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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 19 mai 2020 10:14:23
Blog
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19/05/2020 – Ta girlfriend porte un blouson de motard !

Nous allons passer à table. Lola arrive toute pomponnée. Depuis le début du confinement, elle met un point d’honneur à s’habiller élégamment tous les jours. Variant les combinaisons des quelques vêtements de sa penderie, elle nous surprend chaque matin avec un nouveau style. Tantôt sage. Tantôt taquin. Ce jour-là c’était rock’n’roll et ça n’échappa pas à la sagacité de son frère. Jamais indifférent à ce genre de détails, son commentaire ne nous surprend pas sur le fond. La forme est plus étrange. Il introduit dans son jugement une personne absente qu’il intègre dans la pièce en le liant au comportement de sa sœur. Son expression, anodine au premier abord, englobe de multiples réflexions qu’il synthétise à la perfection.

Il sous-entend par exemple que la coquetterie de Lola ne nous est pas adressée. L’absence de son copain ne l’extrait pas totalement de notre environnement. A distance, par les interactions qu’ils entretiennent au téléphone et les pensées qu’elle lui réserve au quotidien, cet antagoniste à sa manière partage notre confinement. Mike le sait et pour lui rendre hommage, il l’intègre dans nos conversations. Il l’aime beaucoup. Par intermittence, il s’immisce d’ailleurs dans leurs discussions. Maladroitement. A sa façon. En les chambrant pour briser la glace, il glane quelques bribes de conversation qui lui permettent d’appartenir à leur romance. A défaut de vivre les siennes, il se contente de taquiner, ceux qui s’y livrent sous ces yeux, sans paraitre envieux.

Il choisit aussi l’accessoire sur lequel porter son dévolu. Le blouson emporte son adhésion. Neutre. Asexué. Il ne porte à confusion. Beaucoup moins litigieux qu’un attribut féminin qui aurait pu déborder ses émotions et suscité l’indignation, le perfecto passe inaperçu sous les radars des suspicions. Elaboré comme raisonnement ! A moins que chez lui ce soit une simple intuition. Une équation multifactorielle abouti à ce choix qu’il énonce d’un naturel déconcertant. Un mélange des gouts de son père pour le rock et ses idoles, de l’émancipation de sa sœur qui par le noir du cuir affirme larguer les amarres de son enfance en perdition, de l’attention de sa mère qui s’applique à accompagner la coquetterie de sa fille pour qu’elle ne pâtisse de ce qui lui a manqué et enfin de sa propre admiration pour Johnny qu’il chante à tue-tête toute la journée en ce moment. Il en fait un assemblage harmonieux et simple qui parle à tous tout en étant unique. Cerise sur le gâteau, il qualifie l’objet de le joindre à une caste. Pas n’importe laquelle. A contre-emploi étant donné le contexte bien qu’à dessin de ses intentions.

Parce qu’il cherche à être drôle avant tout. C’est sa manière de faire passer ses messages. Pour ne brusquer. Pour ne choquer. Pour n’attrister ceux qu’il prétend simplement éveiller ; il se débrouille toujours pour glisser l’humour dans les détours qu’il nous force à emprunter. Les prises de conscience qu’il introduit dans la nuance de son éloquence, sont des ouvertures sur une vie qu’il entend nous faire partager sans vouloir nous encombrer. Sans savoir nous embarquer au-delà de ce que nous sommes capables d’endurer. Simplement pour que, de temps en temps, au lieu de le forcer à nous ressembler, nous entendions sa perception. Nous entrevoyons sa vérité. Nous goutions à sa sincérité. Celle d’une conscience préservée. Intacte bien qu’elle ne sache s’exprimer. Un être égal mais qui, diminué par les usages de notre société, doit saisir de rares opportunités pour nous laisser entrevoir sa perspicacité. Un individu aussi différent qu’immensément grand. Du sens de son identité. De la générosité de sa patience. De la résilience de son amour. De l’altruisme de son pardon.

Il a tellement d’esprit. Nous le savions. De vivre prisonniers à ses côtés nous permet d’en profiter au-delà de ce que nous espérions. Ce privilège, de goûter à sa dimension et d’en être les témoins captifs, en quelques mois a renforcé ma conviction sur la nécessité d’intervenir. Si le hasard existe autant lui donner un sens. Sortir de cette situation inédite avec plus qu’en y rentrant. Ouvrir son cœur aux enseignements d’un confinement subi dont nous sortirions grandis. Hier soir en le couchant il me dit : « demain vous allez travailler Maman ». Sous-entendu, « moi non » ! Résigné sans être triste, ce matin il a pris son ordinateur et sa console de jeux pour une nouvelle journée passée à attendre que nous daignions le rejoindre. S’il fait trop de bruit, nous le ferons taire pour satisfaire les exigences de nos devoirs professionnels. La routine s’empare de nos vies réglées sur la partition de nos obligations. Jusqu’à ce qu’il s’autorise une nouvelle dissonance à glisser dans nos conversations. Une phrase comme « ta girlfriend porte un blouson de motard » qui nous fera sortir de nos rails pour l’atteindre sans le joindre. En livrant cette anecdote, j’espère rester un peu plus longtemps. M’en souvenir assez pour résister à fuir. Pour construire une suite où il sera plus présent…

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Comment savoir ce qu'il apprécie dans cette époque particulière ? ce qui lui manque ? ce qu'il aimerait faire s'il en avait la liberté ? Demain , je lui demanderai ...

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