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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 20 octobre 2020 09:56:47
Blog
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20/10/2020 – comment va-t-elle ?

Pudeur câline comme une caresse. A l’abri des regards, dans le creux d’une conversation qui l’oubli, Mike ose poser la question qui lui brûle les lèvres depuis l’arrivée de la maman de son ancienne chérie. Ancienne dans le temps. Pas dans son cœur. Pour lui un sentiment est éternel. L’émotion ressentie dans l’enfance, envers cette amie de jeu un peu comme lui, demeure. A part, sans être aussi différente. Sensible à sa particularité. A l’écoute de sa singularité. Le regard bienveillant qu’elle posa alors sur lui, reste gravé comme un secret qu’il protège à travers les années. Pas une promesse. Il ne cache plus la brosse rose en forme de fée que longtemps il a préservée comme le souvenir d’une journée où ils avaient joué. Il ne parle plus de sa chérie Mathilde. Il n’évoque même plus son nom et semble avoir eu d’autres émois depuis. La saveur d’une intensité jamais égalée sans être regrettée. Un instant privilégié qu’il garde à jamais dans son intimité.

Alors que la conversation gagne le groupe constitué, que chacun s’affaire à placer l’anecdote pour s’introduire dans l’instant partagé, présent sans être bruyant, Mike observe la dynamique enfler et le chasser. Il place encore quelques phrases dans un discours qui bientôt lui échappera. La patience de l’audience tolère sa contribution jusqu’à ce qu’elle encombre son développement. Quelques perches maladroites tentent de le maintenir dans la discussion. Sans vouloir lui nuire, elles l’interpellent plus qu’elles le révèlent. Il connait la chanson sans maitriser les paroles. A appris à disparaitre sans bruit au bout d’un moment. S’apprête à quitter la scène, en retrait sur son siège, sans pouvoir abdiquer avant d’avoir demandé … « Comment va-t-elle ? » souffle-t-il sans bruit à l’oreille attentive de Cécile. Assise à sa droite, j’entends à peine ce murmure. L’échange est bref et discret. Il s’inquiète, sans insister, de savoir si elle n’est pas malade ! Sans l’être, elle se demandait justement ce matin si tout allait bien ! Qu’elle coïncidence ? Hazard bizarre qui laisse planner le doute sur une connexion invisible qui pourrait encore les lier ! Rassuré. Satisfait d’avoir osé. Il enfouit cette confidence et la savoure en silence. Tout autour l’agitation gagne. Le repas avance au rythme des plats arrosés puis sucrés. Le temps file et chasse les heures du dimanche toujours trop court. Déjà le soir. Cécile est partie. La famille réunie finit la journée en douceur. Les enfants dorment déjà. Je vais bientôt me coucher.

Un sentiment en suspens, accroché sur la table à manger, retient encore mon attention. L’émotion de ce moment aussi discret qu’intense ne cesse de m’accaparer. Je le trouve tendre et dur à la fois. Si doux par la pensée émue d’un aveu dissimulé. Si triste d’y dénicher l’impossible accepté sans qu’il cesse d’exister. Je me souviens de cette période où, maman de l’enfant différent, j’admirais les parents qui prêtaient leurs enfants à une relation éphémère mais sincère. Lorsque nous savions ce qu’il allait arriver sans qu’ils s’en doutent dans l’innocence de leur naïveté. Je me demandais alors souvent si j’aurais eu cette générosité à leur place ? Je m’inquiétais autant de la gêne qu’ils éprouveraient, lorsque tout cela devrait cesser, que de la peine que j’aurais à voir mon enfant en souffrir. Et puis la vie a pris le dessus. Ces années sont passée trop vite pour que je m’en rende compte. Je réalise par l’intermédiaire de cette scène volée que ce moment est derrière moi sans que j’y ai gouté. Trop occupée. Divertie ailleurs par d’autres soucis. Je l’ai laissé seul dans cette transition. J’ai oublié de l’accompagner. Je n’ai pas vu lorsque l’enfance l’a abandonné et qu’il s’est retrouvé confronté à une réalité dont l’innocence ne le préservait plus. Celle du jugement qui l’isole. Celle de la mise à l’écart. Celle d’un monde à part. Celle dans laquelle il vit aujourd’hui et que j’appelle IME par facilité.  

Inéluctable devenir, présent dès son diagnostic, auquel sans m’en douter je me suis soumise avant de l’oublier. Résilient plus que résigné, il s’en est accommodé sans nous alerter. De l’autre côté de la rive, il traverse encore de temps en temps le pont qui nous relie. Pour demander des nouvelles. Pour appartenir sans alourdir. Sa lucidité sereine m’émeut à en pleurer. Quelle maitrise. Quelle dignité. Quelle beauté humaine révèle cette capacité. Encore et toujours. Ses facultés exceptionnelles m’étonnent et m’obligent. Je ne peux taire ce que je vois. Dissimuler ce que je sais. Ne pas admettre m’être trompée. Cesser de vous interpeler. Je suis tellement fière de lui. De son humanité. De la profondeur de ses sentiments. De son respect. De sa fidélité. Je pensais hier que l’indulgence dont faisait preuve certains lui rendait service alors qu’il les gâtait d’une amitié exceptionnelle. Qui dure à jamais. Totalement désintéressée.  Aimer au sens premier !

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Je ne pense pas qu'il soit sur l'autre rive . Il est avec nous , avec sa place singulière . Mais , est-il le seul à avoir une place singulière ou avons-nous tous une place spéciale ? Il est vrai qu'il ne trouve pas sa place dans les mondanités , comme d'autres ... Mais , sont-elles essentielles à nos vies ? ou un théâtre dont le jeu finit par paraître inutile !!

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