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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 24 septembre 2019 19:05:59
Blog
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24/09/2019 – JE

A toutes les sauces.  Partout et tout le temps.  Ce pronom personnel, si peu usité avant, accompagne toutes les prises de paroles de Mike ces derniers temps.  Je veux.  J’ai envie.  J’ai le droit.  J’ai 16 ans.  Je décide.  Je fais la cuisine.  Je ne veux pas.  Je refuse.  Je suis grand.  Je ne suis pas d’accord.  J’ai peur.  J’ai mal.  J’ai froid.  J’ai faim.  Je dois.  Je crois...  Comme si un élastique, trop longtemps tendu, venait de lâcher en entrainant une multitude d’injonctions frustrées de n’avoir pu, jusqu’alors, être conjuguées à la première personne.  Une avalanche de souhaits et d’expressions de sa singularité.  Ces dominos se bousculent les uns les autres vers une identité de plus en plus assumée.  L’affirmation de soi dans sa dimension la plus basique.  La pleine conscience.  L’expression première des désirs, du plaisir, des contraintes, de l’absurdité d’un environnement qui choit à défaut de seoir. 

A vivre, cette effusion, répétitive et intensive, surprend.  Au premier abord, elle interroge sur l’état d’esprit et l’étape de vie dans lesquels Mike se trouve à cette croisée des chemins.  Elle intrigue par son caractère soudain et plein.  Elle inquiète car elle brise sans égard les liens qui le protégeaient encore d’un devenir auquel nous pensions pouvoir le préparer à défaut de l’en préserver.  Elle rassure sur sa capacité à s’émanciper et le courage assuré qu’il affiche à réussir les défis qu’il ne cesse de se fixer.  Elle blesse du peu de considération qu’il réserve à ceux qui, hier encore, le portait à bout de bras.

Elle inspire aussi par sa liberté et sa sincérité.  Il semble que son fonctionnement ne lui soit dicté que par des déterminismes internes.  La substantifique moelle de ses émotions.  Son diagnostic serait sa chance ?  Incapable de maitriser ses émotions, il ne saurait s’en abuser.  La captation mentale menant aux dérives d’endoctrinement et de conditionnement communautaires lui faisant défaut, il échappe aux drames dont nous sommes les victimes.  Il parait hermétique à l’influence sociétale qui nous condamne.  Nous pouvons nous abuser dans les choix de nos destinées en répondant aux chants de sirènes socio-culturelles, markético-libérales, existentialo-humanistes.  Nous dominons de pouvoir suivre des modèles établis par d’autres.  Nous fondons et nous confondons par peur d’exprimer nos propres vérités.  Par confort.  Par flemme.  Par simple capacité à faire ce qui est proposé plutôt que d’inventer ce qui nous conviendrait. 

En colère depuis toujours, je m’escrime à suivre un modèle que je trouve absurde.  Avec le temps, je pensais me ranger à la vision globale d’une société qui s’en accommode au point de lui céder les codes de la normalité.  Patiemment, je croyais construire un univers de compromis qui m’assimilerait sans me convaincre.  Assez pour supporter et taire l’irritation de cette aliénation.   Entourée d’être complices de cette rébellion, j’avançais sans espoir de guérison mais certaine de résister au mal auquel d’autres avait succombé.  Sans être résignée, je m’étais assignée à la résidence de la résistance passive.  My way and their highway!  En Irlande, j’ai goûté aux joies de croiser le destin d’autres libertés affranchies du poids des clichés.  Un environnement plein de gaité et de bienveillance à l’égard d’autrui vécu comme une compagnie plus qu’un ennemi.  Rencontre éphémère bercée de l’illusion d’une époque d’insouciante jeunesse où rien ne contraint les journées qui se suivent au rythme des plaisirs.  De retour en France, avec les années et les enfants, j’aurais pu sombrer dans l’oubli des idéaux.  J’aurais pu omettre d’exhausser ce que je m’étais promis d’accomplir.  J’aurais pu cesser de chercher le sens de mes contradictions, de mon opposition farouche et constante à ce monde qui m’entoure sans me contenir.  J’aurais pu abandonner la conviction profonde de ma destinée.  J’aurais pu… sans ce JE.

Désormais visible car énoncé.  Je le présentais depuis toujours.  Je savais que son rapport au monde était la réconciliation qui soignait mes tourments.  Malgré la difficulté de sa particularité, je percevais la délivrance dans ce qu’illustrait sa différence. Indemne des compromissions de nos fourvoiements, il vit d’être plus que de paraitre.  Il est ce qu’il est né.  Il existe d’être et n’est pour exister.  Son JE est la clé de notre affranchissement.  Pourquoi le pervertir au cynisme de notre société ?  Son JE rayonne de la pureté perdue de nos âmes vendues.  Son JE tout maladroit, abusif, exclusif qu’il soit ; illustre la faculté de vivre sans tricher.  Il est lui-même sans effort et ne cherche à endosser une autre réalité que sa propre vérité.  Il ne ressemble à personne d’autre.  Il sublime un art dont nous sommes incapables.  Il a raison.  Nous avons tort.

Comment protéger ce JE si précieux à l’entrée d’une majorité qui, au-delà de son âge, sera leur dans le monde où je vais le laisser ?

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Peut-être lui demander ce qu'"IL" veut et tenter de créer les conditions pour que son "je" soit heureux ... dans les contraintes de la vie qui sont différentes pour chacun mais auxquelles nul n'échappe .

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