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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 27 août 2019 10:26:10
Blog
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27/08/2019 – Les croire capables

Troisième opus d’une série qui fête ses deux ans, ce nouveau volet vient réaliser ce qu’il n’a fait que promettre.  Assaillie d’incertitudes, j’en viens à douter.  Non de leurs capacités.  De mes propres facultés.  De la persévérance de ma volonté.  Mettre en œuvre ce qui leur permettrait d’exister, tel que nous vivons au quotidien en gaspillant la chance qui nous est donné, requiert plus que le dire.  Il faut agir.  Sortir des sentiers battus dans lesquels je me suis installée au fil des années.  Dépasser la prise de conscience et le confort de l’errance entre le diagnostic et le chaotique !  Entre le voir sans croire et le choir de ne savoir comment ?  D’espérer des solutions et de proclamer leur éviction suffit un temps à soulager l’injustice dont je le sentais menacé.  Crier les torts de notre société.  Refuser leurs sorts en vantant leurs mérites.  Inventer un futur complémentaire et sûr en guise de dénouement à ses frustrations.  Rédiger un mémoire.  Le soutenir.  Rencontrer divers interlocuteurs.  Leur « pitcher » mes idées.  Finir satisfaite d’une écoute empathique qui conforte sans résoudre.  Attendre.  Laisser le temps filer de savoir patienter.  Prétendre anticiper pour hésiter et résister au changement de le projeter pour ne s’avouer y renoncer. 

De semaines en semaines, je procrastine.  D’ordinaire allergique à cette inclinaison, je suis dupe de ma propre méprise.  Suscitant l’action dans l’engagement, je feins avancer pour mieux reculer.  Chaque nouveau pas est prétexte à espérer.  Changer de profession.  Se former.  Construire un réseau.   Bâtir sa crédibilité.  Monter un pilote.  Négocier les meilleures conditions.  Avancer prudemment au rythme de nos hésitations pendant qu’il grandit inéluctablement.  Seize ans.  En apprentissage.  L’âge si lointain, il y a peu, où il viendrait à découcher quelques nuits par-ci par-là en restant à l’internat.  Je me souviens émue du soulagement éprouvé lorsque cette éventualité nous fut donnée par l’IME.  « Ce ne sera pas avant ces 16 ans » me dit la directrice en souriant.  Ça me semblait si loin.  Je pensais alors pouvoir parcourir tellement de chemin d’ici là.  J’y suis.  Plus démunie parce que privée de l’illusion d’un progrès.  J’y suis.  Lui aussi.  Nous sommes tous au diapason d’une vérité plus vraie que nos craintes.   Une réalité difficile à accepter.  Impossible à supporter.  Dans l’injustice des préjudices, l’ONU condamne.  L’Etat pavane.  Les institutions existent sans répondre aux besoins.  Les parents protègent plus qu’ils permettent.  Les gens bien s’épuisent.  Ceux qui peuvent échouent.  Les autres essayent sans aucune chance d’y arriver.  L’écart se creuse.  L’espoir faibli.  La solidarité et l’empathie ne suffisent plus au modèle.  Il faut construire une économie autour de la question de leur autonomie.  Une industrie profitable et durable qui servira autant qu’elle leur profitera.  Il me semble y être préparée mais j’hésite encore à m’y lancer.  Pourquoi ?

J’ai honte de l’avouer !  Par peur de manquer plus que d’échouer.  Constater ne suffit à risquer.  Alors j’arrête de vous solliciter.  Ces billets me seront désormais adressés.  Chaque semaine, je viendrais témoigner des centimètres que j’aurais gagnés.  Dans le combat de l’indifférence.  Vers un futur plus incertain qu’éteint.  Simplement parce qu’au lieu de donner des leçons, je ferais mieux d’en prendre.  J’ai passé l’été à douter qu’il puisse y arriver.  Arbitrairement, nous avions décidé d’utiliser le mois d’été pour le désintoxiquer de ses amitiés de motricité.  Le jour de la rentrée, sans vergogne, nous le privions de 3 ans de relations avec Touffik et Hubert, ses chauffeurs de taxis quotidiens.  Sans trop savoir comment, j’étais convaincue que cela allait fonctionner.  Ça a marché.  Il va et rentre seul à l’IME depuis une semaine.  Fier.  Grand.  Confiant.  De bus en funiculaire.  De funiculaire en bus.  En rouspétant du temps que cela prend.  Mais sans faillir.  Il assure.  Une nouvelle étape franchie devant laquelle je rougis.  Plus il avance et plus je plie.  Fini l’excuse dont je l’abuse.  Ses prouesses m’obligent.  Les croire capables va au-delà de prétendre exhausser ce pourquoi ils sauraient nous aider.  Le « co-living » doit exister.  Je me dois d’essayer. 

Qu’est ce donc que cette élucubration ?  Un concept ? Une idée à la con ?  Avant de vous dire comment je compte m’y prendre, voici en quelques mots la définition.  Par leurs forces et non leurs faiblesses, les personnes en situation de déficience intellectuelles répondent à de nombreux problèmes de notre société.  L’intergénérationnel.  Le maintien des personnes âgées à domicile.  La question des aidants.  La solidarité.  L’insécurité.  Les services de proximité.  La pleine conscience.  Les accidents de vies.  L’empathie.  Plus de la moitié des emplois qui existent aujourd’hui disparaitront demain.  La majorité d’entre eux seront remplacés par des services à la personne.  Nous avons une économie moderne dans les pays développés qui permet à la majorité d’entre nous de bénéficier des bienfaits du progrès.  Nous échouons simplement dans la répartition de ses richesses et aggravons les inégalités.  Cela ne va pas durer.  Cela ne peut pas durer.  Nous allons vivre un tournant, avec les nouvelles générations, où l’équilibre et le sens vont reprendre leurs droits.  Dans cette équation, la déficience pourra exister.  Non condamnée.  Utilisée.  Mise à profit d’une société qui saura valoriser la différence comme une évidence.  Sa complémentarité.  Sa légitimité.  D’exister suffira à compléter ce qui par ailleurs, dans l’interdépendance de nos existences, devra s’assembler pour subsister.  Au sein de ce devenir, je veux dessiner un avenir à leur potentiel.  Au travers d’une application pour sécuriser leur localisation et les paiements.  Dans une zone géographique déterminée pour permettre l’accessibilité.  Selon des services codifiés, accessibles en Facile A Lire et à Comprendre (FALC), pour lesquels ils auront été formés et auxquels ils sauront se connecter en fonction de leur disponibilité.  Dans l’inclusion sans intrusion et surtout hors institutions.  Des citoyens libres et utiles, vivant entre eux, ou parmi nous, selon leur convenance.  Au service de nos névroses.  Dans l’équilibre de nos forces.

A suivre…

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C est parce que le terme approche que l'angoisse surgit ...mais que de chemin parcouru !! C'est vrai , le moment de sauter , de plonger , de tout essayer est arrivé . Un vertige ...oui , mais quel challenge et tu as si bien avancé , tu as tant réfléchi , trouvé , préparé que le rêve va devenir réalité ...il ne peut en être autrement ...Alors , nous attendons le prochain pas .

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