Aller au contenu principal
Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 16 juin 2020 17:43:30
Blog
65 visites

16/06/2020 – Ses 17 ans…

Un point à l’horizon. Une promesse lointaine à laquelle je n’arrivais à croire. Un spectre béni et redouté à la fois. Observé chez d’autres, ce stade de sa maturité m‘intriguait. Au fil des année j’avais appris à ne plus en être effrayée. Consciente que chaque matin m’en rapprochait, j’avais acquis la patience de croire que nous pourrions y arriver. Anesthésiée par tout ce qu’il accomplissait, je m’abusais à penser qu’une solution émergerait. L’illusion d’une résolution spontanée. La conviction de faire ce qu’il fallait. L’espoir crédule que le sort pourvoirait à ce qui manquait pour nous remercier des efforts endurés. Une mécanique universelle empruntée par tous les parents appliqués dans l’exercice de leur autorité.

Mon cœur refusait de voir ce que mes yeux mesuraient de le trouver changé. Sa taille. Sa force. Ses poils. Ses gestes. Certaines de ses attitudes ne pouvaient être ignorées. Je choisissais celles qui me confortaient et délaissais les autres pour me préserver. Tant que son innocence perpétrait les germes d’une enfance éternelle je n’avais pas de raisons de m’alarmer. Ses jeux naïfs. L’absence d’indépendance. Le manque d’appartenance. Son univers et le mien étaient encore si imbriqués qu’il m’était facile d’oublier qu’il allait s’en échapper. Qu’il le faudrait. Que le jour approchait où cela devrait arriver. Où émancipé par l’âge plus que ses capacités, il pourrait décider sans nous consulter. Il devrait exister hors de notre responsabilité. Il saurait avancer sans nous à ses côtés. Ou pas… sans que nous ne puissions l’en empêcher. Où nous devrions inventer un futur digne de sa condition. Où il nous faudrait trouver la convention qui le protégerait sans l’étouffer. Un cadre adapté à ses qualités et accessible à ses capacités. Un chemin invisible qu’il nous revient d’inventer si nous ne voulons l’abandonner aux griffes d’une société inapte à l’accepter tel qu’il est.

Ses 17 ans entament le compte à rebours de sa majorité. 365 jours avant ses 18 ans. La dernière ligne droite de l’émancipation. Ce que d’autres perçoivent comme la liberté. La bascule vers un devenir qui permet d’exister. Hors du moule. Pour soi. Avec ses rêves et ses envies. Loin d’un cadre devenu trop petit. D’une histoire qui fut celle d’un couple dont les fruits doivent tomber pour renaître entiers. La chute l’attend. Vertigineuse et lisse de parois sourdes à ses besoins. Dans le vide d’un avenir fait pour d’autres. Une route d’embuches pensée pour être surmontées par des armes dont il n’est pas doté. Un univers aveugle à sa beauté. Le parcours de combattants asservis dans des institutions qui les gardent pour pouvoir subsister. Le hors-piste de choix que nous pourrions risquer sans garantie qu’ils l’aident au-delà de notre longévité pour l’y guider. Des promesses nourries par une enfance dorée en pleine contradiction avec ce que demain permet.

En le couchant hier soir, j’étais heureuse de le sentir comblé dans le confort d’une chambre apprivoisée. Je songeais, il aura au moins eu tout le bonheur que nous avons pu lui offrir. Consciente j’étais torturée par l’idée que la suite n’en serait que plus difficile. Jusqu’à ce qu’il me sorte de ces pensées moroses… en m’attrapant la main il me dit doucement : « c’est bien d’être grand maman ». Avait-il senti mes doutes ? Les partageaient ils lui-même ? Dans son sourire complice j’entrevu plus de malice que de supplice.  Il a cette fabuleuse capacité de croire. Une qualité trop rarement vantée que nous raillons à tord sans doute frustrés de ne la partager. Quelques instants plus tôt dans la soirée, alors que nous regardions un film d’action, il s’absenta et revint armé d’un Famas en plastique pour vérifier que la maison n’était pas cernée des malfaiteurs de la fiction. Ingénu convaincu, il vérifia chaque porte fenêtre avant de revenir pour nous rassurer en annonçant que nous n’avions rien à craindre. Cette scène, plus que des mots, illustre combien sa faculté de vivre dans la sincérité de l’instant l’ouvre à des possibilités que nous ne saurions même envisager. Avec lui tout est possible.

J’apprends tellement à ses côtés. Ses 17 ans révèleront peut-être que les attributs du pouvoir sont usurpés. Qu’il me porte plus que je l’accompagne. Jamais sans eux signifie aussi par eux. La transformation que j’appelle de mes vœux pour changer la société passe sans doute par sa faculté à la transformer. Nous avons grandi ensemble pour nous rejoindre. Il me reste un bout de chemin à faire en sa compagnie. Ses 17 ans sont une nouvelle étape dans nos aventures. J’espère que sa foi dans l’avenir nous portera aussi loin que ses désirs.

Veuillez vous connecter pour évaluer la page.

Ajouter un commentaire

"C'est bien d'être grand"... parce que j'imagine tous les possibles et je choisirai ,dans les contraintes qui me seront imposées par la vie , celle que je voudrai , comme chacun de nous , avec ses qualités et ses faiblesses , tous différents et tous inadaptés !! Mais Michael , lui , ne cherchera peut-être pas à être adapté et , libre de ses efforts , sera , pourquoi pas ? , plus heureux ...

Les blogs les plus appréciés par la communauté

par Emilie Weight
2219 visites 11 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 4 / 5 1576 visites 8 commentaires
par Emilie Weight
Rating : 5 / 5 1685 visites 2 commentaires
facebook Twitter Youtube Instagram
Les derniers articles commentés
Les derniers articles commentés
  • Relations Tâche de l’auxiliaire de vie (AVS) : ce qu’on peut demander ou pas
  • Démarches Qu'est-ce que l'aide sociale facultative ?
  • Relations On a arnaqué mon fils handicapé
  • Démarches Handicap : contester une décision de la MDPH

© 2018 Plateforme Hizy