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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 08 janvier 2020 16:46:16
Blog
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7/01/2020 – j’ai peur qu’il t’arrive un malheur !

J’avance chaque jour un peu plus vers l’avenir que je me suis promis. Une reconversion progressive au sein d’un système auquel j’appartiens depuis presque vingt ans. Une profession en évolution dans une entreprise amie qui me porte en m’offrant un confort social sans pareil. Un milieu complexe dont j’ai appris les usages et grâce auquel j’ai pu au fil des années comprendre ce qu’il me faudra pour réussir ailleurs. Une organisation qui, tour à tour, m’a donné les responsabilités dont je tire aujourd’hui mes compétences. Des savoir faires cruciaux dans la jungle des rouages administratifs et institutionnels que je vais devoir affronter demain pour lui construire un avenir à la hauteur de ses espérances. Un statut dont j’use pour m’entourer du réseau sur lequel bâtir mon projet. Valoriser l’apport des personnes en situation de déficience dans notre société ne se peut qu’en maitrisant l’environnement, ses enjeux et les stratégies qui permettent à une bonne idée de devenir réalité. Un prérequis qu’il me faut accepter pour réussir.

Je suis au bout du chemin qui me mène hors des murs de l’entreprise. Loin de son emprise. Vers la liberté à laquelle j’aspire usée par les compromis et l’hypocrisie d’un collectif vicié. J’existe de la reconnaissance trouvée ailleurs chez ceux qui m’ont devancée et admirent l’abnégation que je mets à rester pour capitaliser avant de capituler. Plus je les croise. Plus je lis l’envie de la facilité et des capacités qu’ils prêtent à ma situation. Plus je réalise les ressources permises par cet entre deux choisi autant que subi. Plus je sais qu’il va me falloir rester assez pour transformer ce challenge que je me suis fixé. Plus je souffre de reconnaître l’acuité de mon instinct et son impitoyable cruauté. Faire évoluer les choses en restant prisonnière du mal dont je suis victime. Prolonger l’agonie d’une ironie dévoilée. Faire semblant. Prétendre appartenir à un cadre désormais abrogé.

Comme beaucoup, je suis tombée dans le piège de la reconnaissance professionnelle. Comme beaucoup, d’une fonction à l’autre, j’ai tout donné pour me dépasser et exister telle que j’y été exhortée. Comme beaucoup, j’ai sacrifié du temps, de l’énergie et des convictions à suivre une route tracée au royaume de la performance. Trompée. Trahie. Utilisée. Usée. J’ai vieillie. Désabusée et avertie, je pèse plus que je promets ce que d’autres, plus jeunes, peuvent apporter. Je gène. J’empêche. Je freine l’élan de nouvelles recrues crédules et malléables. Une pâte à modelée dotée de mon ancienne plasticité. Le reflet de ces années où je donnais sans compter. Je les vois. Je les connais. Je reconnais les mérites et l’excitation de leur ascension. Elle révèle ma chute. Elle sanctionne ma naïveté. Elle me blesse. Elle me pousse à partir.

Lasse de luter. Fatiguée d’espérer. Je m’accroche sans y croire. Je produis sans gratitude. Frustrée. Aigrie. Je ressemble à ceux qu’hier encore je devais motiver. Ma lucidité exacerbée, loin de m’aider, ajoute la conscience à la maltraitance. Témoin impuissant de scènes dont j’étais chef d’orchestre la veille, je contiens à peine la colère et le dégoût qu’elles m’inspirent. Elles occultent toute satisfaction de les avoir menées. Elles condamnent mes chances de donner le change. Elles hypothèquent ma résistance et menacent mon devenir. Je souffre du syndrome d’épuisement. Je bascule dans la contestation. Je m’entends prononcer des jugements qui m’irritaient alors. Cynique. Je conteste et critique au-delà de ce qu’ils méritent. J’exagère. Je rage. Incapable de contrôler le flot amer qui me submerge, je voudrais simplement échapper à cette mascarade pour agir sans appartenir. Ne plus compter. Être relégué. Sentir son engagement infaillible tarir. Renoncer à contribuer est plus dur que ce que je pensais. Céder mon rang et mes positions ne m’avait finalement pas tant dérangé. Peut-être avais-je sous-estimé ce que cela représentait ? Je croyais pouvoir le supporter d’inventer des projets dont je serais seule maître à l’abris du dictat de ceux qui m’avaient remplacée ? Je pensais faire abstraction de l’environnement immuable qui m’avait oubliée ? Je m’étais trompée.

J’ère seule dans cet entourage nuisible. Je n’ai plus d’allié. Je deviens le poison toxique après avoir été l’antidote. La sortie n’est plus loin. Je peux presque l’atteindre bien qu’il soit encore trop tôt. Il me faut résister. Encore tenir pour aboutir. Je me force. Je ralentis. J’avance chaque jour un peu plus vers l’avenir que je me suis promis en fermant les yeux sur le mal qui m’assaille. Habituée à taire ce que je ressens je feins l’indifférence. Je m’ouvre de temps en temps. Auprès d’adultes compatissants. Mon homme me soutient et comprend. Je tiens. Il me retient. Tout semble anodin. Sauf pour Mike ! « J’ai peur qu’il t’arrive malheur ». Il m’interpelle avec cette inquiétude de plus en plus souvent. Elle grandi chez lui telle une certitude. Il l’accompagne souvent de l’interrogation « est ce que tout se passe bien au boulot ? » Comme s’il s’avait. Comme s’il se doutait que quelque chose ne tournait pas rond. Il sent mes émotions. Celles enfouies plus particulièrement. Il me met en garde. Il me surveille. Je devrais l’écouter. Ma santé compte plus que le projet. Pour le mener il me faut préserver mes forces au lieu d’endurer au risque de craquer. J’ai peur de trop tenter en me lançant sans certitudes. Mais, le cocon confortable dans lequel j’ai grandi m’étouffe plus qu’il me protège. Le papillon va devoir s’envoler s’il ne veut s’étioler …

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Ne pas tenir pour durer .... mais être soi avec lucidité et résilience : "l'art de naviguer entre les courants" . S'extraire pour comprendre , anticiper , se protéger ... et apprendre .

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