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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 03 août 2021 19:35:38
Blog
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3/08/2021 – C’est mon moment

Il y a cinq ans, Mike disait « les camions aussi partent en vacances ». A dix huit ans, il n’a rien perdu de ce charme absolu. L’art de dire des choses surprenantes pour tous et tellement naturelle dans sa bouche. Ses expressions sincères et décalées nous fauchent encore et encore. Nous sommes plus nombreux à les partager. De son propre aveu, parce qu’il est moins timide. Aussi parce qu’avec l’âge, nous avons appris à le connaitre. Devenu grand, il participe davantage aux discussions. Intègre le cercle des adulescents où il tente de se faire une place malgré le manque de ressemblances. Conscient de ne pas partager ce qui est leur réalité, sans les envier, il les observe. Apprend des histoires racontées. Dans son intimité secrète, sans doute rêve-t-il ensuite de vivre lui-même les aventures fantastiques que d’autres lui ont dévoilées ? Il n’en dit rien. N’est jamais triste ou aigri du bonheur d’autrui. Il se contente d’écouter et retient tout en attendant son tour.

Spectateur aguerri, il souhaite aussi participer. Aux conversations en imitant le débit et les récits qui nourrissent son imagination. Au premier plan aussi, lors de discours pour lesquels il a un véritable don. Dès qu’il décroche la parole, que l’auditoire est acquis, que la scène s’ouvre à lui, il se métamorphose. Tellement heureux d’être entendu, il se redresse et se lance, déterminé à conquérir l’attention qui lui est accordée. Dans la pollution de ses émotions, des pépites se glissent. Elles sont les preuves de sa fulgurance. Les traces de celui qu’il est vraiment, prisonnier de sa pathologie. Dans l’intervalle de ses discours, par la fenêtre de son cœur, ouvert aux autres comme peu savent se livrer, il s’accroche au fil de sa pensée pour frayer son sentiment enrobé de narration. Cela donne un mélange subtil entre longueurs et digressions dont surgissent des perles mémorables qui touchent telle l’aiguille d’un fleuret ceux qu’elles visent sans se vanter. Au singulier pour sa grand-mère dont il rappelle qu’ « en tant que femme » elle a souffert autant qu’aimé dans une vie bien animée. Pour lui-même en avouant le choc que célébrer son anniversaire suscite et l’importance que cette attention revêt à ses yeux émerveillés. Pour tous enfin dans la dissonance de vérités qu’il assemble pour nous alerter. « Vous êtes tous là pour moi, ça n’arrive pas souvent ! » juste après avoir dit « vous resterez longtemps dans mon cœur ». Emotion consommée en toute lucidité, sans reproche. Une maturité assumée que nous aurions tendance à ignorer confondant déficience et pertinence.

Alors, pour changer la fatalité qui l’isole de notre réalité, profitant du moment, il se risque à quelques explications. En disant « Parfois quand je suis en colère… vous avez peur… » il s’excuse tout en dévoilant une condition qui abime ses réactions à son dépend. Il libère aussi en refusant d’endosser la tristesse : « pourquoi tu pleures ? ». Il souhaite être accepté tel qu’il est et vivre à fond ce qui lui est donné sans envier ce que d’autres auraient. Se satisfait de ce qu’il a au point de rendre nos propres besoins futiles. Mesure enfin l’adhésion à l’instant pour s’assurer de ne pas y être seul attaché : « Est-ce que ça va te rester dans ta tête ? » Tantôt gai. Tantôt triste. Il ne montre que son enthousiasme dans la jubilation de partages dont il devient de plus en plus gourmand.

Je le revois devant la porte d’entrée entrain d’attendre presque une heure avant les convives de la soirée. Habillé. Coiffé. Il s’était muni d’un pistolet en plastique. Tout heureux de l’effet qu’il comptait susciter en accueillant les invités sous la menace de son arme. Impatient d’excitation, il refusait que nous nous montrions pour préserver l’effet de surprise de sa machination. Tellement heureux, il nous repoussait en disant « c’est mon moment ». Pour ses dix-huit ans. L’enfant farceur déguisé en grand. L’adulte naissant prisonnier d’une jeunesse éternelle. Celle de ses sentiments. L’image naïve et tendre de se souvenir marquant fond au fil de son allocution. Le message qu’il passe dévoile l’adulte qu’il devient plus que l’enfant qu’il était. Pourtant, les deux sont si étroitement liés dans ce corps muet de tout ce qu’il pourrait exprimer. Illustration parfaite du poids des circonstances sur son existence. La situation plus que sa maladie conditionne son rapport aux autres. A la fin de son discours tout le monde l’avait compris. Pour un instant, son moment nourrit notre discernement.

Puis la vie a repris son court. Comme avant. Peut être pas tout à fait. Le lendemain il s’est invité à fuir son quotidien pour partir se distraire ailleurs. Au-delà des mots, il prend les choses en main. Aspire à plus. Grandi hors de sa portée. Loin de ceux qui l’ont porté. C’est le moment de s’envoler… il le sait!

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Michael nous apprend le bonheur de vivre , la joie de l'instant ,les mille plaisirs de chaque jour que nous ne savons goûter : un coach du savoir vivre ! Merci Micky pour ce que tu es ...
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