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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 04 février 2020 09:18:59
Blog
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4/02/2020 - Est-ce qu’on peut faire quelque chose de sympa ?

Requête habituelle d’enfants avides d’activités extraordinaires tendant à les sortir d’une routine qui, quoi que fort agréable, finit par les lasser. Au milieu du weekend. Un matin. Pendant les vacances. Dans ces moments creux de l’existence. Souvent lorsque les parents sentent poindre un instant de répit et s’apprêtent à souffler. Conséquence inéluctable de la sursollicitacion de nos bambins dans un monde où ne rien faire fini par être contre nature ! Incapable d’ingurgiter tout ce qui nous est proposé. Plus prompte à zapper qu’à profiter. Nous sommes les oies gavées de notre soif de consommation. Nos enfants, les héritiers de cette déformation. La société, le théâtre de nos contradictions. Epuisés à courir après ce qui ne nous rassasie plus, nous avons engendré des insatisfaits chroniques pour lesquels mieux est autre jusqu’à ce que plus rien ne compte…

Pourtant, le besoin de Mike, dans la même question, échappe à cette malédiction. De son désœuvrement quotidien, il cultive l’art de rechercher de vrais divertissements. Son oisiveté le prive de notre satiété. Il connait encore le goût des choses qui ravissent. Celles dont il jouit. Celles qu’il qualifie de sympa sans emprunter le sens commun, convenu, aseptisé. Il est libre de choisir ce qu’il apprécie. Imperméable au dictat de l’endoctrinement auquel nous accédons de pouvoir nous y soumettre. L’ennuie guide sa manière d’agir. Sympa comme inviter des amis. Sympa comme partager un bon moment. Sympa comme un film en famille. Sympa comme aller chercher sa sœur à la capoeira en pyjama. Aussi simple qu’un plat préféré. Aussi facile qu’une discussion animée. Aussi spontané qu’une blague. Aussi naïf que l’attention même feinte. Il aime qu’on l’écoute. Il veut parler. Raconter.  Il se délecte d’appeler ceux qui sont éloignés. Il s’ingénue à demander des nouvelles de chacun. Il est friand des détails du quotidien. Il collectionne dans sa mémoire d’éléphant les histoires d’autrui comme les DVDs et l’actualité. Il s’emplit de toute tranche de vie. Il raffole de ce qui ne lui est permis. Il adore répéter inlassablement les mêmes anecdotes passées. Il rêve d’un simple apéritif. Il rit d’un bruit. Il vit du peu que lui permet le reste dans l’allégresse de s’en satisfaire.

Pourtant, chaque répétition de ses vœux m’emplit de tristesse. Je mesure, à la facilité à les exhausser, la frugalité de son existence. Je culpabilise de ne pas plus lui donner. J’envie son aptitude. Je maudis notre cupidité. Je loue sa plénitude. Je hais notre stupidité. Il nous faudrait l’imiter plutôt que le sentir brimé. Réfréner cette gêne mal placée. Accepter qu’il puisse nous surpasser. Revoir nos conceptions désuètes d’un bonheur perdu de l’avoir vendu. A ceux qui nous le refourguent à présent. Au prix fort de notre contentement. Plus c’est cher et plus nous le voulons. Certains que posséder revient à maitriser. Fier d’accéder à ce dont peu profitent. Conditionnés à dominer. Matérialistes. Egoïstes. Une fois lancé, impossible de reculer. Perdre est pire que de ne rien avoir. D’y avoir cru nous condamne à rester. Asservis non assouvis. Compromis mal compris. Conditionnés et condamnés.

Alors, de le voir si heureux, dans cette salle communale. Baigné dans une fraternité rugbystique tintée du patriotisme exacerbé d’un Crunch. Persuadé d’appartenir au groupe dont l’absence le hante. Inconscient, ou non, du contraste de ses sentiments à leurs perceptions. Je renonce à contraindre l’expression de sa jubilation. J’observe ceux qui s’y emploient. J’attends. Le bruit d’autres gagne. L’ambiance prend le dessus. Il se fond dans le brouhaha. Il tente même d’en atténuer l’intensité. Me conseille de ne pas hurler. Fait rire ceux qui l’entendent me sermonner. Il arrive que sa joie et les nôtres se ressemblent. Que nous glissions dans sa dimension pour apprécier ce qu’il est bon d’aimer. La simplicité. La convivialité. Le moment présent partagé. L’envie d’appartenir. La joie de réussir. Le plaisir de gagner en équipe. La saveur du bienêtre. Sans arrière-pensée. Sans comparaison. Sans faux semblants. Sans figure imposée. En pleine sincérité. En toute honnêteté. Tel que nous sommes. Tel qu’il sait être. Constamment. Naturellement. Indemne de ce qui enfreint nos spontanéités. Vierge du poids des exigences que nous nous imposons. Libre d’une vie dont nous le plaignons !

Depuis quelques temps je remarque un changement dans mes habitudes. Je m’arrête bien plus souvent. En pleine conscience, je goûte au moment. Assise sur le bord du lit de Lola, je savoure l’effort des devoirs. En train de cuisiner le soir, j’apprécie le récit interminable de la journée de Mike qui stocke tous les mots qu’il n’a le temps d’exprimer pour me les déverser en soirée. Dans les trajets de mes déplacements, je me laisse bercer par le bruit des rails en admirant les paysages. Entre deux réunions, je souffle heureuse d’avoir passé un cap sans me précipiter vers la prochaine étape. Je souris en songeant que je fais quelque chose de sympa. Quelque chose comme Mike l’entend. Quelque chose qu’il m’apprend !

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Texte sympa , comme dit Mike , avec , à la fois , la spontanéité de celui qui n'a rien à prouver ... , et la sagesse de l'âge qui lui est donnée sans qu'il ait eu besoin de l'acquérir ! Une perle notre Michael ...

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