Aller au contenu principal
Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 03 septembre 2019 17:09:25
Blog
217 visites

3/09/2019 – quand je vivrai ma vie… bon débarra

Une phrase qui ne s’invente pas !  C’est la rentrée des classes.  Tout autour de moi, j’entends des histoires d’âges similaires au sien mais dont les anecdotes détonnent.  La ressemblance se limite au nombre d’années sur un calendrier.  Pour le reste, impossible d’assimiler ce qui est raconté à son vécu, à lui non plus.  Pas d’examens.  Pas de copains.  Pas d’orientation.  Pas d’émancipation.  Pas de premier boulot d’été.  Pas de petite amie.  Pas de conduite accompagnée.  Pas de deux roues.  Pas de soirées.  Pas d’alcool.  Pas de réseaux sociaux.  Des toupies « Beyblades » sans lanceur.  Des camions avec remorques.  Des DVD dont de nombreux dessins animés.  Des pailles en pagaille.  Des journaux de Mickey.  Des BDs.  Des casquettes.  Des posters de foot et de rugby.  Des supers héros.  Des coupes et des médailles de sport adapté.  Des voitures miniatures et un garage en pièces détachées.  Un iPad.  Une DS.  Il a seize ans dans une chambre d’enfant…

Une phrase qu’il prononce à haute voix.  Comme un cri d’allégresse.  Un serment.  Une vérité.  L’espoir d’un après mieux qu’aujourd’hui.  L’aveu d’une dissonance entre ses désirs et l’existence au quotidien, à nos côtés.  L’illusion d’un avenir prometteur et enchanteur.  Une chimère.  L’utopie de croire qu’ailleurs sera meilleur.  Que grand est identique.  Que le devenir d’autrui sera sien quelque soit les entraves qui l’empêchent encore.  Que d’avancer permet de dépasser.  Que souhaiter égale réaliser.  Qu’imaginer suffit à inventer.  Que demain promet ce que le présent prive.  Qu’il y a plus.  Qu’il y a droit.  Sans énoncer précisément ce que « vivre sa vie » signifie.  Il lui arrive de parler de pizza.  De rendez-vous avec des copains.  De son travail de policier.  De sa vie de couple, avec ou sans enfant...  Optimiste.  Réaliste.  L’énonciation de ses aspirations ressemble à la routine qui nous déprime.  Il rêve de sérénité.  De plénitude.  De vérité.  De simplicité et d’équité.  Il décrit la sécurité d’un foyer régulé par l’habitude qui rassure.  Il aspire au cadre douillet de traditions aseptisées.  Il espère s’émanciper pour nous échapper sans se perdre.  Passer du dépendre de nous à reprendre sans nous.  D’obéir à se suffire.  Partir de grandir.  Oser d’espérer.  Vivre libre.  Exister.

Une phrase qui blesse et apaise.  Sa lucidité me rassure.  Il est conscient d’un décalage qui me surprend à chaque tournant.  Etant l’ainé, Mike trace une voie que nous ne connaissons pas.  Par bribe, nous comprenons au fil du temps que son parcours échappe au conformisme de ses conscrits.  Bien que sachant sa différence, je m’étonne toujours des écarts qu’autrui me force à constater.  Sans les voir, j’oublierai presque qu’ils existent.  De les voir, m’oblige et m’attriste.  Pour lui, qu’il m’arrive de croire naïf.  Je crains sa déconvenue et la souffrance qu’il pourrait endurer.  J’ai peur de le laisser seul dans une société où il n’aurait sa place.  J’envie la facilité de ceux dont l’obligation parentale rime avec diplôme.  Son devenir m’inquiète alors qu’il exprime l’essentiel de ce que je comprends à peine.  « Quand je vivrai ma vie » !  Combien d’entre nous échouent à saisir cette injonction ?  Le sens de l’existence.  Être sujet.  S’affranchir.  Vivre d’incarner au lieu de ressembler.  Muer.  Sortir des dogmes.  Trouver son chemin.  Être soi.  Emplir son quotidien d’envies plus que d’ennuie.  Porter sa différence comme une chance.  Oser l’offense d’aimer ce qui nous rend heureux.  Le pays imaginaire où nous serions tel que nous le rêvions avant d’abandonner l’illusion puérile pour l’ambition cupide. 

Par ses mots, Mike ne regrette pas le destin de ceux dont les histoires m’agacent.  Il aspire au sien.  Etanche à l’assimilation.  Libre d’élucubrations.   Il écoute ce que ses sens lui dictent.  Il entend ce que son envie crie.  Il veut ce qu’il peut.  Il aime ce qu’il fait.  Alors oui, tout le reste lui pèse.  « Bon débarra » !  Le cadre et les règles que nous nous escrimons à lui inculquer.  Les efforts pour gagner des codes sociaux nécessaires et délétères.  Tout ce que nous projetons sans l’inclure.  Nos craintes.  Nos attentes.  Nos punitions.  Nos frustrations.  Dans le vertige du temps qui passe vers sa majorité, j’oubliais qu’il lui revient de déterminer ce vers quoi je me dois de l’accompagner.  Par cette simple phrase lancée, au détour d’une conversation, il vient me rappeler sa place dans l’équation.  Il s’agit d’inventer son futur même si le mien y est lié.  Sa destinée.  Ses libertés.  Son équilibre.  Sa vérité.  Les points communs de ses conscrits ne disent rien de leur identité.  Ils décrivent une génération prise dans les rails des précédentes.  Ils défient un héritage menacé par la technologie.  Le courant cyclique de chaque civilisation.  Un élan qui perd ceux qui s’y prêtent.  Ils oublient l’essentiel pour adhérer à l’éphémère.  Mike, empêché de suivre, garde l’adhésion au sens premier de l’existence.  Être soi-même, même si…  Parce que les autres sont déjà pris !

Veuillez vous connecter pour évaluer la page.

Ajouter un commentaire

C'est ainsi qu'il nous dit qu'il aime la vie et qu'il la choisira dans les contraintes qui seront les siennes , comme nous avons choisi avec nos contraintes . Il dit aussi : c'est ma vie et , comme il est difficile de guider et d'aider sans contraindre ou imposer !!

Les blogs les plus appréciés par la communauté

par Emilie Weight
1610 visites 11 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 4 / 5 1163 visites 8 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 5 / 5 1247 visites 2 commentaires
facebook Twitter Youtube Instagram
Les derniers articles commentés
Les derniers articles commentés
  • Santé et Soins Avoir la maladie de Charcot (SLA) quand on est jeune
  • Gamme d'aide à la préhension sans solliciter les doigts
  • Démarches Handicap : contester une décision de la MDPH, ce qui change en 2019
  • Relations On a arnaqué mon fils handicapé

© 2018 Plateforme Hizy