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Emilie Weight
par Emilie Weight
Blogger
Modifié 10 novembre 2020 09:19:26
Blog
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10/11/2020 – J’ai 17 ans, je bois du café !

Au milieu du reste, Mike aspire à être un adolescent comme les autres. Rien de plus normal. Et cependant, ce constat est aussi touchant que triste face aux paradoxes qu’il soulève.

Lorsqu’il nous annonce fièrement boire du café à l’IME, avec son papa, nous ne pouvons-nous empêcher d’échanger un regard complice d’amusement et d’admiration. Surpris de ne pas y avoir pensé avant et de ne pas avoir osé l’initier à ce plaisir de grand, nous apprécions que son environnement éducatif ait pris soin de ce détail qui lui va comme un gant. Je saisie l’opportunité pour lui proposer d’en prendre à la maison. Il accepte volontiers. Le lendemain matin, une tasse fumante du liquide noir l’attend pour son petit déjeuner. Il se délecte autant du breuvage que de la position privilégiée qu’il lui confère devant sa sœur émerveillée. Assise à ses côtés, je l’observe se déployer. Cette simple liberté lui permet de gagner un statut qu’il n’osait réclamer. Droit. Affirmé. Il tient l’anse de sa tasse avec fermeté et détermination. Un attribut. Une position. Un stade que nous avions omis de lui reconnaitre de ne savoir qu’il y aspirait. Pourquoi ?

Alors qu’il exprime depuis plusieurs mois des avis détonants de grand. Comme lorsqu’il annonce « j’ai dit à ma chérie ! ». Ou qu’il disserte sur la meilleure qualité d’une femme en affirmant qu’elle consiste à « ne pas se fâcher ». Ou encore quand il clame vouloir « soit pas d’enfant, soit 3 garçons et 3 filles… ». Autant de préoccupations de son âge qui auraient dû nous alerter sur l’évolution de son positionnement. Sur la maturité de ses aspirations. Sur la nécessité de le considérer tel que son âge nous le dictait plus que son diagnostic ne l’empêchait. Sur l’émancipation de l’enfant que nous avons encore du mal à voir s’envoler. Sur le chemin qu’il parcourt à nos côtés sans que nous changions la manière de le regarder. Sur sa vie qui avance et la nôtre qui bascule vers la moitié de ce qu’il reste à donner. Est-ce pour se prémunir de cette fatalité que nous échouons à l’envisager tel qu’il sera hors de notre portée ? Le spectre de cette décision, si longtemps repoussée, de sa protection juridique ? La peur de vieillir, de mourir, de l’abandonner ?  Le besoin inconscient de durer, de prolonger l’instant pour le protéger aussi longtemps que possible ? Le déni ? L’illusion de croire retenir le temps ? Le devoir d’aider au-delà de libérer ? D’étouffer plus que d’élever ? D’empêcher au lieu d’exhausser… Pourquoi ?

Peut-être parce qu’il ne dit pas que ça ! Lorsqu’il vient me voir en pleine nuit, après avoir regardé la série « Gotham », pour avouer qu’il ne veut pas qu’on nous tue parce qu’il serait furieux et devrait devenir Batman pour nous venger !  Ou alors, parce qu’il demande, toujours en lien avec cette même série, si Enigma va devenir Jim Carrey, mélangeant fiction et réalité. Ou encore, quand il veut appeler son papa du téléphone de sa sœur, et dit « siri, appelle Brendan Weight" plusieurs fois sans que rien ne se passe avant de rajouter avec conviction « s’il te plaît » pour résoudre le problème ! Autant de situations cocasses dont, témoins, nous ne pouvons occulter la vulnérabilité sous-jacente. Ses progrès fondent dans la conscience de ses difficultés. Au lieu d’apprécier la naïveté d’une bienveillance immaculée, nous utilisons ces prétextes pour l’emprisonner dans un devenir conditionnel. Sa force d’émerveillement, sa liberté de pensée, la pureté de ses perceptions le condamnent au lieu de nous combler. Aigris par la vie qui nous a endurcis, nous jugeons son immunité de ne la partager. Le miracle de son intégrité devrait au contraire nous suggérer l’alternative à nos regrets. Une solution pour s’extraire du conditionnement dans lequel nous avons fini par tomber. L’espoir de redevenir tel que nous étions avant d’être avarié. Avant de nous assimiler aux us et coutumes galvaudés qui sont devenus nos vérités.

Au milieu du reste, Mike aspire à être un adolescent comme les autres. Rien de plus normal. Et cependant, ce constat est aussi touchant que triste parce que nous ne lui autorisons pas cette banalité. Sous prétexte de sa différence. Bien qu’il ait certains attributs ; d’autres, loin du compte, le disqualifient.  A moins qu’ils ne l’élèvent au rang de ceux qui vivront heureux à défaut d’être normés !

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C est toute la difficulté de regarder pour découvrir sans savoir , d écouter pour comprendre sans avoir deviné , de goûter avec délice sans être rassasié ... Michael est lui , et autre , lorsque le temps ne compte pas et que nous sommes curieux , sans à priori , tout avec lui . C est une découverte et un bonheur .... à partager !

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