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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 17 mars 2020 11:25:46
Blog
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17/03/2020 – La vulnérabilité peut tous nous concerner…

Les annonces récentes faisant suite à la pandémie de Coronavirus sont anxiogènes et contrarient les plans de nombre d’entre nous. Plus de déplacement. Plus de travail. Plus de relations sociales. Plus de restau. Plus de ciné. Plus de promenades dans les parcs le dimanche. Plus de réunions familiales. Les grands parents sont privés de leurs petits-enfants. Les gens isolées se retrouvent encore plus seuls. Les plus fragiles encore plus touchés. Les plus précaires encore plus démunis. Les entreprises s’organisent pour limiter l’exposition de leurs collaborateurs. Le télétravail, lorsqu’il est envisageable, prend son envol. La technologie suit, du mieux qu’elle peut, cette révolution des modes de fonctionnement. Même l’éducation nationale, hier encore si réticente au digital, finit par s’y plier de force plus que de gré. Les petites entreprises, les commerçants, les indépendants tentent de se rassurer en écoutant les mesures promises par le gouvernement. Les éloges envers les soignants pleuvent pour assurer qu’ils continuent à veiller à notre survie collective parfois même au détriment de leur propre santé. Les employés de la distribution alimentaire devraient aussi être remerciés d’autant que la panique des foules met leur gestion à rude épreuve. L’exercice du pouvoir, à tous les étages, tente d’être à la hauteur d’un défi maintes fois prédit sans que personne n'ai voulu y croire. Les fictions des nos séries préférées deviennent réalité. Nous sommes les antagonistes prisonniers de scenarii autant craints que fantasmés. Incrédules avertis. Confrontés aux limites de la providence sans s’y résoudre. Entre lucidité et naïveté.

Nous sommes en guerre. En quelques jours nos certitudes tombent. Il nous faut nous adapter. Adopter de nouveaux comportements. Responsables. Solidaires. Retranchés mais connectés. Nous découvrons la vulnérabilité que nous prêtions à d’autres. Ceux malades. Ceux en situation de handicap. Ceux vieillissants. Ceux que nous feignons d’ignorer dans nos modes de consommation compulsifs vers un idéal indemne de toute infirmité. Ceux auxquels nous ne voulions ressembler dans nos courses à la performance effrénée. Ceux qui auraient pu nous apprendre les rouages de cette nouvelle réalité mais que nous étions trop occupés pour écouter. Mon fils et ses camarades qui ont failli passer à travers les mailles de la sécurité. Dans le dilemme d’une économie sociale ostracisée par le financement de ses institutions. Dans l’illogisme de la protection des forts au lieu de ceux qui ne peuvent se défendre. Sous prétexte de suivi médical. Dans l’amalgame de cas aussi diverses que complexes. Alors que ce sont des structures spécialisées. Elles prétendaient gagner quelques jours de salaires au détriment de la santé de ceux sans qui elles ne peuvent exister.

Ce malentendu résolu, Mike se trouve également confiné. Le planning de nos journées s’organise. Lola, sa sœur en classe de troisième, suit l’emploi du temps de Pronote entre polycopiés et devoirs assistés. Du matin au soir, dans sa chambre, elle planche sur un ordinateur afin de répondre aux échéances qui lui sont assignées. Elle souffre de ne pouvoir voir son amoureux mais apprécie de se savoir en sécurité. Brendan et moi, chacun dans une pièce, adoptons le travail à distance quotidien sans trop de désagrément. Habitués à cette pratique, nous devons simplement patienter le temps que l’activité reprenne pour retrouver l’interactivité humaine. Les délais de certains projets glissent mais rien ne semble irrémédiable tant que la santé est préservée. Notre plus grande frustration, en ce jour de Saint Patrick, sera de ne pas célébrer au PUB avec tous nos amis, cette tradition nostalgique de nos années sur l’Ile. Pour Mike, c’est différent.

Très préoccupé par ce qui est en train de se passer, il ne loupe aucune intervention télévisée du chef de l’Etat. Il assiste même avec assiduité aux rendez-vous téléphoniques quotidiens de mon entreprise, fasciné par les modalités de prise en compte des impacts de la crise. Il questionne. Il s’informe. Il s’inquiète aussi beaucoup. Pour nos amis. Pour la famille. Pour la France. Pour les policiers dont il trouve que les médias ne parlent pas assez. Alors qu’il s’apprêtait à reprendre le sport, après 6 mois d’immobilisation du bras à la suite d’une double fracture, il voit ses espoirs de camaraderie s’éloigner. Nous lui avons concocter un planning adapté avec une lecture quotidienne, des temps d’instruction digitale («C’est pas sorcier », la mythologie, les guerres mondiales), des activités physiques et manuelles, des temps d’échanges aussi pour l’aider à exprimer ses contrariétés. Il s’applique consciencieusement à ce qu’il vit comme un effort collectif et citoyen.  Il chante la marseillaise qui semble le rassurer. « Allons enfants de la Patrie, Le jour de gloire est arrivé, Contre nous de la PYRAMIDE !!! » au lieu de Tyrannie ? Il chante cet hymne ainsi depuis qu’il est tout petit. Nous lui avons signifié à maintes reprises cette erreur mais il n’accepte de la corriger. Nous avons fini par nous y faire. Sans savoir comment interpréter cette substitution ? A moins que le système pyramidal dans lequel nous vivons soit sa tyrannie. Et si demain, la prise de conscience collective de cette épidémie, permettait que nous soyons tous plus enclin à voir la vulnérabilité comme le lot commun de l’humanité. Si au lieu de nous opposer par nos différences, nous nous complétions de nos expériences. Ils vivent ce qui peut nous arriver. D’avoir touché du doigts leur vulnérabilité nous permettra peut-être de mieux les considérer ?

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Et chacun , en période exceptionnelle , peut se révéler exceptionnel ... comme Michael qui réalise nombre de travaux manuels que nous n'osions ou n'avions pas l'idée de lui demander ... qui m'écoute une heure durant lui raconter l'histoire de France qu'il vit en me posant fort à propos plusieurs questions , comme chacun de nous qui goûte le temps et la vie à la mesure de la fin possible ...

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