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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 16 mars 2021 12:14:53
Blog
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16/03/2021 – ça rappelle des époques…

Un florilège de phrases, d’expressions, de citations. Ce doit être le printemps. Mike bourgeonne de toute part. Il est plus volubile que jamais. Ayant toujours une chose à dire. Une remarque à faire. Un avis à donner. Au lieu de s’exprimer comme tout un chacun, il improvise. Tel un jukebox, il intercepte les discussions comme si elles étaient la pièce de monnaie qui déclenche la chanson. Alors que Brendan explique la manière dont il rangeait sa chambre quand il était petit. Parce que nous parlons d’un dessin animé. A l’occasion d’un souvenir oublié dont lui seul sait encore nous parler. Nostalgique et complice, il glisse au creux d’un silence « ça rappelle des époques ». Sans que cette construction de phrase veuille dire quelque chose, elle parle à tous ceux présent. Nous plonge dans la même rêverie que celui, fier et discret, qui vient de nous ensorceler. Impossible de dire si tel était son intention ? Bien que son air malicieux fasse douter de son innocence.

De maladresses en finesse, il passe d’une boulette à une pirouette sans varier d’identité. Repris par son père qui réclame les devices dont il était privé, il demande « tu ne veux que mon portable ? avouant ainsi qu’il lui reste son ordinateur ! Tandis que plein de retenue subtile, il dit à sa sœur « tu me casses les boules » à la place des couilles pour être vulgaire mais pas trop. Il joue à trouver le bon mot sans y parvenir toujours du premier coup, ou même seul. Une fois sur la voie, il s’approprie l’onomatopée qu’il valide d’un rire glouton et s’en ravi à l’infini. « Ça va madame Ouille ?  Ouille, ouille, ouille… t’as mal ? » Je ne peux pas bouger, pliée en deux par une douleur insoutenable au dos. Il rie de me voir ainsi tout en étant si inquiet qu’il ne cesse de réclamer de mes nouvelles.

L’humour lui sert de rempart. Jusqu’à ce qu’il dérape. Pris dans l’élan de blagues qu’il ne maitrise plus, face à la bienveillance de ceux qui ne veulent le blesser en relevant ses maladresses, il finit par heurter nos sensibilités. Poussant toujours plus loin un curseur que nous ne savons ralentir, il en vient à dépasser ce que nous pouvons supporter. La chute, aussi rude que l’incompréhension de nos permissions à l’offuscation, illustre sa pleine confiance et nos coupables limites. Aveugle dans un monde semé de pièges. Innocent au point de paraître malveillant. Il use et abuse d’outils à sa disposition sans mode d’emploi ni précaution. Sa réalité, bien plus limpide que nos préjugés, se nourrit de l’échange, trop ou pas assez plein, que nous savons lui accorder. Comme une boule de flippeur, il se heurte sans ménagement sur nos ressentiments. De rires en réprimandes, il apprend sur les sables mouvants de nos comportements. Alors, il retient le bien et évacue le reste. « Ça rappelle des époques ! » Celles qu’il aime et dont il parle. « Avant la covid quand nous faisions ce que nous aimions ». « Quand j’étais petit ». Plus que des époques il s’agit de moments. Ceux du bienêtre. Ceux auxquels il s’accroche d’y vivre vraiment. Ceux que nous traversons à toute allure par manque de temps. Lui, le prend.

Sa nostalgie ressemble à l’histoire de cette fille dans le roman de Lidia Jorge « Le vent qui siffle dans les grues ». L’histoire de ceux qui parmi nous goutent à fond aux miettes que nous leur laissons. La sincérité d’existences négligées qui auraient pourtant tant à nous apporter. Depuis le début de l’année, j’ai pris l’habitude de réserver le temps du petit déjeuner à l’écouter. Je m’assieds sans bouger et lui offre une demi-heure de disponibilité. Il se confie comme jamais. Cherche de nouveaux sujets. Raconte ce dont je n’avais pas idée. Le ring de boxe. Nicolas dont le nom m’était encore inconnu. Des craintes. Des joies. Des revendications aussi parfois. Je découvre une vie en sommeil, qui coule comme un ruisseau souterrain sous la croute de notre dédain. Des observations sucrées. Des souffrances muettes. Des envies cachées.  Lui qui sait vivre le présent est condamné à le rêver ou le regretter. A l’espérer du matin au soir quand il annonce triomphant vouloir se charger du souper. A patienter quand souvent d’autres dispositions chassent l’espoir nourrit d’illusions.

Ses époques sont les moments qu’il garde d’y être vivant. Des souvenirs fanés qu’il retient prisonniers pour meubler l’immensité du reste qu’il ne peut combler. Dans le désert d’un mieux à espérer, il ressasse les perles du passé rassuré qu’elles aient existées. Du calendrier papier de la buanderie à l’agenda google de son téléphone, j’essaye d’étirer le présent vers le future pour le soustraire du passé. Un appel plus qu’un rappel. Vers demain plutôt qu’hier.

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Goûter au présent ... apprécier l'instant , ce qui est donné , ce qui est permis , ce qui a été gagné ; c'est le privilège du grand âge , celui du temps ralenti , de l'absence de stress , du choix plutôt que de la réponse à l'urgence .... et , si Michael a des limites , des impossibilités , il a cette faculté si jeune , que l'on acquiert normalement seulement avec la sagesse : être heureux de vivre !!

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