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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 10 septembre 2019 10:49:05
Blog
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10/09/2019 – Qu’est-ce que tu manigances ?

Comploter.  Conspirer. Préparer des manœuvres secrètes dans le but de tromper quelqu’un.

Nous rentrons du rugby.  Mike veut appeler son père.  Dès que ce dernier décroche, il lui demande : « Qu’est-ce que tu manigances ? ».  Sans raison.  Sans explication.  Sans prévenir.  Comme cela.  De but en blanc.  Une question d’une sophistication rare.  Une plaisanterie bien plus élaborée que celles employées à l’accoutumée.  Nous sommes coutumiers d’allocutions maladroites par lesquels il nous traite de vieux, de ronchons, de gros.  Nous sommes habitués au comique de répétition.  Nous sommes familiers d’insultes puériles assénées par manque de répartie plus que par envie de nuire.   Nous n’avions encore jamais entendu pareille interpellation de sa part.  Surpris.  Hébétés.  Nous restons silencieux.  Brendan à l’autre bout du fil.  Moi assise à ses côtés, dans la voiture, interloquée.   Percevant le trouble dans notre interdiction, il vient à notre secours et précise sa pensée.  « Tu es en train de jouer à un jeu vidéo ou de regarder ton téléphone ! »  Manigancer serait alors faire ce que l’on aime à l’insu d’autrui ?  Se soustraire à l’autorité qui saurait nous en empêcher.  S’amuser sans permission préalable. 

C’est drôle sans l’être.  Subtil plus que futile.  Une analogie à double tranchant.  Il s’assimile à son père.  Il se reconnait dans ses passions.  Il envie la liberté de s’adonner aux passetemps qu’il affectionne.  Qu’on lui rationne.  Perdu dans la ressemblance, il oublie l’ambivalence.   De l’élève au professeur.  De l’adolescent à l’adulte.  De la dépendance à l’autonomie.  De l’enfant au parent.  Comme son père, il voudrait jouer à ce qui l’intéresse sans rendre de compte, sans compter le temps passé, sans restriction ni punition.  Comme son modèle qui se trouve être son adversaire.  Celui qui brime.  Celui qui prive.  Celui qui décide.  Celui qui gronde.  Celui qui brille.  Celui qui sait.  Celui qui comprend ce qu’il cache sans malice.  Celui qu’il n’abuse quelque soit ses ruses.  Puisqu’il lui faut intriguer pour le duper ; il imagine que son père manigance pour jouir de ses loisirs.   Une réciprocité légitime et naïve.  Un besoin d’indépendance.  Le constat d’une liberté à conquérir par l’aveu d’un antagonisme oublié.  Sciemment ou non.  Mike nie leur différence. Il prête la manigance à celui n’en ayant l’utilité. De se croire spolié, il mélange privation et manipulation.

Est-ce une simple frustration ou un désir d’autodétermination ?  Il disait hier au milieu du repas « je veux donner mon point de vue » !  Surprenant, par le vocabulaire utilisé autant que la requête formulée.  La suite eu moins de sens que la question.  L’intention l’emporta sur le fond.  Presque étonné, épuisé par l’intensité de l’effort produit, il bredouilla un avis sans conviction.  D’arracher une place dans la discussion lui suffit.  Un premier pas vers l’affirmation.  Une illusion.  Le soubresaut de ce que nous sentons poindre de milles façons.  De maladresses en détresse.  Des allusions.  Des contre sens.  De tentatives en récidives.  Il essaye.  Il espère.  Il imite.  Il échoue et recommence.  Persuadé de là où il faut aller, il tâtonne sur un chemin non tracé.  Pas d’éclaireur dans sa tranchée.  Pas même de bord pour le guider.  Un cadre où il n’est pas prévu.  Des enjeux qui le dépassent.  Un équilibre dont il est exclu.  Sans cesse ramené à sa condition.  Par le vide qui entoure ses journées.  Par les amis qu’il vient emprunter de n’avoir ses propres à partager.  Par les victoires qui l’approchent de la normalité sans servir sa vérité.  Par le doute qui s’immisce et dont, conscient, il pâtit.  Je l’observe s’enfoncer dans le virtuel du digital.  Des jeux.  Des films.  Une compagnie bon marché.  D’un click à l’autre, il s’occupe.  Est-ce une fatalité ?  Je refuse qu’il y soit condamné.

Petit, nous lui interdissions d’avoir un chien pour qu’il ne s’enferme dans la facilité d’une relation domestiquée.  Adolescent, une passion peut lui permettre de résister au piège de la passivité.  Demain, il vivra d’être utile au quotidien.  De compter pour.  De compter sur.  Pour que sa vie soit autre chose qu’un collier de perles enfilées au hasard, sans but et sans mémoire.  Pour exister, il faut plus qu’un jeu de dupe.  Ce n’est pas contre mais pour.  Peu importe les regards.  Pas manigancer. Manier sa volonté pour bâtir sa destinée.

Construire.  Avancer. Préparer l’avenir pour devenir quelqu’un.

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Est-ce que l IME pourrait apprendre à occuper son temps à partir de ses envies ? Est-ce que tous les jeunes XFra ont cette difficulté à utiliser le temps ? Micky serait plus heureux avec des intérêts exercés...comment lui apporter ce bonheur ?

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