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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 01 septembre 2020 09:39:51
Blog
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1/09/2020 – c’est une vraie bête sa voiture

En sortant de la Caterham Super Seven orange vif de Richard, Mike, les cheveux tout ébouriffés, a du mal à contenir sa joie. Il tient à peine debout. Il jubile et bafouille tant les mots se précipitent dans sa bouche pour exprimer sa stupéfaction. « C’est une vraie bête sa voiture. » La fureur du moteur vrombissant. Assis proche du sol. Saoulé de vent. En symbiose avec la nature alentour. Dans l’animalité sauvage de la vitesse qui s’emballe. Il vient de vivre un moment extraordinaire. D’échapper le temps d’une course à sa condition première pour être cet autre semblable à tous. Confrontés au danger de situations qui nous dépassent. Ramenés à ce corps insignifiant dans l’étendue d’un monde que nous gouvernons sans le maitriser. Il vient de vivre l’absolu plénitude de l’évasion. Le frisson. L’émotion. Bien calé sur son siège baquet. Enfoncé jusqu’au coup dans la carrosserie du bolide. Protégé sans l’être vraiment, il a goûté au sel de la vie. Se sentir vivant. Exister. Vibrer au diapason du vide qui nous cerne sans nous perdre. Il a surmonté sa peur et jugulé ses émotions. Comme un grand. Avec en plus des autres, la force de livrer son émoi en toute sincérité.

Nous l’accueillons à son arrivée. En passant la main dans ses cheveux désordonnés, il dit « Moi je suis décoiffé parce que ça fait fort ». Mélange de réactions physiques et chimiques. Il décrit autant le souffle dans sa chevelure que le trouble des sensations. La maladresse de sa tournure confond habilement l’émoi et l’effroi, la mécanique et la tétanique, le trouble et la maitrise. Il complète de détails son expérimentation. « Ça pousse et en plus les pneus ils sont forts. » La traction et la pulsion ne font qu’une dans son ressenti. Il était pris de toute part entre la propulsion qui le collait au siège et l’air ambiant, tournoyant, qui l’emportait au-delà de l’assise où il se trouvait cloué. Conscient cependant de son environnement. Il ajoute : « Les gens, ils voyaient deux messieurs dans une petite voiture, ils disaient c’est quoi ça ? et ils disaient bravo. » Ayant bénéficié du même privilège avant lui, je comprends totalement ce qu’il exprime alors si naïvement. Cette voiture inspire la sympathie de ceux qui l’observent. Loin du faste tapageur de modèles plus ostentatoires, elle soutire une envie complice aux témoins conquis par son style. L’âme d’enfant de chacun retrouve, en la voyant, la bienveillance des moments où le bonheur des autres contribuait au sien. La grâce de ses lignes et des courbes qu’elle forme arrondit les contours des perceptions dont elle s’entoure. C’est magique et attachant. Aussi surprenant que la comparaison de Mike. « C’est rare et ça me fait penser à la « Porsche de Pia » ! » Il assimile la Caterham à la deux chevaux rose de sa tante. Si loin de la réalité et pourtant si juste dans le regard intimiste qui leur est porté. Il mentionne avoir vu la gendarmerie. Cet indice, d’ordinaire si prégnant dans sa conversation, passe ici inaperçu. Sans l’omettre, il le trouve insignifiant au milieu de reste de ses découvertes du moment.

Il conclut enfin repus d’émotions, « quand je serais grand, j’en aurai une ! » avant d’ajouter « j’ai dit à ma chérie »… Ni l’une ni l’autre de ses affirmations ne semblent probables mais pourquoi pas ? Il vient de vivre un rêve éveillé, une aventure de plus dont sa vie peut s’enorgueillir. De goûter ainsi aux délices de l’existence aiguise son appétit. Cette journée restera le symbole d’une occasion volée au détour de l’actualité. Alors que les portes se ferment. Que les masques couvrent. Que le risque gagne. Bien que le temps presse. Même si personne n’y aurait pensé. Il faut oser. S’aventurer. Sortir du cadre pour découvrir avant de mourir. Je repense aux questions que nous nous sommes posées. Pourra-t-il essayer ? Doit-on l’inciter ? Va-t-il supporter ? Elles me semblent si stupides à posteriori… étaient-elles utiles ? aurions-nous dû les éviter ? pourquoi douter sans cesse de ses capacités ?  Je revois sa tête ébouriffée nous dire en souriant « c’est une véritable bête sa voiture ». Le bonheur débordait de ses yeux écarquillés. Je suis tellement heureuse de ne l’en avoir privé que j’en oublie ma propre motivation. A l’origine de cette initiation, j’invente la suite de l’histoire d’un héritage contrarié. Sans avoir retapé cette voiture de collection que nous n’aurons jamais achetée, j’accroche grâce à l’envie que mon père m’a donné, un nouveau plaisir au palmarès de Mike pour qu’il croque la vie à pleines dents.

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Mike devrait être "coach" pour ceux qui ne savent pas goûter le bonheur .... Merci de nous avoir fait participer à ce moment de si intense plaisir .

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