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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 22 octobre 2019 11:33:44
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22/10/2019 – Quand la douleur s’invite...

Tout n’est plus pareil. Les forces d’hier disparaissent dissoutes dans le cri aigu de la souffrance qui couvre tout le reste. Elle couve sourde et pleine. Le corps saigne en silence. Le mal invisible gagne les tissus meurtris. D’une diffusion lente ou de violentes crises, sans répit, le combat gronde au creux de la chair qui ne dissimule déjà plus ce qui l’assaille. Les traits se tirent. La pâleur trahit. La bouche se tord. Les yeux se plissent. Le dos se courbent. Les pas rétrécissent. L’allure pâtit. L’esprit nie sans pouvoir occulter ce qui le terrasse malgré lui. Le dédain de l’âme supérieure dément la douleur. Sentence. Justice. L’équilibre reprend ses droits dans une réalité forcée. D’ignorer notre enveloppe charnelle, de toujours la négliger au profit d’apparences trompeuses ; nous ne laissons d’autre recours à nos montures que de nous désarçonner pour exister. Pétris de maux, interdits, vaincus nous n’avons d’autre choix que de suivre sa loi. Le respect. L’écologie personnelle.  L’individuel. La bienveillance. La bientraitance. Fini la fuite. Plus d’illusion. Le vrai domine le futile. Prétendre. Tendre. Paraître. Se fondre. Tous ces détours loin de nos vies, ces chimères qui nous perdent, ce besoin d’appartenir au lieu de devenir ; disparaissent sans sommation.

Alors la peur arrive. Déguisée sans être masquée, elle avance et devance. Chaque pensée. Chaque souhait. Chaque envie. Chaque défi. La peur de ne pas y arriver. De ne plus y parvenir. De disparaitre.  Prendre conscience de ses limites incite à revoir ses exigences. Le vrai avant le plus. Le bien plus que le mieux. Le juste au lieu du luxe. Ensemble et non contre. Patiemment. Profondément. Sincèrement. Attentivement. Dans la durée tant qu’il en reste.  Car souffrir rime avec mourir.  Dans l’esprit des victimes assaillies par la peine, plus que le mal, la fin résonne.  Nos modes de vie chassent la péremption de nos incarnations.  Mais son ombre plane sans jamais nous quitter.  La moindre faiblesse vient nous la rappeler.  Alors, tous les sacrifices consentis pour entrer dans la moule du culte matériel et superficiel de l’adhésion au modèle unique d’un art de vivre aseptisé semblent absurdes.  Ces efforts démesurés mènent à l’épuisement du corps tout en nous éloignant du bonheur.  Nous courrons à perdre haleine vers un ailleurs trompeur.  Le meilleur est en nous mais nous ne savons plus le voir.  Il faut risquer de perdre ce qui nous permet d’exister pour réaliser qu’il suffit de s’écouter.  Un peu comme ceux qui n’ont d’autres alternatives que de subir.  Un peu comme eux.

Pétrie de douleur, clouée sur le canapé, immobilisée comme inutile, je regarde le plafond désemparée.  Ce n’est pas ainsi que j’imaginais ma journée. Tout ce que j’avais prévu de faire vient s’accumuler à la porte de mon incapacité à surmonter l’interdiction d’un corps tout puissant qui me rappelle à ma condition.  Je pense à lui.  Depuis plus de 15 jours, il traine un bras plâtré l’empêchant de faire tout ce qu’il aimait.  Résilié plus que résigné, il erre sans bruit dans nos vies accélérées.  Hier encore son maigre planning surchargeait nos emplois du temps.  Il fallait ajouter, trois fois par semaine et fréquemment le samedi, des aller-retours contraignants pour lui permettre d’exister socialement.  Seul le sport offre une possibilité d’intégration et d’interaction collective à sa portée.  C’est sa vie.  Ses envies.  Sa joie.  Son quotidien.  Depuis plus de 15 jours, plus rien. Il lui reste encore cinq mois et demi de ce régime inique.  Il ne souffre peut-être plus.  Il résiste à l’ennuie.  Il perd progressivement les rares liens qui le rattachaient au vivre ensemble.  Il ne se plaint pas.  Il ne renonce pas.  Il persévère dans l’autonomie loin de s’apitoyer sur son sort.  Il continue les transports en commun.  Il refuse l’assistance domestique pour se doucher ou s’habiller.  Il propose même de faire à manger.  Il attend la délivrance de l’entrave de ses mouvements.  Il n’invoque d’injustice.  Il n’exprime ni révolte ni chagrin.  Il continue comme si de rien n’était alors qu’une seule journée suffit à m’effondrer.

Je nous compare.  Je me répare.  Plus que l’autorité d’un corps qui fige pour alerter, ce qui m’interpelle sont nos capacités.  D’elles dépendent notre faculté à emprunter des chemins qui ne sont pas les nôtres.  Le choix et le droit se confondent. Prétendre devient atteindre.  Echouer revient à perdre.  Le sens commun de ce qui est sien disparait.  Leur chance est notre faiblesse alors que nous les stigmatisons pour cela.  Privés de toutes ces possibilités qui nous abusent et nous usent, ils empruntent leurs routes, acceptent leur destinée, vivent ce qui leur est donné, s’en contentent et goûtent au bonheur d’exister.  Je me sens incapable de lâcher l’ambition de faire plus.  Je subis une pression que je m’inflige seule.  Pervertie.  Convaincue.  Formatée depuis l’enfance à me dépasser pour prouver ma valeur ajoutée.  Je confonds servir et vivre.  Je mélange reconnaissance et accomplissement.  J’échoue à faire ce que j’aime pour démontrer mon utilité.  Alors que je l’ai rencontré.  Alors qu’il me montre chaque jour une alternative salvatrice et réaliste.  Alors que j’ai réalisé cette réalité et que je l’ai livrée.  Alors que mon entourage m’encourage à ralentir.

Quand la douleur s’invite, l’âme et le corps cohabitent.  Complices contraints ils s’observent et composent.  Patient de soi, nous apprenons l’empathie.  S’estimer.  S’écouter.  S’entendre.  Ils ne peuvent exister tel qu’ils le souhaiteraient et apprennent à s’y résilier.  Nous pouvons à condition de nous aimer assez pour accepter d’être qui nous sommes plutôt que de risquer de nous détruire à nous pervertir.  Nous devons changer le regard que nous portons sur nous-même pour nous réconcilier.  Les accepter dans notre société permettrait d’introduire une diversité apte à nous faire évoluer.  Une alternative susceptible d’éviter tant de souffrances.  Le remède de nos névroses narcissiques.  Une cure d’égo.  Une place pour tous.  Même pour nous !

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