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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 21 juillet 2020 17:40:17
Blog
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21/07/2020 – son téléphone…

L’usage du téléphone dans notre société parait si simple. Il tient dans la poche. Permet la commande vocale de presque toutes ses fonctionnalités. Sert d’appareil photo, de réveil, d’agenda, de boite mail, de radio, télévision, judbox…  Ordinateur miniature. Corvéable à merci. Il ne semble limité que par l’énergie de sa batterie et la solidité de son écran. Et pourtant. Il peut tomber en désuétude pour ceux qui ne savent s’en munir. Ceux qui l’oublient. Ceux qui disposent de l’objet sans y être lié.  Ceux qui confondent capacités et capabilités. Parce que la capabilité comprend deux sous-notions : les capacités qui désignent le fait d’être capable de faire quelque chose et les potentialités qui désignent le fait d’en avoir les moyens. La multiplicité des potentialités d’un téléphone n’inclue pas encore la capacité de se mouvoir pour être à disposition permanente. Ni même celle de régénérer son énergie pour être prêt à l’usage. Or, ce sont ces dispositions qui font défaut à ceux qui comprenant l’intérêt omettent l’inertie de l’objet. Plus avancés que nous, ils sont prêts pour la robotisation du tout connecté. En attendant, ils sont démunis malgré la sophistication des technologies que nous mettons à leur disposition.

Mike, heureux détenteur d’un iPhone depuis plus d’un an, piétine dans les balbutiements de son utilisation. Incapable de s’asservir à la dictature de l’omniprésence de l’outil, il se prive plus qu’il n’use de ses fonctionnalités. Il en dispose comme d’un consommable, jetable et périssable. Dans sa main, il maitrise et abuse d’appels, de visionnage, de musique et plus récemment de sms, même vocaux. Jusqu’à ce qu’il épuise une batterie mise à l’épreuve de sa boulimie. Puis l’oubli. Déchargé. Dépassé par le moment qui suit et permet de vaquer à d’autres occupations. Délaissé d’en avoir trop usé. Sans se retourner, il abandonne l’objet là où il cesse de l’intéresser. Sans mémoire de l’avoir posé. Sans conscience de devoir le retrouver. Sans soucis d’une utilisation future. Sans scrupule non plus ! Il part. Sans fuir. Il passe à autre chose tout simplement. L’envie de s’en saisir viendra sans faute. Bientôt. Mais l’instant est sans, et cela n’attend. Alors, plus tard, lorsque revient le besoin d’en disposer, sans le trouver, il prend ce qui vient et permet d’y remédier. Un autre téléphone. Une autre activité. L’énervement de la frustration de s’en sentir privé. L’absence de communication. Comme si la possession n’était qu’instantanée. Comme s’il assimilait le téléphone aux relations humaines qu’il subit plus qu’il contrôle. La fatalité de son lien à l’objet ressemble à la résignation de son rapport à l’autre. Jusqu’à ce qu’une main attentive lui ramène ce qu’il ne vient chercher. Jusqu’à ce que cette même bonne fée charge la batterie d’un écran noir désactivé. Jusqu’à ce qu’il puisse à nouveau l’utiliser pour le perdre et recommencer.

Dans cette valse incessante de son apprentissage, sans douter qu’il parvienne à y arriver, nous patientons captifs de son appropriation. Attentifs aux moindres signes d’une amélioration, nous scrutons l’horizon de progrès laborieux. Dans la crainte qu’il se perde lors de déplacements. Anxieux de recevoir de ses nouvelles. Envieux d’une liberté perdue envers l’ustensile moderne de notre servitude. Soucieux aussi car conscients de la nécessité de maitriser cette banalité. Lorsque sur l’écran de nos téléphones, un numéro familier s’affiche à toute heure de la journée, nous savons que ce peut être lui plutôt que le propriétaire supposé. Lorsque nous tentons de le joindre et tombons inexorablement sur sa messagerie, nous supposons que la batterie déchargée ne lui permet plus d’accéder au clavier. Lorsque nous rangeons la maison, il n’est pas rare de retrouver l’objet abandonné dans un endroit insensé.  Lorsque nous quittons un lieu visité, il faut s’assurer de repartir avec ce qu’il n’aura soin de quérir.

Et pourtant, aussi pénible que soit ce parcours, aucun appel n’a plus de saveur que ceux qu’il passe au travers ces encombres. Quand nous décrochons et qu’au bout du fil sa voix rieuse surprend et détend. Il emploi l’objet comme au premier moment. Son intonation, grave ou apaisée, parait sortir pour la première fois du combiné. Son envie s’entend. Sa joie résonne. L’intention de l’appel est pleine et vive. Aucune routine. Aucune fatigue. Il est totalement dans ce qu’il fait. Présent. Maitre du temps et de l’objet qui lui sert sans qu’il y soit soumis. De ne le posséder il n’en est asservi. Il parle sans se lasser. Ecoute sans se disperser. Profite de l’échange avant de raccrocher. Son téléphone compte pour ce qu’il est. Une fenêtre sur le monde, l’autre et ses intérêts. Une porte qu’il ouvre et ferme tour à tour. Sans s’encombrer. En toute liberté.

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