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CoLiving – Qu’est ce que je peux faire pour réparer ma bêtise ?

Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 11 novembre 2019 20:02:22
Blog
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12/11/2019 – Qu’est ce que je peux faire pour réparer ma bêtise ?

Quand mon fils de seize ans, un matin tout embêté, demande à sa cousine de dix ans de l’aider à gérer une flaque de pipi dans son lit !  Bienveillante, elle l’aiguille du sortir de l’enfance à son adolescence.  Naturellement.  « Tu défaits les draps et tu vas les mettre à la machine avec ton pyjama et puis tu prends une douche et tu te changes. »  Quand je me réveille, un peu plus tard, tout est déjà réglé.  Tout le monde commente l’évènement.  Chacun s’accorde sur la gentillesse de Sima.  La débrouillardise de Mike.  Pourtant, sous fond de normalité retrouvée, je sens un mal-être monter.  Cet incident maintes et maintes fois supporté de pantalons, couettes et canapés souillés est notre vérité.  L’histoire du vécu avec cette spécificité.  Un quotidien accepté avec lequel nous faisons sans cesse la paix sans essayer d’y échapper.

Pour eux c’est autre chose.  Une intrusion dans la routine d’une dynamique huilée où tous doivent à fond profiter de l’aubaine de se retrouver.  Des anicroches qui vont au-delà de la personnalité des uns et des autres que nous avons fini par accepter.  Un handicap constant et persistant qu’il a fallu comprendre, qu’on fini par connaitre mais dont les trop rares occasions de le vivre privent de l’essentiel.  Une différence qui va au-delà de la tolérance.  Ce qui dépasse n’est que l’illustration de ce qui cloche.  Entre deux manifestations du dysfonctionnement, les difficultés persistent même si elles ne s’expriment.  Penser que seules les crises méritent d’être adressées, résolues, évacuées, effacées pour continuer ; reflète une grave méprise.  Lorsqu’un tracas fait irruption, c’est que la coupe est pleine, que le mal gronde si fort que l’endurance de ceux qu’il étreint ne suffit plus à le faire taire.  Alors, d’éluder la profondeur du problème en gommant son expression, est un leurre.  Une offense à ceux qui luttent la plupart du temps pour préserver la sérénité de nos existences.  Ces victimes nées dans une société qui leur refuse l’asile et dont le fonctionnement inadapté les condamne sans cesse à survivre.  Une nouvelle insulte proférée par les leurs.  Injustice inéluctable qu’ils apprennent à accepter à défaut de pouvoir l’éviter.  Ils se renferment dans le silence immense de l’incompréhension.  De frustrations en révoltes, ils creusent un faussé de plus en plus dur à traverser.  Entre eux et nous, ce qui aurait pu être prévenu finit de malentendus en maltraitance par des abus.  De confiance. De pouvoir.  De position !  Dans l’ignorance de leur différence.  De l’absence de reconnaissance. 

Que les mots aient été posés sur leurs maux ou pas.  Sans indifférence.  Par méconnaissance. La détresse de ceux qui tentent de remédier à leur isolement souffre de larmes invisibles.  Je les vois sur les joues de ma sœur.  Je les guette dans les yeux de mon homme.  Je les devine dans la solitude de ma fille. Je les crains lorsqu’elles nourrissent ma colère. D’en être témoin ne m’aide à résoudre ce qui prendra des années à changer.  Convaincue qu’un jour, leur dissemblance ne sera qu’une de plus dans l’évolution qui voit la femme devenir l’égale de l’homme, les cultures de milles couleurs s’accepter, les mœurs se libérer… je crois en un futur meilleur.  Sans voir le bout du tunnel, cette certitude me porte et me libère.  Je dois agir.  Sans fuir.  Convaincre ceux qui sauront m’aider à réussir.

Alors j’emprunte les chemins de la justification.  Un peu comme Mike qui veut réparer sa bêtise, je cherche à trouver des solutions comme s’ils étaient le problème, un problème !  Choquée par les cicatrices que nous leur infligeons, malgré nous, en exigeant leur adhésion à nos comportements ; je comprends que l’anormalité suscite sa culpabilité.  Avant de créer des opportunités pour leur permettre d’exister et de s’épanouir parmi nous ; il faut briser l’illusion d’inégalité qui les condamne à la vassalité.  Et si nous n’avions pas tout essayer ?  Le point commun de ceux qui buttent sur ce constat couperet réside dans la similarité de leurs quotidiens.  Ils vivent avec une différence qui leur devient familière.  Loin d’en pâtir, ils se laissent séduire par les charmes qui en émanent à l’abri de l’adversité.  Alors, quand soudain tout bascule, parce que d’autres moins aguerris, agressent sans s’en douter ceux qu’ils échouent à protéger ; ils constatent amères l’incapacité du plus grand nombre à apprécier ce qu’ils finissent par aimer.  A regret, ils luttent pour compenser et atténuer ce qu’ils devraient promouvoir et louer.

Je réalise ainsi que l’écart entre contenir et conquérir tient à ma position plus qu’à sa condition.  Qu’est ce que je peux faire pour réparer ma bêtise ?   Un adolescent de seize ans saurait me l’enseigner.  Si je savais l’imiter plus que le contraindre.  Si je pouvais me fier au bonheur de sa compagnie plus qu’aux affres des dichotomies. L’exclusion décriée des enfants, plus visible que notre démagogie, soulève la même aberration.  Nous les jugeons coupables de tords dont ils finissent par se croire fautifs !  Nous affligeons ainsi de notre hypocrisie ceux déjà affectés de pathologie.  Nous condamnons leurs failles pour excuser les nôtres.  Saurons-nous, comme eux, un jour, réparer nos bêtises ?

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Tu vois ces faits à travers ce que tu ressens et ma réalité n'est pas la tienne . L'accident de Michael , conséquence de trop de fatigue ou de trop de changements n'a , je crois , perturbé aucun de ses proches qui , chaque jour , ont eu le plaisir et le bonheur de l'écouter parler , de jouer avec lui , le souci de l'éloigner des écrans pour partager avec lui ses impressions , ses avis , ses questions . Michael aime être avec nous parce que nous aimons être avec lui avec , chacun , nos incapacités , nos faiblesses , nos richesses et nos qualités aussi . Mais , c'est vrai , à vous le qotidien ; à nous , les jours de vacances et de fêtes .

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