerbe nos doutes laissés sans distraction. L’illustration de sa détresse comme celle de nos faiblesses fait irruption dans un quotidien contraint. Certains finissent par accepter ce que leur conscience chuchotait sans qu’ils veillent l’écouter. D’autres craquent sans doute de ne plus supporter. Je n’ose imaginer le sort des vulnérables sacrifiés sur l’hôtel de nos endurances…

De le voir si heureux devant son écran, à la place qu’il souhaitait sans l’avoir espéré, illustre l’illusoire espoir de le croire épanoui car préservé du pire. La violence. Le déni. Le rejet. Le mépris. S’expriment tout autant en action qu’en omission. Sont-ils les variables d’ajustement contraints de renoncer en contre partie des sacrifices que nous leur concédons ? Pour qu’il devienne il nous faut permettre. Croire, comme Lola, qu’il prétend à tout ce à quoi nous aspirons.

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Quelle chance , cette petite soeur qui ouvre à son frère le champ des possinles ... Et quel bonheur , ce grand frère qui s'inquiète et vient réconforter sa soeur parce qu'elle est malade ...
Message d'espoir qui nous interroge . C est le sens de ce que je découvre au fil des jours . Alors que nous sommes parfois lassés tous les deux de l'histoire répétée de nos grands rois , il me parle et je découvre qu'il est possible d'élargir la conversation à partir de ses réflexions , souvent fondées

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