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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 04 août 2020 12:05:43
Blog
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04/08/2020 – J’appelle Grandma…

L’autorité… vaste sujet de notre expérience familiale. Avoir des principes et vouloir les appliquer s’entend. Encore faut il qu’ils s’emploient dans les circonstances auxquelles la vie les confronte. Un mélange de dissonances jonche le sol de notre éducation. Des fausses notes de nos propres débuts, aux erreurs que nous perpétuons malgré nous, incapables de nous libérer de l’emprunte qu’elles ont laissées, jusqu’à la découverte de nos propres limites. Le chemin de croix vers leur autonomie ressemble à la comète de Halley ! Il ne fini pas d’en finir. Ses détours et rebondissements nous tiennent en haleine. Nous apprenons autant de leur détachement que de nos réticences.  Même si certaines résistances surprennent comme celle qui consiste à évoquer une autorité supérieure ! Aux commandes des opérations, nous omettons en avoir été les passagers, sur les sièges arrière, subissant une conduite dont nous n’avions pas encore les codes. Ce temps révolu ne leur a cependant pas échappé. Ils nous savent leurs parents, précédemment enfants, résolument vivants. Vieillissants même au point de nous rappeler une fin prochaine qu’ils ont pourtant du mal à prêter à nos ainés.

Dans cette conscience joueuse, avec l’ingénuité d’une canaille, Mike révoque nos injonctions au prétexte de leur subordination à ceux qui sauraient nous raisonner ! « J’appelle Grandma » survient plusieurs fois par jour au moindre mécontentement suscité par un commandement. Si ce n’est pas aussi direct, ce sera par la menace d’un appel qui se voudrait dissuasif. Le spectre de la supériorité d’un jugement qui saurait rejeter notre appréciation. Le rappel de notre propre dépendance envers ceux qui nous ont précédés. La mise en perspective d’une époque dépassée qu’il refuse d’éteindre par convenance ou réassurance. Aux premiers abords, ces manigances puériles surprennent par leur répétition. Puis, de ne parvenir à les faire taire, elles semblent moins innocentes que persistantes. Alors, au-delà de l’humour dont nous les gratifions, j’aperçois le doute qu’il révoque dans l’emploi. Comme souvent chez Mike, l’expression trahi la condition. Il s’accroche à la permanence de la réassurance de cette appartenance. Nous serons toujours les enfants de ces parents aux cheveux grisonnants. La pirouette qu’il semble faire pour s’extirper d’un ordre auquel il ne voudrait se plier, prend alors un gout amer. Sa perception ne peut être le reflet de ce que nous projetons. Ce doit être sa propre vision, son souhait, sa crainte dans le fond.

« J’appelle Grandma » serait une prophétie autoréalisatrice ? Une vérité rabâchée ayant pour vocation d’exister au-delà de ce qui s’observe, se sait. Une volonté affirmée de faire cohabiter la coexistence de générations qui se succéderaient sans se chasser. Son émancipation sans notre éviction. La promesse de lendemains serins où il serait affranchi de nos contraintes sans que nous ayons perdus nos pouvoirs. Plus tant sur lui que dans l’absolu. Une continuité difficile à imaginer mais qu’il ne cherche à démontrer. Elle le rassure de l’invoquer. Il nous implore de la maintenir en refusant de s’y soumettre. Paradoxe suscité par la conscience refoulée de devoir exister hors de notre protection. Le chemin vers cette réalité l’effraie. Ses dix-sept ans accentuent l’ambiguïté. Plus il gagne les batailles de son indépendance, plus il abuse de ce repli vers le passé. Au bord d’un précipice trop profond il construit la chimère d’un pont qui l’aiderait à traverser. Nous sommes les complices de ses stratagèmes. Ses alliés autant que ses repères. Pour n’être ses ennemis, il nous faut pourtant dévoiler ce qu’il n’accepte d’envisager. La finitude. Le passage de relais. Devenir adulte. La solitude. Dans la simplicité de ses pirouettes se lisent les peurs légitimes que nous affrontons tous en grandissant. Elles se déguisent chez lui et il nous faut les démasquer pour l’aider. L’encourager à s’en passer pour avancer sans prétendre retenir ce qui empêche de grandir. De l’autorité à autoriser. S’autoriser. Envisager l’avenir en dehors de ceux qui nous y ont porté. Ceux qu’il faudra laisser. Oublier. Dépasser pour vivre sa propre histoire. Issue de leur héritage mais propre à tant d’égards.

Dans son rituel, j’aperçois les nôtres. Les difficultés à affirmer nos choix. L’envie d’accommoder mêlée à la nécessaire fermeté indispensable à toute liberté. Le temps qui court vers un devenir pour certains et finir pour d’autres. La satire de notre été. Son identité. Nos individualités.

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