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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 21 janvier 2020 12:17:43
Blog
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21/01/2020 – Mon grand…

Les images se bousculent. Celle de sa tête conique. Celle de ses bouts de seins bleus. Celle des bulles qu’il fait dans la couveuse. Celle de lui bébé assommé par la canicule. Il fond dans son lit sous les toits de la rue gentil. Nous l’emmenons en urgence en Ardèche pour qu’il puisse reprendre des forces à l’ombre de la verdure, loin du bitume. Dans son bain. Comme il aimait ce moment privilégié où nous lui chantions des génériques de dessins animés. Surtout Albator avec le bruit du canon laser et le rock des carottes quand nous tapions dans les mains. Son rire contagieux résonne encore dans mon cœur. Sur le ventre de son papa dans le canapé du salon ou en ballade. Suspendu à son yéyé ou dans son parc à se balancer. Devant un match de rugby avec un jersey trop grand, si fière d’être parmi les adultes. Vautré dans son fauteuil rouge. Roi du monde à Vals et à Biarritz. Choyé de tous. Passionné des chiens.

Plus tard, rue d’Austerlitz, il danse en rythme sur les Spécials avec sa couche. Il abandonne son babymoov. Il trotte partout et s’ouvre le front. Il enduit mon ventre prêt à exploser de crèmes et parle à bébé. Il m’accompagne au laboratoire pour les prises de sang et m’encourage du haut de ses 2 ans. Au parc, quand je le hisse sur la moto à ressort en perdant les eaux. Il couve sa sœur de baisers avec une délicatesse extrême. Il la caresse sans la toucher. Puis la bouscule quand elle sait marcher. Dans son lit à étage. Au ski avec ses grands-parents. Chez Jocelyne avec Grand-mère. Il joue au foot et promène Orsay. Dans les bras de nounous. Déjà plâtré après une chute dans la cour de récréation. Nous observons ses premières tristesses. Quelques photos montrent déjà sa détresse. Scolarisé dans une école bilingue, il part tôt et rentre tard. Il ne se plaint pas. Il est fatigué. Son parrain nous alerte. Son papa se renseigne. Nous continuons, ne sachant pas encore… Dans cette salle de bain où entre le matin et le soir s’est glissé un diagnostic qui n’a rien changé tout en modifiant tout. Dans ses rendez-vous toujours plus nombreux avec Alisson, Vincent, Sophie, Georges, Samia. De spécialistes en spécialistes. Son swing à Guitar Héro.

Sa première crise d’épilepsie. La seconde aussi. Le mur entier de Spiderman. La salle de jeux gribouillée. Les bêtises avec sa sœur. La brosse à cheveux qui lui rappelle Mathilde. Ses spectacles d’école. Ses poupées de doigts. Ses classes vertes plus ou moins faciles. Les camions poubelles. Les tractopelles. Les changements d’écoles. Son visage dans le rétroviseur un matin que je n’oublierai jamais. La fin du parc dont il revenait plus frustré que lorsqu’il y été arrivé. La nouvelle maison rue du plain vallon. Les au pairs. Son coin dans le jardin. Ses chants qui captivent la voisine. Le théâtre et la persévérance qu’il nous fallut tous déployer pour qu’il puisse en bénéficier avant d'être injustement spolier. Les pailles. Les feuilles mortes. L’apprentissage de sa différence. L’univers inconnu dans lequel grâce à lui nous entrons résolument. Ses paires de lunettes rouges, bleues, puis noires avec l’âge. Sa patience auprès de tout ceux qui ont dû apprendre à le connaitre pour apprécier ce qu’il est. Son indulgence. Ses weekends avec marraine. Un nouveau plâtre. Ses exploits. Sortir de l’écholalie. Le vélo. Le ski. La lecture. Les anniversaires auxquels nous avons de plus en plus en de mal à inviter des amis. Sa passion des DVD. Ses voitures. Le foot. Le rugby. Un autre théâtre et puis plus. La fin de l’école. Le début de l’Institut Médico Educatif. Pas de collège. Les taxis. La violence. La vraie vie. Sa sœur grandit et le dépasse. Il l’envie sans jalousie. Privé de ce qu’elle gagne, il devient son premier fan. Il part en camps. Ne fait plus d’accidents. Devient autonome dans les transports en commun. Se casse à nouveau le bras. Va au cinéma seul. Se passionne d’actualité. Veut être policier. Refuse de se couper les cheveux…

Les images se bousculent dans ma tête. De toi avant jusqu’à maintenant. Mon grand. Tu m’échappes déjà. Je pensais avoir le temps de préparer demain mais il est là. Tu ne m’as pas attendu pour devenir cet homme que je regarde émerveillée. Tu es beau. Tu es fier. Ton air mystérieux occulte tes fragilités. Je te regarde sur ce papier glacé. Ce cliché pris pour une pièce d’identité. Cet instant volé qui restera gravé. Ton visage immortalisé. Une vérité que je ne peux plus ignorer. Tu es grand. Tu es fort. Ta vie t’appartient. Tu décides de plus en plus de choses. Tu affirmes ta personnalité. Tu refuses de me faire des câlins. Tu t’émancipes. Tu anticipes. Alors cède en moi cet élan éternel autant qu’éphémère. Cette tension qui lie la mère à son enfant. Cette envie irrépressible de contenir. De retenir. De protéger. Je sais bien que je ne peux plus te porter. Il me faut désormais t’accompagner. Plus te protéger mais t’endurcir. Plus te dorloter mais te challenger. Plus t’infantiliser mais t’autoriser. Je comprends en te regardant ainsi grand que nos rôles ont changés. Je faiblis et tu muris. Je te vois tel que les autres te perçoivent. Un adulte en devenir. Un jeune homme élégant. Ta différence, absente sur l’image, existe bel et bien. Demain il te faudra concilier ces vérités. Mon grand, à toi de jouer !

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Magnifique ... comme la vie , malgré tout !...

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