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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 21 avril 2020 14:19:41
Blog
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21/04/2020 – la chute !

J’observe le monde s’accommoder à ce qui nous arrive. Tenter de dépatouiller, dans ce qui nous est raconté, le vrai du faux ! L’avenir incertain de demain perd ceux qui bien lancés n’avaient plus l’habitude de l’incertitude. Tout ceux, sur les rails d’un avenir tracé, chevauchant leur destinée sans se soucier de leur monture. Tout ceux qui enchainaient les jours comme les heures sans question ni appréciation. Tout ceux spoliés de l’essentiel en quête de superficiel. Parmi eux, certains plus fragiles sommeillaient sous une carapace fêlée. Le tsunami de la pandémie l’a ébranlée. Ils se retrouvent sans emploi, contraints d’affronter des peurs qu’ils n’envisageaient plus. Plongés dans le sort d’autres auxquels ils n’auraient jamais cru ressembler.

La vulnérabilité les gagne et avec elle le doute, la remise en question de leur identité, un mal-être sournois qu’ils ne savent expliquer. Leur statut social ! Leur singularité…. Les dominos vacillent. De l’un à l’autre la contagion gagne. Bien plus vicieuse, que le virus, elle passe les murs du confinement. Plus il dure et plus elle avance. Les portes clauses dissimulent ses ravages mais n’empêchent son carnage. Elle gronde dans l’esprit de ceux qui se pensaient protégés. De voir tomber les remparts des couches successives qu’ils dominaient encore, leur laisse pressentir l’imminence de leur propre déchéance. Ils se crispent. Goutent enfin aux joies de leurs privilèges par la douceur amère de les perdre. Attentistes contraints. L’optimisme s’évade et le silence couve les craintes qui ne s’avouent. La pente irrémédiable entraine de plus en plus de monde. L’exécutif bafouille. L’économie tousse et nous pensons à sa réanimation. En soin intensif. Combien de temps ? Quels seront les dégâts de son coma ?  Sa perte de masse musculaire ? Sa capacité de récupération ? Les sacrifices de sa rééducation ?

Au début de cette aventure, nombreux citaient la Peste de Camus ! Il semble qu’aujourd’hui il s’agisse de la Chute ? « … car la chute se produit à l’aube… Oui, nous avons perdu la lumière, les matins, la sainte innocence de celui qui se pardonne à lui-même. » Nous parlons d’un nouveau monde en pleurant sur le passé. La mue suppose d’ôter ce qui nous revêtait la veille. Une déchirure. Une coupure nette. Sans appel. Dépasser les regrets pour changer vraiment. Totalement. Unanimement. La tension de nos hésitations réside dans cette ambiguïté. Savoir sans pouvoir se résigner. La raison censure l’espoir qu’il nous faudrait. L’échafaudage d’un édifice construit pour préserver plus que bouleverser un modèle que nous savons pourtant condamné. L’absurde si cher à l’auteur. Ineptie érigée en efficience. Où est le sens ? Quelle magnitude suffirait à renverser nos servitudes ?

J’observe le monde se débattre pour rétablir l’illusion d’une harmonie. La chimère d’une ascension sociale qu’il faudrait protéger pour un jour y accéder. Cette prophétie ne sert qu’à garantir à ceux qui en jouissent le maintien de leurs privilèges. Les dogmes cérébraux, loin de nous élever dans la spiritualité, nous avilissent tels des vassaux. Nous critiquions la religion opium du peuple ! Nous craignons avant tout nos destitutions. Qu’allons-nous devenir ? Panique irrationnelle et vaine. Dans un pays qui subventionne tous les besoins primaires, l’appréhension cible d’autres velléités que la survie. Renoncer. Céder. Accepter qu’une nouvelle ère est née où nous pourrons tous exister à condition de recommencer à zéro. J’y pense et puis j’oublie. Trop beau pour être vrai. J’en parle à Mike. Il m’écoute attentif. Il comprend. Il se tait. Aucune distraction n’entame sa concentration. L’intensité de son attention ne semble pourtant être le signe de son approbation. Dans son regard, une pointe de tristesse m’inquiète. Il me prend la main en silence. Attend que le flot de paroles qui m’agite se vide. Respire calmement. Sa sérénité me surprend. Il me fixe tendrement.

Ce que nous vivons ne l’atteint. Je réalise après plusieurs semaines une réalité qu’il vit depuis bien des années. Cette descente de certitudes en servitudes, il l’a déjà vécue et assumée. Je suis l’enfant et lui l’adulte. Il n’a pas sauté du pont. Ne s’est pas suicidé. Il n’est pas trop tard pour l’aider. Il n’a juste pas crié. Ou alors ne l’ai-je pas écouté. Dans les murs de verre de leurs prisons aseptisées, ceux qui parmi nous tombent de n’être considérés, alertent sans être entendu. Le vide dans lequel je nous trouve aspiré. Ce trou qu’avec horreur nous contemplons. Ce précipice lui est familier. Quel avenir demain lui sera réservé ? Quels moyens de subsistance ? Quel épanouissement personnel ? Quelle famille ? Quels amis ? Du jour au lendemain, il peut tout perdre et il le sait. Comme lors du confinement où, privé de la mascarade de nos emplois du temps de substitution, il meuble ses journées sans résister. Comme depuis le diagnostic qui l’emporta dans la dimension de ceux sans ambitions. Comme depuis toujours, son confinement est notre résignation.

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Confiné parce qu'il ne peut pas choisir dans les contraintes qui sont les siennes? Nous avons aussi des contraintes, mais nous choisissons dans leurs limites . Michael a des limites , mais peut-on le laisser choisir sa vie et l'aider à la vivre dans ces limites ? J'aimerais ...

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